Société / Culture

Les chaussures pointues du Moyen Âge étaient une torture pour ceux qui les portaient

Temps de lecture : 2 min

Des squelettes du XIVe et du XVe siècles présentent plus d'oignons aux pieds que ce qu'on observe sur des ossements plus anciens.

Les chaussures serrées augmentent la pression sur les orteils, ce qui peut nuire à la stabilité du haut du corps. | Bibliothèque royale de Belgique via Wikimedia
Les chaussures serrées augmentent la pression sur les orteils, ce qui peut nuire à la stabilité du haut du corps. | Bibliothèque royale de Belgique via Wikimedia

D'après une récente étude publiée dans l'International Journal of Paleopathology, nos ancêtres qui vivaient en Europe au Moyen Âge appréciaient les chaussures très pointues. Une mode bien douloureuse: elles leur provoquaient des oignons, ces excroissances cuisantes qui se forment à l'extérieur du gros orteil. Des archéologues de l'université de Cambridge ont étudié des restes de squelettes datant du XIVe et du XVe siècles, et ont trouvé des preuves que les oignons, connus sous le terme médical d'hallux valgus, étaient beaucoup plus fréquents à cette époque qu'aux siècles précédents.

«Nous avons eu de la chance d'étudier une période où il y a eu un changement net dans la mode des chaussures, a déclaré l'un des auteurs de l'étude, Piers Mitchell. Les gens portaient vraiment des chaussures ridiculement longues et pointues.» Il s'agit de poulaines, nommées ainsi car elles seraient originaires de Pologne où les habitants étaient alors appelés les Poulains. Ces modèles, portés aussi bien par les hommes que par les femmes, sont devenus à la mode à partir de 1382, quand Richard II épousa Anne de Bohême. Leur bout pointu pouvait mesurer jusqu'à 12 centimètres, précise Ars Technica.

Les oignons augmentent le risque de fractures

L'équipe d'archéologues de Cambridge a examiné 177 squelettes adultes, issus de quatre cimetières différents, en se concentrant sur les éléments du gros orteil pour trouver des preuves d'excroissances, ainsi que sur les traces de fractures, afin d'établir un lien éventuel entre les deux. Les oignons peuvent en effet nuire à l'équilibre et au maintien de la stabilité du haut du corps, et donc causer plus de chutes. Les résultats ont montré que 27% des squelettes datant du XIVe et du XVe siècles présentaient des hallux valgus, contre 6% parmi ceux issus du XI-XIIIe siècles.

Quant aux preuves de fractures, les chercheurs ont constaté que les blessures liées à des chutes étaient bien plus fréquentes chez les individus qui souffraient d'oignons aux pieds. Ces résultats sont conformes aux études contemporaines. «Les recherches cliniques actuelles sur des patients atteints d'hallux valgus ont démontré que la déformation du pied rend l'équilibre plus difficile et augmente le risque de chute chez les personnes âgées, a indiqué la co-autrice Jenna Dittmar. Ça pourrait expliquer le nombre élevé de fractures que nous avons observées sur les squelettes du Moyen Âge.»

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«Les résultats sont compatibles avec l'hypothèse selon laquelle les problèmes aux pieds causés par ces chaussures à la mode ont eu un impact sur l'équilibre et la mobilité, ce qui a augmenté le risque de chutes», ont conclu les auteurs de l'étude. Ils reconnaissent malgré tout certaines limites à leur travail, comme le fait que les fractures soient le résultat d'une accumulation de traumatismes sur les os au cours de la vie, par exemple. Le fort taux de blessures chez les squelettes les plus âgés pourrait donc avoir des facteurs multiples, et pas uniquement des chaussures trop pointues.

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