Monde

La Russie en quête d'une idée nationale

Nathalie Ouvaroff, mis à jour le 11.05.2010 à 9 h 22

Le grand show patriotique du 9 mai à Moscou sur la place rouge, à l'occasion du 65ème anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie, marque le retour des ambitions impériales russes.

C'est avec un faste exceptionnel que la Russie a célébré le soixante cinquième anniversaire de la défaite de l'Allemagne hitlérienne. La grande parade sur la Place Rouge, digne de l'époque soviétique, avec l'exhibition des systèmes d'armes les plus sophistiqués, avait été précédée d'un martelage médiatique sans précédent sur le rôle primordial joué par l'Union soviétique dans la victoire finale.

A en croire les russes, qui occultent toujours le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939 qui a fait un temps de l'URSS et de l'Allemagne nazie des alliés, ils sont les principaux artisans de la victoire. Soucieux de rétablir la «vérité historique que les occidentaux auraient déformée», ils minimisent le rôle des forces alliées notamment américains et anglais et la dureté des combats qui ont eu lieu sur les autres théâtres d'opérations: Europe de l'ouest, Afrique du nord et Pacifique.

A la veille des commémorations, le président Dimitri Medvedev avait donné le ton et sa version de la seconde guerre mondiale. Dans un entretien publié le 7 mai dans le quotidien pro-gouvernemental «Isvestia» le chef de l'état n'exclut pas l'éventualité d'un nouveau conflit à l'échelle planétaire, sans donner plus de détail . «Ce n'est pas Staline ni les généraux de l'armée Rouge qui ont gagné la guerre mais les peuples de l'Union soviétique». Comme en écho au président, la veuve le l'académicien dissident Andreï Sakharov a rompu un long silence pour s'exprimer sur ce thème douloureux.. Elena Bonner, qui était infirmière pendant le conflit raconte la guerre. «Nous n'avons pas combattu pour Staline ni pour notre patrie nous avons combattu parce que nous n'avions pas le choix... » raconte-t-elle dans une interview exclusive au magasine «Snob»

Le Grand show patriotique est avant tout à consommation domestique. Depuis l'arrivée de Poutine aux affaires en 2000, la Russie tente de trouver une «idée nationale» susceptible de prendre la place du défunt communisme et de cimenter la population. Plusieurs tentatives ont été faites, «la démocratie souverainiste» idée concoctée par Sourkov l'idéologue du Kremlin, Poutine «leader national»  émanation de la nation, au dessus des polémiques et des partis et enfin l'orthodoxie. Les deux premières greffes n'ont pas pris, la troisième, malgré les efforts du Patriarche, a du mal à prendre pour la simple raison que la Russie est un pays multi-confessionnel ou perdure un fort courant athée...

Reste la mémoire et les heures de gloire de l'armée rouge. Cette histoire a le grand avantage d'être commune à tous les peuples de l'ex-Union Soviétique. Dans ce contexte les festivités ont été centrées autour des porteurs ce cette mémoire, les vétérans de tous les pays de la CEI mais également des pays qui avaient lutté contre l'oppression hitlérienne mis à l'honneur, comblés de faveurs et de cadeaux ...

Au passage le Kremlin a adressé un message au reste de la communauté internationale non seulement en exposant son arsenal militaire mais en donnant des invitations sélectives pour participer aux festivités. Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili n'a pas été invité, par contre deux membres de l'opposition géorgienne, Nino Bourdjanadzé et Zourab Nogadeïli, étaient présents à titre privé .

Le vice-président américain Joe Biden, qui s'était proposé pour remplacer le président Barack Obama, s'est fait éconduire ainsi que le prince Charles, héritier de la couronne britannique. Le premier à cause de sa sympathie pour Mikhaïl Saakachvili, le second car la Grande-Bretagne persiste à refuser l'extradition de Boris Berezovsky.

Pavel Felghenhauer, journaliste à «Novaya gazeta» affirme qu'il s'agit d'une décision prise par Vladimir Poutine. Il explique cette arrogance nouvelle par les victoires que le kremlin vient de remporter dans sa réappropriation d'une partie de l'espace ex-soviétique. La victoire de Victor Yanoukovitch en Ukraine et la révolution en Kirghizie, qui a amené aux commandes un gouvernement plus favorable au Kremlin, sont autant de signes de la percée de cette idée nationale impériale et martiale.

Nathalie Ouvaroff

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Image de Une: Le défilé de la victoire Ilya Naymushin / Reuters


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