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L'État du Honduras reconnu responsable du meurtre d'une femme trans

Temps de lecture : 2 min

Une décision de justice ordonne au pays de payer des réparations, protéger les personnes trans et légaliser le changement de genre.

En Amérique centrale, l'espérance de vie des femmes trans n'est que de 30 à 35 ans. | Delia Giandeini via Unsplash
En Amérique centrale, l'espérance de vie des femmes trans n'est que de 30 à 35 ans. | Delia Giandeini via Unsplash

Dans une décision historique pour les droits des personnes trans, le gouvernement du Honduras a été reconnu responsable du meutre de Vicky Hernández, une femme trans tuée en 2009. Devant la cour interaméricaine des droits de l'Homme, la plus haute juridiction de la région en matière de droits humains, des avocats ont affirmé que la police l'avait tuée. C'est la première fois que cette cour juge un État coupable de ne pas avoir prévenu, enquêté et engagé des poursuites sur la mort d'une personne trans.

Vicky Hernández, activiste et travailleuse du sexe, vivait à San Pedro Sula, au nord du Honduras. Le soir du coup d'État de juin 2009, où un couvre-feu avait été instauré pour empêcher les manifestations, elle se trouvait dans la rue avec d'autres femmes trans, rapporte The Guardian. Elles ont vu arriver des voitures de police et se sont enfuies. Vicky a été retrouvée morte le lendemain, tuée d'une balle dans la tête.

Les avocats qui représentaient l'association Cattrachas, une organisation hondurienne de défense des LGBTQ+, ont démontré avec succès que l'État avait violé le droit à la vie, à un procès équitable et à la protection juridique de Vicky Hernández. Sa mort n'a pas fait l'objet d'une véritable enquête et les preuves que son assassinat était lié à son identité trans n'ont pas été prises en compte.

Des «indications de la participation des agents de l'État»

En effet, la police n'a interrogé aucun individu et n'a jamais examiné la balle trouvée près du corps. On ne sait même pas si un examen post-mortem a été effectué. Pour les avocats, il est clair que ce sont les agents de police, seuls autorisés à être dans les rues ce soir-là, qui ont commis le meurtre. La cour a d'ailleurs évoqué des «indications de la participation des agents de l'État», en plus d'un «contexte de violence et d'impunité contre les personnes LGBTQ+, en particulier contre les femmes trans qui sont travailleuses du sexe».

La cour interaméericaine a ainsi ordonné au Honduras, qui connaît le taux de meurtre de personnes trans le plus élevé au monde, de payer des réparations à la famille de la victime et de mettre en place une large série de mesures afin de protéger les personnes trans. Parmi elles figure une formation contre la discrimination à destination des forces de l'ordre et la collecte de données nationales sur les violences contre la communauté LGBTQ+. Dans la région, les femmes trans ont une espérance de vie qui ne dépasse pas 30 à 35 ans.

La justice a également estimé que le Honduras devait autoriser le changement de genre sur les papiers d'identité et les données publiques. Cette décision pourrait créer un précédent important en Amérique centrale, où la plupart des pays n'autorisent pas une telle démarche. Mais il faut maintenant que le jugement soit appliqué.

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La mort de Vicky Hernández a marqué le début d'une nouvelle ère de violence au Honduras. Au cours des douze années qui ont suivi le coup d'État, Cattrachas a recensé 117 meurtres de femmes trans. Il y a «un schéma de nettoyage social, a déclaré Indyra Mendoza, la fondatrice de l'association. L'État hondurien est un pays très hostile. Il est non seulement violent et meurtrier, mais le fondamentalisme religieux a également beaucoup de pouvoir.»

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