Culture

Navires, code, or maudit: ce que «Pirates des Caraïbes» emprunte à l'histoire

Temps de lecture : 6 min

Ce n'est évidemment pas un documentaire, mais il y a une part de réel dans les aventures de Jack Sparrow.

La saga Pirates des Caraïbes a popularisé les pirates des XVIIe et XVIIIe siècles. | Capture d'écran Disney FR via YouTube
La saga Pirates des Caraïbes a popularisé les pirates des XVIIe et XVIIIe siècles. | Capture d'écran Disney FR via YouTube

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Le film Pirates des Caraïbes s'inspire-t-il de faits réels sur les pirates?»

La réponse de Brian Gogarty:

Les films Pirates des Caraïbes ont beaucoup popularisé les pirates des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils s'inspirent bien de faits historiques réels sur les pirates de cette époque, même s'il y a aussi des inexactitudes, ce qui est normal: c'est une fiction, pas un documentaire.

Pourquoi les Caraïbes?

Comme on le voit dans les films, les Caraïbes étaient bel et bien infestés de pirates à l'époque, en particulier au début du XVIIIe siècle, qui a marqué l'âge d'or de la piraterie dans cette mer.

La piraterie y a commencé deux siècles plus tôt, lorsque les Européens ont commencé à coloniser l'Amérique. Les navires marchands européens échangeaient des esclaves, du sucre, des métaux précieux, du tabac et du café qui valaient très cher. De quoi attirer, évidemment, des pirates.

Les Caraïbes étaient un grand repaire de pirates, bien sûr parce qu'une bonne partie des navires marchands passaient par là, mais aussi parce que c'est une mer parsemée de criques et de petites îles inhabitées, où il était donc facile pour toutes sortes de criminels de se cacher. C'était une région difficile à surveiller.

Qui étaient ces pirates?

Les équipages de pirates étaient composés d'hommes de toutes les nationalités et de toutes les origines sociales: des aristocrates, d'anciens marins marchands ou militaires, des femmes, des Amérindiens et d'anciens esclaves africains. Ces derniers représentaient ainsi 60% de l'équipage du célèbre navire de Barbe Noire, le Queen Anne's Revenge.

Certains pirates étaient des criminels endurcis qui faisaient cela pour le profit, mais beaucoup le faisaient pour avoir une vie meilleure. En effet, la vie de marin était terrible: c'était même l'un des pires métiers du monde à l'époque.

Dans la marine marchande ou militaire, les équipages étaient souvent violentés et sous-alimentés, le tout pour un salaire de misère. Beaucoup de marins préféraient donc devenir pirates, afin d'échapper à ces mauvais traitements et gagner plus d'argent.

De plus, le développement de la traite négrière enrichissait les armateurs et les planteurs au détriment des citoyens ordinaires, qui s'enfonçaient dans la pauvreté. Cela poussa beaucoup d'entre eux à se tourner vers l'illégalité.

Quels étaient les navires?

Les films Pirates des Caraïbes montrent de grands navires comme le Black Pearl, si bien qu'on croit souvent que les pirates de cette époque avaient des navires de ce genre.

Mais en réalité, beaucoup voguaient sur des bateaux bien plus petits comme les sloops: des voiliers de 12 mètres de long, très appréciés des pirates pour leur rapidité et leur maniabilité, ainsi que pour leur faible tirant d'eau qui leur permettait de naviguer facilement dans les eaux côtières peu profondes.

Les pirates cherchaient généralement à mettre la main sur des navires plus grands. Par exemple, le meilleur vaisseau de Barbe Noire était à l'origine un négrier français, Le Concorde, dont il s'est emparé en 1717 et qu'il a ensuite rebaptisé le Queen Anne's Revenge.

Comment opéraient les pirates?

Ils préféraient s'attaquer à des navires marchands isolés. Les films les montrent souvent hisser le drapeau noir, ce qui est un fait réel. En général, les pirates ne cherchaient pas le combat, ils préféraient miser sur l'intimidation et la dissuasion.

Bien souvent, il n'y avait pas de combat. Les tirs au canon et les abordages qu'on voit dans les films étaient rares dans la réalité. Les marchands terrifiés préféraient se rendre en voyant ce drapeau de mort, et les pirates hurlants et armés jusqu'aux dents. Mais quand ils refusaient de se rendre, les assaillants n'hésitaient pas à faire feu avec leurs canons.

Contrairement à leur image de forbans sanguinaires, les pirates ne massacraient pas systématiquement les équipages capturés.

Dans le premier film, La Malédiction du Black Pearl, la scène du combat entre le Black Pearl et l'Interceptor montre les pirates tirer des boulets à chaîne (deux boulets reliés entre eux par une chaîne) pour briser les mâts du vaisseau adverse. Ces boulets étaient réellement utilisés pour cette fonction. Ce n'était pas pour détruire le navire, mais pour l'immobiliser.

