Parents & enfants / Santé

Les enfants et adolescents, grands oubliés des mesures de lutte contre le Covid-19

Temps de lecture : 7 min

Nous pâtissons grandement d'une idéologie obsolète considérant les plus jeunes comme des sous-citoyens qui ne peuvent pas jouir des mêmes stratégies de réduction des risques que les adultes.

Nous ne savons pas encore si les nouveaux variants sont plus agressifs, plus virulents chez les jeunes et les enfants. | Kelly Sikkema via Unsplash
Nous ne savons pas encore si les nouveaux variants sont plus agressifs, plus virulents chez les jeunes et les enfants. | Kelly Sikkema via Unsplash

Depuis le début de la pandémie, la question des enfants et des adolescents cristallise un grand nombre de débats et, il faut bien le reconnaître, de mauvaise foi et de mauvaise volonté. On aura vu à maintes reprises le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer se prendre les pieds dans le tapis des chiffres pour minimiser le risque de contagion dans les établissements scolaires. La société française de pédiatrie a, pour sa part, toujours sous-estimé la part des enfants dans la transmission du virus, en dépit de l'impact visible des vacances scolaires et des connaissances acquises précédemment sur la plupart des virus respiratoires.

Il nous semble aujourd'hui légitime d'affirmer que nous avons assisté à une forme de conflit d'intérêts idéologique de la part de ces instances qui ont toujours eu la volonté louable de défendre l'éducation, et spécifiquement la scolarisation présentielle des enfants, ce qui les a menées à négliger la prévention au sein des écoles, collèges et lycées.

Si nous pensons bien sûr que sanctuariser l'éducation des enfants est nécessaire (c'est même un droit fondamental des enfants), nous avons la conviction qu'il ne faut en aucun cas perdre de vue la santé des enfants et de leurs proches. En effet, si les plus jeunes déclarent le plus souvent des formes bénignes de l'infection, qu'il y a eu peu d'hospitalisations et encore moins de décès, ils peuvent contaminer le personnel des écoles, leurs parents, leurs grands-parents et toute personne de leur entourage. Il y a aussi des enfants scolarisés souffrant de comorbidités les mettant dans la catégorie des personnes à risque de forme grave. Et, même s'il est crucial d'affiner cela par des études solides afin de définir des critères diagnostiques, le Covid long affecte également les enfants et les adolescents avec un impact qui pourrait s'avérer important sur leur qualité de vie et sur leur scolarité.

Plutôt que chercher à minimiser la transmission chez l'enfant, les pouvoirs publics, pour protéger la scolarité et l'éducation, devraient tout mettre en œuvre pour déployer sans délai toutes les mesures adaptées pour sécuriser vis-à-vis du Covid-19 les lieux d'accueil scolaires et périscolaires dès cet été. C'est d'autant plus important au vu du contexte: à mesure que la population adulte va se faire vacciner, les réservoirs de Covid se déplaceront vers les plus jeunes pas encore vaccinés. Par ailleurs, nous ne savons pas encore si les nouveaux variants sont plus agressifs, plus virulents chez les jeunes et les enfants.

Promouvoir avec plus d'entrain la vaccination des 12-17 ans

Des variants, parlons-en: alors que les indicateurs sont au vert et nous laissent (laissaient?) espérer un été tranquille, le variant Delta (variant indien) peut présenter une menace. Il laisse présager, comme c'est le cas en Israël, qu'une couverture vaccinale de 60% de l'ensemble de la population est insuffisante pour constituer une immunité collective. En France, au 25 juin 2021, la moitié de la population n'avait toujours pas reçu la moindre dose et seul un tiers était complètement vaccinée.

Malgré cela, en l'absence d'une politique de suppression par seul manque de courage politique, la pression se relâche sur les citoyens qui peuvent maintenant fréquenter des lieux clos (restaurants, bars, salles de sport... et bientôt boîtes de nuit) sans masque, sans que les autorités de santé ne leur garantissent une action conjuguée permettant d'éviter au maximum le risque de rebond épidémique dans le pays. Cette action combine le triptyque tester-tracer-isoler en le transformant en tester-séquencer-rétrotracer-isoler, avec un contrôle sanitaire efficace des frontières et une politique vaccinale ambitieuse et déterminée à réussir.

Vous voyez où nous voulons en venir. Il nous semble important de promouvoir avec plus d'entrain la vaccination des 12-17 ans puisqu'elle leur est désormais ouverte. Nous saluons le fait que les adolescents ne soient plus obligés de venir au centre de vaccination avec l'un de leurs deux parents. Nous voulons alerter toutefois sur l'obligation de fournir une autorisation de leurs deux parents ou tuteurs légaux, qui compromet sérieusement l'objectif d'une couverture vaccinale efficace dans cette classe d'âge qui a besoin autant que les adultes d'être protégée contre le coronavirus. Si des parents ne sont pas convaincus du bien-fondé de cette vaccination alors que l'adolescent l'est (ou que l'un des deux ne l'est pas, ou bien encore que cette controverse entre dans un jeu de pouvoir et de pression entre parents divorcés ou divorçant), c'est l'enfant qui sera la victime collatérale.

Une nouvelle fois, en refusant de banaliser la vaccination contre le Covid-19, les pouvoirs publics tirent une balle dans le pied de la stratégie d'immunisation collective visée mais non assumée. Aucune autre vaccination homologuée ne fait l'objet de pareille double autorisation parentale, et à notre connaissance aucun autre pays de l'Union européenne n'affiche pareille contrainte à la vaccination des adolescents.

