Santé / Sciences

L'étude sur le vapotage et le Covid dont vous n'avez pas entendu parler

Temps de lecture : 7 min

La Mayo Clinic, fédération hospitalo-universitaire américaine, s'est penchée sur 70.000 patients et n'a trouvé aucun lien entre les e-cigarettes et le Covid-19.

Qu'importent les torrents d'encre qui ont pu couler sur le lien entre le vapotage et le Covid, le sujet n'a tout simplement pas été beaucoup étudié. | CDC via Unsplash
Qu'importent les torrents d'encre qui ont pu couler sur le lien entre le vapotage et le Covid, le sujet n'a tout simplement pas été beaucoup étudié. | CDC via Unsplash

Avez-vous entendu parler de la nouvelle grosse étude sur la cigarette électronique et le Covid-19? Si ce n'est pas le cas, rien de surprenant. L'étude n'a trouvé aucune association entre les deux –c'est-à-dire aucune preuve indiquant que les personnes qui vapotent sont plus susceptibles d'être diagnostiquées positives à la maladie. Les recherches aboutissant à des résultats nuls sont rarement relayées par les médias.

Dans ce cas, cependant, ce travail va à l'encontre du flot d'articles qui, depuis le tout début de la pandémie, ont expliqué que les vapoteurs couraient un plus grand risque. En septembre, par exemple, le New York Times rapportait que «les liens entre le vapotage et les risques liés au Covid se clarifient». CNN, Wired, le Scientific American, USA Today et pratiquement tous les autres grands médias ont publié des articles similaires.

La nouvelle étude provient d'une source réputée (la Mayo Clinic) et peut se targuer d'un large échantillon de patients (près de 70.000). Contrairement à la plupart des recherches antérieures sur le tabac et le Covid, elle a trié les patients en fonction de leur consommation actuelle ou passée de produits du tabac, ainsi qu'en fonction des produits spécifiques consommés (cigarette, vape ou les deux). En d'autres termes, la conception de l'étude était presque idéale pour déterminer si et comment la consommation de nicotine peut entraîner un risque élevé d'infection par le SARS-CoV-2.

De maigres conclusions ont trouvé un fort écho

Outre l'absence de lien entre l'utilisation d'e-cigarettes et un diagnostic Covid, l'étude indique que les fumeurs actuels présentent un risque d'infection par le Covid inférieur à celui des non-fumeurs. (Le tabagisme présente toujours de nombreux inconvénients, notamment un risque élevé de décès dû à de nombreuses causes.) Les utilisateurs à la fois de cigarettes et d'e-cigarettes se situaient entre les deux groupes.

Des résultats aux antipodes du ton habituel des contenus sur le sujet et, d'ailleurs, de ce que l'on pouvait raisonnablement attendre d'un virus respiratoire. Et bien que la méthodologie soit solide, il convient de rappeler qu'il ne faut pas trop se fier à une seule étude. Mais ce n'est que l'énième preuve que les vapoteurs ont été l'objet d'une paranoïa excessive concernant le Covid. Des résultats anormaux liant consommation de tabac et Covid sont apparus depuis le début de l'année 2020 –et, dès le départ, la fréquente mise en accusation du vapotage a été pour le moins spéculative.

Une grande partie de la couverture médiatique anti-vape a elle-même été motivée par une seule étude de Stanford, publiée dans le Journal of Adolescent Health, qui indiquait une probabilité élevée de diagnostic Covid chez les adolescents et les jeunes adultes vapoteurs. Les auteurs avaient interrogé 4.351 personnes âgées de 13 à 24 ans et conclu qu'un «diagnostic de Covid-19 était cinq fois plus probable chez les utilisateurs de e-cigarettes». Dans une réponse publiée dans le même journal, des scientifiques allaient critiquer la taille relativement petite de l'échantillon, susceptible d'être non représentatif, et des résultats confus. (Par exemple, le fait d'avoir un jour vapoté était significativement associé à un risque plus élevé, mais pas le fait d'avoir vapoté récemment. Bizarre!)

Sortir l'étude de Stanford dans la presse était légitime, surtout à l'heure d'une pandémie où tout le monde essayait d'en savoir le plus possible sur la façon de se protéger. Mais les cris d'orfraie et les appels à l'interdiction qui l'ont accompagnée –comme ceux du député américain démocrate Raja Krishnamoorthi, selon lequel «l'épidémie de vapotage chez les jeunes s'est combinée à la pandémie de coronavirus, créant un ennemi beaucoup plus mortel»– dépassaient de loin la minceur de ses conclusions.

Plus important, des conseils sanitaires urgents fondés sur une seule étude méritent d'être nuancés quand d'autres données apparaissent. Une nouvelle étude majeure, n'établissant aucun lien entre vapotage et infection par le Covid, remplit certainement ces critères. Si l'étude de Stanford a suscité les gros titres sur les dangers du vapotage, pourquoi l'étude de la Mayo Clinc, dont l'échantillon est plus important et la méthodologie meilleure, a-t-elle quasiment été ignorée?

Il faut poursuivre les recherches

De tels rapports unilatéraux de la recherche sur le vapotage sont problématiques pour plusieurs raisons, et pas seulement parce qu'ils risquent d'induire en erreur sur des sujets importants. Cela peut être dommageable en contribuant aux perceptions populaires inexactes selon lesquelles le vapotage serait tout aussi dangereux que la cigarette, comme cela s'est produit avec l'émergence de la si mal nommée «pneumopathie associée au vapotage» (ou PAV, également surnommée «poumons de vapoteur») en 2019, ce qui a sapé une partie du travail de persuasion mené auprès des fumeurs de cigarette pour qu'ils passent à des sources de nicotine plus sûres. (Le long déclin des ventes de cigarettes a visiblement marqué le pas l'année dernière aux États-Unis, sans doute en partie à cause de l'interdiction des e-cigarettes aromatisées et de la mauvaise presse du vapotage.)

