France

«La France d'aujourd'hui, c'est presque Vichy»

Slate.fr, mis à jour le 10.05.2010 à 17 h 39

En culture web, on appelle ça un point Godwin. Quand un débat atteint le point de non-retour, Hitler y fait toujours irruption. Deux jours après le 70e anniversaire de la reddition allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, c'est Newsweek qui s'y colle. Selon le futur ex-magazine américain, la France d'aujourd'hui «n'est pas si différente de celle de 1940», quand Vichy obéissait aux nazis:

On imagine facilement la France de 1940 - pauvre, rurale, homogène, et religieuse dans son ensemble - comme un endroit très différent de la France de 2010, riche, urbanisée, multiculturelle et profondément séculière. Prima facie, on dirait deux pays différents. Mais à y regarder de plus près, et c'est assez facile, la France est toujours... et bien, la France.

La comparaison avec le régime de Pétain devrait sans nul doute hérisser Nicolas Sarkozy. Dans son discours du 8 mai, il a rendu hommage aux «malgré-nous» en déclarant que «Vichy a trahi la France» et «l'a déshonorée». Pourtant, comme le concède David A. Bell, professeur d'histoire à l'université de Princeton, «les choses se sont améliorées». Au rang des avancées démocratiques, il cite aussi bien la généralisation de l'eau courante que l'Eurostar entre Paris et Londres. Mais ces évolutions ne seraient qu'une façade.

Pour Newsweek, si le communisme a disparu, si le catholicisme est moins prégnant qu'il y a 70 ans, «certains aspects de la société française sont restés remarquablement constants depuis le blitzkrieg». En première ligne, on retrouverait ainsi la tradition du «dirigisme (en français dans le texte) étatique hérité de l'Ancien Régime», conjugué à l'attirance des jeunes diplômés pour la fonction publique. Tous énarques? «La plupart de mes camarades de classe préféreraient entrer au cabinet du ministère du l'Agriculture que de créer une entreprise comme Amazon.com», déclare un «ami français» à l'auteur.

S'il entretient le cliché du Français épicurien qui aime la bonne chère, le bon vin et «70 variétés de beurre», David A. Bell s'attaque sans prendre de gants au débat sur l'identité nationale. Du Front national à la burqa en passant par le ministère de l'immigration d'Eric Besson, il vilipende un vieux réflexe national: «dans sa passion et son intensité, ce débat révèle une autre continuité entre 1940 et 2010 [...] le sujet préféré des Français, c'est encore eux-mêmes».

[Lire l'article sur le site de Newsweek]

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Photo de une: Nicolas Sarkozy se recueille devant un monument aux morts à Colmar, le 8 mai 2010 / REUTERS, Pool New

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