Société

Après le boom des adoptions d'animaux, celui des abandons cet été?

Temps de lecture : 5 min

De nombreuses associations de défense des animaux le redoutent et s'attendent à une période estivale malheureusement chargée.

Début janvier, la SPA avait déjà alerté sur une hausse de 16% des abandons de petits animaux, comme les lapins, furets et hamsters. | Torsten Dettlaff via Pexels

 
Début janvier, la SPA avait déjà alerté sur une hausse de 16% des abandons de petits animaux, comme les lapins, furets et hamsters. | Torsten Dettlaff via Pexels  

Les enfermements successifs provoqués par la pandémie ont entraîné des effets dominos inattendus sur la façon dont nous consommons l'alcool, le port des soutiens-gorge sans armature ou la consommation de CBD. Ces longs mois plus ou moins solitaires d'isolement auraient aussi donné des envies d'adoption d'animaux à de nombreux Français. Mais pas seulement. Au pays du shiba, les Japonais se sont massivement tournés vers les petites (et grandes) boules de poils. Même constat aux États-Unis, où le New York Times rapporte que les demandes d'adoption ont bondi jusqu'à 500% dans certaines villes.

Crise oblige, l'affection d'un animal a été perçue comme un bon moyen de vaincre la morosité ambiante et le manque de liens sociaux. Plusieurs refuges rapportent une augmentation des adoptions liées à la situation sanitaire. «De nombreuses personnes ont décidé d'accueillir un animal chez elles pendant les périodes de confinement», affirme Anissa Putois, chargée de communication auprès de PETA France.

Au sein de l'ONG, on tient à rappeler que l'adoption est «un acte bénéfique et louable s'il s'agit d'une adoption mûrement réfléchie, dans un refuge, où les intérêts de l'animal sont pris en compte, et où les adoptants s'engagent à prendre soin de lui pendant toute sa vie». Or, on peut déjà dresser un premier constat: cela n'a pas été le cas. «Malheureusement, trop de personnes se sont tournées vers des animaleries en ligne, éleveurs ou autres business qui tirent profit du commerce des animaux de compagnie.»

Au-delà d'un business animalier en plein boom largement dénoncé par les associations de défense des animaux, ces structures craignent que les semaines à venir soient désastreuses: et si un pic d'abandons estivaux encore plus massifs que les années précédentes succédait à ce pic d'adoptions?

Un retour à la normale qui inquiète

La sortie du troisième confinement sonne la reprise du monde d'avant. Avec le retour à la normale de la majeure partie des activités économiques et la fin du télétravail généralisé, le temps passé chez soi va diminuer et, par incidence, celui à consacrer aux animaux de compagnie. «Passé le confinement, il faudrait s'adapter à un rythme quasi normal impliquant des journées hors du domicile, mais cette fois avec un animal dont il faut continuer de s'occuper», résume Anissa Putois.

Tous ces nouveaux propriétaires d'animaux seront-ils prêts à le faire? De nombreuses associations en doutent et s'attendent à un été malheureusement chargé. «Avec la fin du confinement, il peut y avoir un effet négatif, même si ce n'est pas certain, tempère Jacques-Charles Fombonne, le président bénévole de la SPA. Il est possible que certaines personnes se disent: “Le chien ou le chat m'encombre, alors je m'en débarrasse”. Et puis, il y a un effet d'habitude: les animaux ont vu leurs maîtres pendant un an à la maison. Si une partie réagit à cette solitude avec des comportements inhabituels, comme des aboiements qui pourraient agacer les voisins, peut-être que des gens les abandonneront.»

«Il faut attendre le vote du Sénat pour que la proposition de loi contre la maltraitance animale soit appliquée.»
Jacques-Charles Fombonne, président bénévole de la SPA

Début janvier, la SPA avait déjà alerté sur une hausse de 16% des abandons de petits animaux, comme les lapins, furets et hamsters. Ces nouveaux animaux de compagnie sont particulièrement susceptibles d'être abandonnés. «Ils n'ont pas été adoptés, mais achetés en animalerie et parfois considérés un peu comme des jouets», se désole Jacques-Charles Fombonne. Sauf qu'adopter un animal n'est évidemment pas un achat comme un autre.

Le développement de ce commerce est tel qu'il a été pris en compte dans la proposition de loi contre la maltraitance animale approuvée il y a peu par l'Assemblée nationale, même si la proposition doit encore passer devant le Sénat avant d'être définitivement appliquée. Un amendement voté par la chambre basse pourrait restreindre à l'avenir la vente en ligne d'animaux de compagnie aux refuges et aux éleveurs et interdire la vente d'animaux en animalerie dès 2024. Une mesure qui satisfait le président bénévole de la SPA: «Il faut encore attendre le vote du Sénat, mais je suis content, car il s'agissait de revendications majeures.»

En finir avec un triste marronnier

Cocorico: la France serait championne d'Europe de l'abandon d'animaux. Voilà peu ou prou le ton, bien évidemment ironique, d'une campagne lancée en 2019 par 30 Millions d'amis sur un air de «We are the champions» de Queen. À cette occasion, la fondation avait rappelé que 100.000 animaux étaient abandonnés chaque année, dont 60.000 l'été.

Des estimations qui sont, pour Jacques-Charles Fombonne, probablement en dessous de la réalité. «Je ne sais pas si on est le premier pays en matière d'abandons. Mais je suis convaincu que c'est plus de 100.000 par an. À la SPA, on a par exemple hébergé et recueilli 46.000 animaux l'année dernière. Le problème, c'est justement qu'on ne dispose pas de chiffres précis sur les abandons en France. C'est pour ça que l'an prochain, je compte justement participer à la création d'un observatoire de la maltraitance animale.»

Mal comptabilisé, cet éternel retour des abandons estivaux exaspère le tissu associatif, las de devoir rappeler chaque année qu'il est évidemment interdit d'abonner ses animaux de compagnie. La loi est formelle: ce geste est puni d'une peine allant jusqu'à deux ans de prison et de 30.000 euros d'amende. Mais il est possible d'aller plus loin et d'imaginer d'autres mesures que des sanctions. «Les solutions sont claires et simples, et malgré cela, on constate des abandons en hausse année après année», rappelle Anissa Putois de PETA France. Elle énumère les initiatives hors du pays: la stérilisation obligatoire comme en Belgique, l'interdiction de vendre des animaux dans les animaleries dans certains États et certaines villes aux États-Unis ou encore les cours canins obligatoires en Suisse pour tous les propriétaires de chiens.

Autant d'idées qui permettent de mettre en place des mesures en amont, d'éviter de passer uniquement par la case répression et aussi d'éviter d'engorger un droit français déjà compliqué en la matière. «Code civil, code pénal… Les droits des animaux sont éparpillés un peu partout. Moi, je crois surtout en l'éducation, pas seulement aux peines de prison, qui ne sont pas un remède universel», avance Jacques-Charles Fombonne.

Comme chaque été, Jacques-Charles Fombonne et son association ont lancé leur campagne de sensibilisation aux abandons avec un spot nommé «Very Cat Trip» mettant en avant les chats, animaux de compagnie les plus répandus dans l'Hexagone.

Cette année, le président de la SPA a volontairement misé sur une campagne au ton et à la conclusion positive, ce qui n'est pas toujours le cas: «On a voulu éviter la culpabilisation, il y en a eu assez ces derniers mois avec le Covid.»

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