Aussi, tirer la sonnette d'alarme sans justification suffisamment solide contribue à alimenter la méfiance envers les médias et les autorités sanitaires. Internet a démocratisé l'accès aux articles scientifiques, ce qui fait que lorsque des articles vont au-delà des données ou ignorent des recherches contradictoires, des communautés en ligne s'en aperçoivent.

Ces dernières années, les adeptes du vapotage ont vu les militants antitabac multiplier les mises en garde contre les dangers, du «poumon pop-corn» à la PAV, et diaboliser les e-cigarettes pour des effets néfastes et massifs qui se sont avérés très exagérés ou attribuables à d'autres produits. En conséquence, nombreux sont ceux qui soupçonnent aujourd'hui des activistes et des législateurs de profiter de la pandémie pour faire passer des politiques restrictives et autres injonctions comportementales motivées par des intentions politiques préexistantes.

Une couverture médiatique précise sur le tabac, la nicotine et le Covid raconterait une histoire à la fois plus complexe et plus intéressante que celle, effrayante, qui a fait les gros titres. Une analyse en cours des données probantes sur le tabac et le Covid, qui en est à sa onzième édition et inclut plus de 400 études, est d'une ambiguïté frustrante. Comme l'étude de la Mayo Clinic, l'examen conclut que, pour des raisons qui ne sont pas encore claires (bien qu'il y ait des théories), les fumeurs actuels semblent moins susceptibles d'être infectés par le SARS-CoV-2. On ignore si cela est dû à un réel effet causal ou à un autre facteur. Il s'agit à tout le moins d'un résultat intriguant sur lequel les journalistes scientifiques pourraient vouloir se pencher –sauf qu'il est rarement mentionné dans les articles sur le tabac et la pandémie.

L'étude examine également si les fumeurs qui contractent le Covid ont des séquelles plus graves que les non-fumeurs. Il est intéressant de noter que les anciens fumeurs présentent systématiquement un risque plus élevé de gravité de la maladie, d'hospitalisation et de décès, ce qui confirme les craintes selon lesquelles les dommages accumulés par le tabagisme sur l'organisme peuvent affecter sa capacité à combattre un virus respiratoire.

Il est toutefois déconcertant de constater que les résultats pour les fumeurs actuels ne sont «pas concluants», qu'il n'y a «pas d'association importante avec l'hospitalisation et la mortalité», mais qu'il existe «une association faible mais importante avec la gravité de la maladie». Difficile de tirer de ces résultats un récit cohérent sur la consommation de tabac, et il convient de se méfier davantage des affirmations sur le vapotage extrapolées à partir de ces résultats.

Ceci est fascinant, dans le sens où cela révèle que même des questions apparemment évidentes peuvent s'avérer difficiles à résoudre au milieu d'une pandémie provoquée par un nouveau virus. Telle est la ritournelle permanente de la science: il faut poursuivre les recherches. Qu'importent les torrents d'encre qui ont pu couler sur le lien entre le vapotage et le Covid, le sujet n'a tout simplement pas été beaucoup étudié, et même avec le rapport de la Mayo Clinic, de nouvelles recherches pourraient à tout moment changer notre compréhension. Cet enchevêtrement de données nous rappelle que la science est provisoire et qu'en lieu et place de récits simples, nous ne pouvons être sûrs que d'une chose: c'est compliqué.

Un obstacle supplémentaire à la lutte contre le tabagisme

Comme pour de nombreuses questions relatives à la pandémie, les articles sur ses liens supposés avec le vapotage auraient bénéficié d'une meilleure prise en compte de l'incertitude. Les spécialistes et les journalistes auraient pu se contenter de souligner les raisons de s'inquiéter de l'augmentation des risques et d'insister sur les précautions à prendre, comme le fait de ne pas partager les appareils de vapotage, puis continuer à suivre l'état des connaissances.

Ils auraient également dû envisager la possibilité que l'alarmisme anti-vape puisse faire échouer l'effort de transition des fumeurs vers des sources de nicotine plus sûres. Nous ne devons pas perdre de vue l'importance de cet objectif: si –espérons-le– la menace du Covid aux États-Unis s'éloigne, le tabagisme cause encore plus de 480.000 décès prématurés chaque année, soit davantage que les estimations actuelles des CDC concernant les décès liés à la pandémie dans le pays en 2020.

En traitant déjà le sujet du tabagisme, du vapotage et du Covid pour Slate.com en avril 2020, j'avais estimé peu probable que des découvertes futures justifient un changement dans la façon dont nous évaluons la réduction des méfaits du tabac –c'est-à-dire que le vapotage n'est peut-être pas inoffensif, mais qu'il est une alternative beaucoup plus saine au tabagisme.

Rien de ce que nous avons appris au cours de l'année écoulée ne contredit l'idée que d'innombrables vies seraient sauvées si des fumeurs cessaient de fumer, que ce soit par l'abstinence totale ou en optant pour des alternatives à moindre risque. Si le flux constant de contenus diabolisant le vapotage au cours de l'année écoulée dissuade les fumeurs de passer à cette alternative –en particulier si les liens présumés avec le Covid ne sont pas corroborés par de meilleures preuves– cela pourrait finir par faire plus de mal que de bien à la cause visant à mettre fin au fléau beaucoup plus ancien et mortel qu'est le tabagisme.

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