Contrairement à leur image de forbans sanguinaires, les pirates ne massacraient pas systématiquement les équipages capturés. La plupart du temps, cela se passait quand ceux-ci tentaient de résister, ce qui était rare, comme je l'ai expliqué –et encore, c'étaient souvent les officiers qui étaient punis.

Les pirates proposaient même généralement aux équipages capturés de les rejoindre. Beaucoup acceptaient, pour échapper aux maigres salaires et aux mauvaises conditions de vie dans la marine conventionnelle.

Les villes de pirates

Pirates des Caraïbes nous montre un repaire de pirates qui a réellement existé à Tortuga (île de la Tortue), au XVIIe siècle. Les pirates sont connus pour être des gros buveurs et des débauchés, une réputation définitivement assise par le genre de villes qu'ils affectionnaient dans les Caraïbes.

La ville coloniale anglaise de Port-Royal, que l'on voit dans les films, était dans la réalité un grand port de pirates, comme Tortuga. Ceux-ci pouvaient y stationner, car ils étaient mandatés par les Anglais pour attaquer leurs ennemis, notamment les Espagnols.

Au XVIIIe siècle, Barbe Noire était basé à Nassau, aux Bahamas. À l'époque, ce n'était pas le paradis des paquebots de croisières et des hôtels de luxe. C'était une ville crasseuse, remplie de tavernes et de bordels où les pirates venaient dépenser leurs butins, tout comme à Tortuga et Port-Royal. Cette dernière était d'ailleurs considérée comme la ville la plus dépravée au monde, du fait du record d'alcoolisme et de prostitution.

Mais ces villes sordides étaient aussi des marchés de premier ordre: les négociants des Antilles et d'Amérique du Nord qui traitaient avec des pirates pouvaient y trouver des produits d'excellente qualité à des prix imbattables, ce qui était très lucratif pour tout le monde.

Le code des pirates

Jack Sparrow parle souvent du fameux «code des pirates». Ceci n'est pas une invention d'Hollywood. Chaque vaisseau de pirates avait des règles écrites que l'équipage approuvait souvent, et qu'on appelait des «articles d'accord». Avant d'embarquer, chaque pirate signait ces documents.

Ces règles devaient permettre aux membres d'équipage de travailler ensemble et ne pas sombrer dans l'anarchie. Les articles d'accord variaient d'un navire à l'autre, mais ils comportaient toujours des clauses sur la discipline, et précisaient la part de butin qui revenait à chacun. Certains prévoyaient même une indemnisation pour les blessés, une forme de sécurité sociale avant l'heure.

Les équipages de pirates avaient promu une forme de démocratie très en avance sur son temps. Le capitaine était élu par l'équipage: il ne devait rien à son origine ou son rang social, mais à ses propres compétences. Et il pouvait même être évincé par l'équipage s'il ne leur convenait pas.

Dans le premier film, Jack Sparrow est exilé sur une petite île perdue par son équipage, qui lui laisse seulement un pistolet avec une balle pour en finir. C'est ce qui est réellement arrivé à plusieurs capitaines pirates.

Or maudit

On associe toujours les pirates à l'or. On imagine souvent les pirates plongeant leurs mains dans des coffres remplis d'or. Il y a une part de vérité là-dedans, même si en réalité, les pirates mettaient principalement la main sur du sucre, du rhum ou du tabac, surtout au XVIIIe siècle.

L'histoire du premier film tourne autour d'un coffre d'or aztèque maudit. Cette intrigue surnaturelle s'inspire de légendes de pirates qui remontent au XVIe siècle. À l'époque, de nombreux galions espagnols transportaient de l'or depuis les colonies américaines. Certains marins croyaient que cet or était maudit, à cause des visages et des dieux étranges gravés sur les pièces.

L'âge d'or

En 1713, le traité d'Utrecht mit fin à la guerre de succession d'Espagne. En conséquence, les marines européennes ont démobilisé de nombreux hommes, qui se sont retrouvés au chômage. Beaucoup d'entre eux se sont alors reconvertis dans la piraterie pour gagner de l'argent.

La piraterie dans les Caraïbes et sur le littoral nord-américain est alors entrée dans son âge d'or, à tel point qu'elle menaçait le commerce maritime international. Chaque semaine, toujours plus de navires marchands tombaient entre les mains des pirates.

Certains assiégeaient même des ports, comme on le voit dans le premier film, lorsque le Black Pearl attaque Port-Royal. Par exemple, en 1718, Barbe Noire imposa un blocus à la ville de Charleston, en Caroline du Sud, et ne quitta le port que lorsqu'une rançon lui fut versée.

Une puissante nation pirate a même émergé à New Providence, après que le gouverneur anglais a perdu le contrôle de ce port. Une véritable république des pirates est apparue là-bas, financée par le butin amassé par les grands pirates de l'époque comme Barbe Noire, Black Sam ou Black Robert.

Cela poussa les marines de guerre des différents pays (Grande-Bretagne, France, Espagne…) à combattre la piraterie par tous les moyens pour l'éradiquer, ce qui a donc mis fin à l'âge d'or, qui n'aura pas duré bien longtemps.

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