Politique

Les régionales ont ouvert les appétits présidentiels à droite comme à gauche

Temps de lecture : 7 min

En signant un échec pour l'extrême droite et le président de la République, la consultation inaugure une nouvelle phase politique pavée de difficultés. Pour tout le monde!

Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Julien Bayou et Xavier Bertrand. | Ludovic Marin / Philippe Desmazes / François Lo Presti / Lucas Barioulet / AFP (Montage Slate.fr)
Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse, Julien Bayou et Xavier Bertrand. | Ludovic Marin / Philippe Desmazes / François Lo Presti / Lucas Barioulet / AFP (Montage Slate.fr)

Incontestablement, les élections régionales, très largement boudées par l'électorat, ont fait deux victimes: le Rassemblement national (RN) et la majorité présidentielle dont les deux piliers sont La République en marche (LREM) et le Mouvement démocrate (Modem). Par contrecoup, les incarnations de ces deux blocs, Marine Le Pen et Emmanuel Macron, voient leur image atteinte et leur plan électoral respectif contrarié au milieu d'un champ politique marqué par le désintérêt grandissant de l'opinion pour la chose électorale.

L'extrême droite n'a remporté aucune région alors qu'elle espérait, au moins, prendre Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) où le transfuge de la droite parlementaire passé au lepénisme, Thierry Mariani, avait devancé le président sortant, Renaud Muselier (LR), au premier tour. Largement devancé dans toutes les régions pendant le tour de chauffe, LREM et le Modem n'ont pas été en mesure de s'imposer comme force d'appoint indispensable au second tour dans le prolongement du «et de droite et de gauche» qui fut le slogan-phare du candidat Macron en 2017.

La présidente du parti d'extrême droite et le président de la République qui, tous les deux, avaient tenté de «nationaliser» ce scrutin local ont échoué dans leur entreprise. La patronne du RN voulait transformer ces régionales en rampe de lancement pour sa campagne présidentielle. Sur la base des sondages d'intentions de vote pré-électoraux, elle se voyait à la tête de la première force politique française et gagnante, notamment, en PACA et dans les Hauts-de-France. Las, les électeurs et électrices ont douché ses espoirs, dès le premier tour, en désertant les bureaux de vote.

La stratégie de nationalisation a échoué

Parallèlement, le chef de l'État avait lancé dans la bataille une légion de ministres dans plusieurs régions. Officiellement, il s'agissait pour eux de «mouiller la chemise», en se confrontant au terrain; officieusement, il s'agissait de pallier l'extrême faiblesse de l'implantation locale du jeune parti lancé en 2016, tant il est vrai que LREM n'a même pas cinq ans d'existence.

Le premier but de la stratégie présidentielle était, notamment, de contraindre Xavier Bertrand, président sortant des Hauts-de-France, et Valérie Pécresse, présidente de l'Île-de-France –les deux têtes d'affiche ont quitté LR et souhaitent représenter une droite indépendante de ce parti– à des alliances de second tour pour barrer la route à l'extrême droite, ici, et à la gauche, là. Le second objectif était de se présenter comme l'adversaire le plus pugnace du Rassemblement national, tant il est vrai qu'une partie des élus et de l'électorat LR n'est pas hostile à un rapprochement avec l'extrême droite.

À l'évidence, cette stratégie élyséenne a échoué dans ces deux régions- clés –les chefs de file de la majorité présidentielle n'ont pas plus réussi dans les autres régions qu'ils convoitaient–, les meilleurs remparts contre le RN et la gauche s'avérant justement Bertrand et Pécresse qui, seuls et sans appoint LREM, sont parvenus à conserver leur région.

La triomphe des partis établis

En revanche, le président de la République a limité l'ampleur de la défaite grâce à la large victoire, contre toute attente, de Renaud Muselier (LR) avec lequel LREM, sous l'impulsion de l'exécutif, avait fait alliance avant le premier tour. Au grand dam de certains caciques de la droite locale, tel Éric Ciotti.

Ce succès du président sortant de PACA a aussi été facilité par le retrait au forceps de la gauche conduite par un prétendant Europe Écologie-Les Verts (EELV) qui n'avait pas du tout l'intention d'abdiquer avant le second tour. La pression des instances nationales de son parti et, probablement, la crainte d'être rendu responsable de la seule victoire possible de l'extrême droite ont eu raison des réticences de Jean-Laurent Félizia. Au final, l'absence d'un regain de mobilisation de l'électorat RN et la réhabilitation d'un front républicain, que d'aucun à droite et à gauche disait mort, ont fait le reste.

Cette consultation électorale a marqué le triomphe des partis établis de la Ve République –des vieux partis diront certains, en étant obligés de reconnaître qu'ils ont la vie dure–, et la prééminence des présidentes et de présidents sortants puisque toutes et tous ont été réélus en France métropolitaine (Outre-mer, La Réunion passe de droite à gauche), et que rien ne bouge dans la répartition des régions entre la droite (7) et la gauche (5), la Corse restant dirigée par les nationalistes- indépendantistes.

Le faible taux de participation aux deux tours (34%), accompagné d'une faible mobilisation de l'électorat lepéniste, contrairement à l'habitude des derniers scrutins, a favorisé ce statut quo.

