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Au Brésil, la lutte contre les violences domestiques se fait chez la coiffeuse et le barbier

Temps de lecture : 2 min

Un programme a été mis en place pour sensibiliser les professionnels des salons de beauté aux violences conjugales et sexistes.

Tous les mois, les salons de coiffure et les barbershops voient défiler une large clientèle qui peut être sensibilisée à la cause féministe. | Thgusstavo Santana via Pexels
Tous les mois, les salons de coiffure et les barbershops voient défiler une large clientèle qui peut être sensibilisée à la cause féministe. | Thgusstavo Santana via Pexels

En 2017, plus de 68.000 cas de violences domestiques ont été signalés au Brésil. Toutefois, il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg à en croire les chiffres de l'ONU: seuls 10% des faits de violences conjugales seraient rapportés à la police dans le monde. En conséquence, l'État brésilien Mato Grosso do Sul, situé dans le centre-ouest du pays, a décidé la même année de créer le programme Mãos Empenhadas Contra a Violência (Les Mains engagées contre la violence).

Avec pour objectif de former les professionnels des salons de beauté à reconnaître les signes de violences domestiques auprès de leur clientèle féminine, l'initiative a déjà accompagné des centaines d'esthéticiennes et coiffeuses dans la ville de Campo Grande. Dernièrement, la formation a même été étendue aux barbiers pour atteindre non pas les victimes mais les potentiels agresseurs.

Éduquer un pays habitué aux féminicides

L'enjeu est plutôt de sensibiliser les professionnels masculins à la cause féministe, en leur expliquant les origines du sexisme. Leurs clients, souvent inconscients de la violence qui peut régner au sein d'un foyer, peuvent ainsi apprendre beaucoup au contact des barbiers. The Independent rapporte les propos de Renan Silveira, employé d'un barbershop de Campo Grande qui a participé à une session de formation de Mãos Empenhadas Contra a Violência: «Nous avons été invités à participer au programme, et nous avons pensé que c'était très cool d'apporter ce type d'informations dans les barbershops, qui peuvent souvent être des environnements dits machos.»

Les premières leçons destinées aux barbiers ont été enseignées en ligne à cause de la pandémie de Covid, qui a d'ailleurs entraîné une hausse de 431% des cas de violences domestiques pendant les périodes de confinement, d'après le Forum brésilien sur la sécurité publique.

Au Brésil, tristement classé cinquième pays du monde le plus touché par les féminicides, l'enjeu de l'éducation aux sujets de violences envers les femmes est plus que nécessaire, tant auprès des hommes que des femmes. «Il y a encore des femmes qui pensent que si elles quittent leurs agresseurs, elles commettront un crime –l'abandon du foyer– qui n'existe pas», souligne Jacqueline Machado, créatrice du programme Mãos Empenhadas Contra a Violência et juge. D'après elle, une immense majorité des femmes victimes de violences domestiques au sein de l'État Mato Grosso do Sul ne poursuivent pas leur (ex-)compagnon en justice.

Si, au total, les salons de beauté partenaires du programme peuvent atteindre environ 22.000 clientes par mois, les professionnels ne sont parvenus à aider que 63 femmes à porter plainte jusque-là. Malgré ce faible chiffre, l'initiative est encourageante et a également été adoptée par les départements de la justice des États de São Paulo, de Rio Grande do Sul ou encore de Rio de Janeiro. Toutefois, l'avocate Isabela Del Monde rappelle que ces aides individuelles ne sont pas suffisantes pour sauver les milliers de femmes victimes de violences domestiques chaque année, et qu'elles ne peuvent pas remplacer des politiques publiques permettant de réduire ce taux de violence: «Il nous faut des investissements publics pour améliorer l'ensemble du système. La réponse doit être structurelle.»

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