Le rapport bénéfices/risques est favorable au vaccin

Parce que les vacances approchent, parce qu'ils redoutent les effets indésirables courants mais non moins bénins et fugitifs du vaccin, de nombreux parents rechignent à ce que leurs ados se fassent vacciner avant la rentrée. Nous devons ici rappeler les données sur le rapport bénéfices/risques du vaccin Pfizer, le seul autorisé pour les 12-17 ans en France:

  • Son efficacité est de 100% (75.3-100) contre le Covid-19, sept jours après la seconde dose (essai de phase III).
  • Aux États-Unis, plus de 4 millions d'enfants de 12-15 ans ont reçu une première dose.
  • La pharmacovigilance américaine met en avant des effets secondaires connus et attendus: douleur au point d'injection (60%), fatigue (30%), douleurs musculaires (20%), fièvre (10%): rien de très surprenant et comme chez les adultes, ils semblent plus intenses à la seconde dose. Pareillement, ils cèdent souvent au paracétamol et ne durent qu'un à deux jours.
  • Pour les 12-15 ans: 5,7% (sur 2.540 enfants) ont présenté des événements indésirables sérieux, notamment la myocardite/péricardite (56-69 cas sur un million (0,006% chez les garçons de 12 à 17 ans) qui est une inflammation du muscle cardiaque/de la membrane recouvrant le cœur. Aucun décès n'est à déplorer. Notons que ce type d'inflammation peut toucher les adolescents malades d'un Covid-19: à titre d'exemple, chez des athlètes étudiants, on a relevé 2,3% de péricardites après infection.

Au vu de ces données, et parce que le rapport bénéfices/risques est favorable au vaccin, il a été homologué par toutes les grandes agences internationales de sécurité sanitaire dans le monde. En outre, ce rapport ne prend pas en compte les bénéfices indirects individuels et collectifs de la vaccination. En plus d'éviter de tomber malades, avec potentiellement des conséquences graves et/ou durables, la vaccination des jeunes permet:

  • D'éviter des fermetures de classe et de centres d'activités périscolaires ou estivaux (centres aérés, colonies de vacances...), ce qui contribue à assurer la scolarité et la socialisation des ados.
  • D'éviter de contaminer ses proches –notons que le vaccin est moins efficace chez les personnes âgées en raison de leur immunosénescence et chez les personnes immunodéprimées. On a vu récemment des maisons de retraites où les résidents entièrement vaccinés avaient contracté le Covid-19 dans son variant Delta;
  • D'obtenir le précieux pass sanitaire pour voyager et/ou participer à certains événements culturels et sportifs;
  • De limiter la circulation du virus et donc la potentielle émergence de nouveaux variants.

D'autres leviers à activer

Reconnaissons que nous avons accepté la vaccination des enfants pour de nombreuses autres maladies sans qu'elle confère toujours un bénéfice individuel direct: par exemple, celle contre la poliomyélite ou contre l'hépatite B chez le nourrisson. Dans tous ces cas, même si le bénéfice individuel peut être considéré comme modeste, le bénéfice collectif est immense et démontré, et justifie pleinement les campagnes de vaccination universelle contre ces fléaux redoutables.

En quoi le Covid échapperait-il à ces stratégies de réduction des risques? Face à une situation qui demeure celle d'une course contre la montre qui, jusqu'à présent, a su gagner toutes les compétitions dans le monde, nous avons besoin que les autorités sanitaires se retroussent les manches pour communiquer de manière adaptée auprès des 12-17 ans –que ce soit lors d'actions de proximité ou sur les médias qu'ils utilisent. Ils doivent être en mesure d'exercer leur consentement libre et éclairé et de prendre leur propre décision, même éventuellement contre l'avis de leurs parents.

Il pourrait aussi être pertinent d'amener la vaccination dans des lieux fréquentés par les 12-17 ans durant la période estivale afin que tous ceux qui souhaitent se faire vacciner et ont l'autorisation de leurs parents puissent le faire facilement.

Bien évidemment, la vaccination n'est pas le seul levier à activer pour protéger les enfants et adolescents du Covid-19 et de ses conséquences directes et indirectes –d'autant que les plus jeunes ne peuvent se faire vacciner. C'est tout une politique de réduction des risques qu'il faut mettre en place. Cela passe par la grande oubliée: l'anticipation!

Il semble évident qu'il convient de profiter des vacances pour aménager et équiper les établissements scolaires et les lieux d'accueil périscolaires de façon à assurer une aération/ventilation des locaux fermés adaptée au risque de transmission par aérosols. À l'aide de tests réalisés grâce à des capteurs de CO2, il pourra s'agir de meilleurs agencements de l'espace et des fenêtres ainsi que de l'équipement en purificateurs d'air (là où l'aération satisfaisante est impossible à obtenir, dans les salles de classe et tout particulièrement dans les endroits où les enfants enlèvent leurs masques comme la cantine ou la bibliothèque). Tant que circulera le virus et que planeront des menaces de rebond, le masque devra être conservé dans les lieux clos par les enfants au-dessus de 6 ans et le personnel d'encadrement.

Il est également crucial de déployer (pour de vrai, cette fois), les tests salivaires et les tests antigéniques dans les écoles et de marteler l'importance de se faire tester au moindre symptôme (nez qui coule, nez bouché, maux de gorge et/ou de tête, fièvre...) afin de s'isoler dans les plus brefs délais. Nous savons désormais que le variant Delta a tendance à se manifester chez les plus jeunes par des symptômes assez peu spécifiques (comme un simple rhume) ne signant pas toujours cliniquement le Covid.

Nous pâtissons aujourd'hui grandement d'une idéologie obsolète considérant les enfants et les adolescents comme des sous-citoyens qui ne peuvent pas jouir des mêmes stratégies de réduction des risques que les adultes, et qui seraient incapables de résilience et de plasticité face à des enjeux épidémiques que beaucoup ont parfois parfaitement bien compris, voire revendiquent.

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