Santé / Société

«Ma vie est en train de prendre un sens qui me déplaît»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Nicolas, atteint de mucoviscidose et angoissé par son avenir professionnel.

«Comment changer de mentalité, me remotiver?» | Nik Shuliahin via Unsplash
«Comment changer de mentalité, me remotiver?» | Nik Shuliahin via Unsplash

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Pour aller à l'essentiel, ma vie est en train de prendre un sens qui me déplaît, face auquel je me sens impuissant. Depuis quelques années, je n'ai pas pris les bonnes décisions, ou bien je n'ai jamais su dynamiter ma vie professionnelle. Je n'ai pas de diplôme de valeur hormis le bac, j'ai enchaîné des petits boulots qui ne m'ont jamais plu, dont celui que je viens de commencer depuis peu dans un lycée, et dont j'ai déjà hâte que le contrat se termine fin août. Atteint de mucoviscidose, bien qu'encore en santé décente pour le moment, mes capacités physiques sont limitées, ce qui influe sur mes perspectives professionnelles.

Âgé de 26 ans, je n'ai ni le temps, ni l'envie, de reprendre des études ou de passer des concours. Je suis dans l'urgence, d'autant plus que je vais devoir assumer à partir de juin mon loyer seul pour la première fois. J'ai perdu du temps et des années à me morfondre à la fac, à faire la fête, à ne pas ou peu travailler, ou bien à me soigner. Je n'ai jamais bâti de projet fiable sur le long terme.

Pour résumer, ma vie professionnelle n'a pas de sens, j'ai peu de possibilités et de perspectives pour la dynamiser, mes soucis de santé me démotivent. Je n'ai plus envie de grand-chose, je n'ai plus confiance en moi, et j'ai peur d'arriver à un stade où je ne travaillerai plus et devrai me contenter de mes modestes allocations adultes handicapé pour survivre.

Comment changer de mentalité, me remotiver? Quelles solutions professionnelles crédibles pourrais-je adopter à court terme? J'ai bien des amis et de la famille, qui me permettent d'ailleurs de nourrir ma vie sociale, mais le problème est surtout dans ma tête, et je n'ai pas envie de sombrer dans la dépression.

Nicolas

Cher Nicolas,

Je sais que les moments où la déprime était la plus forte étaient aussi ceux où j'avais le moins de perspectives, ou ceux où je n'arrivais plus à les voir. Elles ne s'imposent pas toujours devant nos yeux, ce serait trop simple, alors il est nécessaire parfois de les mettre en place artificiellement. Vous avez 26 ans, vous êtes malade, vous ne savez pas combien de temps vous avez devant vous avant de devoir arrêter de travailler. Qu'est-ce qui vous fait le plus envie à court terme? Qu'est-ce que vous pourriez faire dans six mois? Dans un an?

Je ne parle pas forcément de travail ici. On n'a pas besoin de forcément s'épanouir ou se définir par le travail. Parfois, il peut juste être un moyen. Travailler pour gagner de l'argent, quand on a un but, est une façon de retrouver sa motivation. C'est l'avantage de la pensée à court ou moyen terme. Vous n'avez pas besoin de voir devant vous dix ans de travail sacrificiel pour la réalisation d'un rêve (et donc l'opportunité de perdre prise 10.000 fois avec ce rêve).

Vous avez envie de quoi dans la vie tant que vous le pouvez? Vous avez envie de voyager? De ne rien faire pendant six mois, à part lire des livres ou mater tout Netflix? De faire le chemin de Compostelle en 750 étapes? De passer l'été devant la mer? Rien n'est bizarre, rien n'est honteux. Créez-vous un projet, calculez un budget, donnez-vous les moyens avec un travail alimentaire de faire de ce rêve une réalité.

Je connais des gens qui ne travaillent qu'une année sur deux. D'autres qui aiment faire du saisonnier, pour s'investir totalement dans leurs projets artistiques perso le reste de l'année quand ils sont plus inspirés. Personne n'a l'obligation d'avoir une carrière. Personne n'est condamné à cotiser pour sa retraite et à investir pour s'assurer une fin de vie confortable. A fortiori quand on n'a aucune idée de ce que sera sa fin de vie.

La question, plus que celle des finances, c'est de savoir ce qui vous épanouit vraiment. Et, en second temps, de combien vous avez besoin pour atteindre cet épanouissement. L'allocation adulte handicapé ne pèse pas bien lourd, mais elle peut suffire à avoir une vie heureuse selon vos besoins personnels. Ou pas, en fait. Parce que rien ne vous oblige non plus à avoir des goûts frugaux, sous prétexte que vous seriez malade et pas carriériste. Encore une fois, vous avez besoin avant tout de faire la liste de ce qui vous rend heureux et de vous donner les moyens d'y parvenir.

Un salaire en soi rend rarement heureux. C'est souvent ce qu'on en fait qui compte. Dans cette optique de vie vécue plutôt que subie, vous devriez avoir plus de facilité à définir vos priorités. Je ne crois pas que vous ayez besoin de faire comme les autres pour vous épanouir, mais bien de trouver ce qui vous définit le plus justement. Surtout si le temps est compté.

Ensuite, mettez à contribution le maximum de personnes. Amis, famille, réseaux sociaux, associations. Rien ne vous oblige à gérer tout, tout seul. Comme rien ne vous oblige à faire comme les autres. Embrasser cette individualité et être fier, même, c'est vous donner plus d'opportunités d'exprimer vos propres goûts et désirs. Si gagner un minimum d'argent est souvent nécessaire, il n'est pas obligé de ne vivre qu'une vie de sacrifice. Pensez d'abord aux plaisirs, et peut-être que vous entreverrez plus d'opportunités pour votre avenir.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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