Monde

À Hong Kong, la presse et la démocratie sous haute tension

Temps de lecture : 2 min

Les responsables du journal prodémocratie Apple Daily ont été arrêtés par la police, ce qui marque une nouvelle étape dans la répression de la liberté d'expression.

L'édition du 19 juin 2021 d'Apple Daily montre le rédacteur en chef Ryan Law et le PDG Cheung Kim-hung lors de leur arrestation par la police, deux jours plus tôt. Une militante prodémocratie brandit un exemplaire du journal lors d'une manifestation devant le tribunal de Hong Kong. | Peter Parks / AFP
L'édition du 19 juin 2021 d'Apple Daily montre le rédacteur en chef Ryan Law et le PDG Cheung Kim-hung lors de leur arrestation par la police, deux jours plus tôt. Une militante prodémocratie brandit un exemplaire du journal lors d'une manifestation devant le tribunal de Hong Kong. | Peter Parks / AFP

Jeudi 17 juin, c'est quelques 500 policiers qui effectuaient une descente dans les locaux d'Apple Daily, le quotidien hongkongais prodémocratie qui fait grincer les dents du gouvernement chinois. En plus des ordinateurs, disques durs et bloc-notes confisqués en salle de rédaction, c'est cinq cadres du journal qui ont été arrêtés lors de la perquisition.

Le rédacteur en chef, Ryan Law, ainsi que le directeur général, Cheung Kim-hung, ont été inculpés dès le lendemain, et n'ont pas pu bénéficier d'une libération sous caution comme leurs trois autres collègues, relâchés dans l'attente d'un complément d'enquête. Ils sont accusés de collusion avec des forces étrangères portant atteinte à la sécurité nationale de la Chine, en vertu de la récente loi sur la sécurité nationale, adoptée en juin 2020 afin d'enrayer les revendications portées par les militant·es hongkongais·es prodémocratie.

Fin de partie pour la liberté d'expression

Le ciblage de l'Apple Daily intervient après une série d'articles critiques à l'égard de Pékin publiés dans les pages du journal. C'est la première fois que la loi de sécurité nationale est appliquée en réaction à des points de vue politiques exprimés dans un journal hongkongais. Jusqu'à présent, la loi ne ciblait que des individus, et non des entreprises.

Dans la rédaction d'Apple Daily, les journalistes travaillent «chaque jour comme si c'était le dernier», a rapporté l'un des employés. La crainte est désormais que l'appareil judiciaire répressif mis en place sous la pression de Pékin ne s'attaque au reste des médias hongkongais. Depuis les grandes manifestations débutées en 2019, les médias locaux doivent naviguer entre censure et autocensure afin de s'épargner des accusations de dissidence, mais la nouvelle loi de sécurité nationale a considérablement étiolé la liberté d'expression.

Alors que Hong Kong occupait en 2002 la 18ème place dans le classement annuel de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, elle a dégringolé au 80ème rang cette année. La Chine continentale se situe quant à elle au 177ème rang, sur un total de 180 pays.

De nombreuses entreprises internationales de médias s'étaient installées dans la région administrative spéciale de Hong Kong, en raison des réglementations favorables aux entreprises et à la liberté d'expression en vigueur dans la ville, mais l'influence croissante de la Chine continentale sur la gestion du territoire est déjà en train de changer la donne.

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De leur côté, les autorités hongkongaises et chinoises assurent que les récentes arrestations ne constituent pas une attaque contre les médias. Plus tôt cette semaine, le secrétaire à la Sécurité de Hong Kong, John Lee, avait qualifié l'Apple Daily de «syndicat du crime».

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