La compétition est déjà ouverte à droite

Élections locales contre élection nationale? Cette consultation aura-t-elle une influence sur la mère des batailles électorales que constitue la présidentielle de l'an prochain, aux yeux des Français? Y a-t-il une déconnexion entre les consultations locales, type municipales, départementales ou régionales, qui nécessitent indubitablement un ancrage fort sur la terrain, et les consultations nationales, type européennes, présidentielle ou même législatives dans une moindre mesure, qui répondent à d'autres réflexes électoraux... justement moins locaux? Les sondages d'intentions de vote à moins d'un an maintenant semblent confirmer –jusqu'ici!– cette dernière hypothèse.

C'est évidemment l'espoir et le pari, tant du président de la République que de la présidente du RN qui apparaissent toujours comme les favoris du scrutin de 2022 pour un remake de 2017. C'est sans compter, cependant, sur le grignotage progressif que réalise Xavier Bertrand, candidat divers droite, dans les enquêtes sur les intentions de vote et sur l'avantage qu'il prend sur sa principale concurrente potentielle, Valérie Pécresse, candidate divers droite également. Prétendant déclaré à la présidentielle et conforté dans son combat politique contre le lepénisme, Bertrand a d'ores et déjà indiqué que sa candidature ne s'inscrira pas dans le cadre d'une primaire organisée par LR, ce qui va poser un problème à droite.

D'autant que, justement, le résultat des régionales a ouvert les appétits. D'autres candidats sont potentiellement sur les rangs comme Laurent Wauquiez ou Bruno Retailleau, représentants d'une droite conservatrice qui est en adéquation avec de larges franges de l'électorat... jusqu'au Rassemblement national. Car c'est sans doute un des enseignements ignorés de ces élections régionales. La désaffection d'une partie de l'électorat lepéniste tient peut-être à la lassitude de voir des promesses non réalisées d'arrivée au pouvoir égrenées depuis des décennies par la dynastie Le Pen.

L'électorat lepéniste atteint de lassitude

Si on osait un parallèle purement technique, on noterait qu'une partie de l'électorat communiste avait basculé dans le vote socialiste à la présidentielle de 1981 par désespérance d'une éternelle cure d'opposition. Cette frange de l'électorat avait préféré misé, dès le premier tour, sur le cheval qui avait le plus de chance de l'emporter face à la droite. Et ce n'était pas Georges Marchais, secrétaire général du PCF, mais François Mitterrand, premier secrétaire du PS.

Ce scénario est-il en train de se mettre en place, imperceptiblement, cette fois dans l'électorat d'extrême droite? Si c'est le cas, cela va poser un problème stratégique à la cheffe de file du RN qui doit céder son poste au prochain congrès de son parti (3 et 4 juillet, à Perpignan). Celui qu'on disait le mieux placé pour lui succéder, Jordan Bardella, actuel vice-président, a été sévèrement battu en Île-de-France par Pécresse et largement devancé par la liste de gauche (EELV, PS, LFI) conduite par Julien Bayou. Après ce scrutin, ce choix ne serait pas extrêmement mobilisateur pour l'électorat lepéniste.

Le leader des insoumis conduira une campagne plus solitaire qu'en 2017.

La question de la mobilisation se pose aussi à gauche dans la perspective de la présidentielle. Derrière quel parti et quel représentant ou représentante doivent se ranger les forces de gauche, sachant que Jean-Luc Mélenchon est en campagne depuis plusieurs mois derrière la seule bannière de son parti, La France insoumise, qui a réalisé de faibles scores aux régionales? Le leader des insoumis conduira donc une campagne plus solitaire qu'en 2017 puisque le secrétaire national du PC, Fabien Roussel, désigné par son parti, a la volonté d'aller jusqu'au bout malgré les scores actuels des instituts de sondage.

Qui sera le moteur de la gauche?

D'ores et déjà, le PS, par la voix de son premier secrétaire, Olivier Faure, se définit comme «le moteur» de la gauche. Son parti pourra effectivement se prévaloir de cinq présidences de région (Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, Centre-Val de Loire et Bourgogne- Franche-Comté), les ayant gagnées seul ou avec l'appoint d'EELV. Forts de leurs résultats aux municipales où ils avaient emporté quelques grandes villes, leur conférant une primauté emblématique, les écologistes se voyaient déjà en porteur unique des aspirations de la gauche (hors LFI et PCF) en 2022. Dès les résultats du second tour des régionales connus, le patron du PS s'est fixé de remettre les pendules à l'heure. Et cette mise au point ouvre la compétition entre les socialistes et les écolos.

Au bout du bout, ces régionales donnent le top départ de la compétition présidentielle, en posant plus de questions qu'elles n'en résolvent. Tant à droite qu'à gauche. Tant pour le macronisme que pour le lepénisme. Privée de leader incontesté, la droite se trouve maintenant à la tête d'une écurie dans laquelle plusieurs personnalités vont se tirer la bourre pour se placer en pole position. Un souci de riche! C'est un genre de compétition où on se fait rarement des cadeaux.

Sans leader incontestable aussi, la gauche est engagée maintenant dans une bataille de leadership entre le PS et EELV. Quant au président de la République, il avance sans parti efficace pour le seconder. La présidente du RN, elle, ne peut plus se prévaloir d'une position dominante. Pire, son parti devient victime de l'abstention. Les cartes sont rebattues affirment les partis. Reste à savoir si les électeurs font la même analyse.

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