Politique / Société

Ancien électeur de gauche cherche parti pour qui voter

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Que du côté de la gauche traditionnelle, on se soit habitué à l'idée que des millions de personnes vivent dans la précarité et le dénuement m'apparaît comme le pire des renoncements.

La gauche ressemble de plus en plus à une rose fanée. | Rhodi Lopez via Unsplash
La gauche ressemble de plus en plus à une rose fanée. | Rhodi Lopez via Unsplash

Ce qui me terrifie le plus dans cette nouvelle gauche qui met au cœur de ses priorités les questions identitaires, c'est son absence totale d'humour. Comme si, la problématique étant jugée bien trop grave, on avait décidé que la dérision, le second degré voire même la nuance, n'avaient plus leur place dans le débat public. D'où cette intransigeance de pensée qui produit une génération de militants un brin compassés, si raides dans leurs jugements que même de dialoguer et d'échanger des points de vue leur apparaît bien souvent comme un signe de trahison idéologique.

On ne parle pas avec l'ennemi, on le combat, semblent-ils nous dire, posture qui serait des plus louables si elle n'entraînait pas une sorte de surdité intellectuelle, de rigueur morale si inflexible qu'elle dresse entre ses partisans et le reste de la population une infranchissable barrière. Pire, elle engendre à son tour un raidissement des forces conservatrices, lesquelles se sentant agressées s'abandonnent à une surenchère dans le discours sécuritaire au point de justifier à leur tour de la part du camp «progressiste» un sectarisme encore plus farouche.

C'est ainsi qu'extrême droite et extrême gauche se répondent et se complètent à merveille au point qu'il est permis de se demander si les uns et les autres ne rêvent pas de voir l'un des deux camps accéder au pouvoir, situation qui aurait comme avantage de laisser libre cours à l'expression d'une violence restée trop longtemps à l'état latent pour qu'elle ne débouche pas sur des débordements de nature révolutionnaire.

Je n'entends rien à cette nouvelle gauche. Si je la trouve touchante dans son désir de combattre les inégalités liées aux questions du genre, si j'approuve son obstination à dénoncer le racisme sous toutes ses formes, je ne goûte guère à son sectarisme, à ce désir effréné de revisiter le passé afin de l'accommoder à l'humeur d'aujourd'hui. Pas plus que je ne partage cette folie identitaire qui tend à sacraliser la victime, à la révérer au point de l'absoudre de toutes responsabilités. Intellectuellement, je la trouve faible, répétitive, ivre de passions tristes qui macèrent dans le jus recuit de dénonciations partisanes sans jamais produire d'idées émancipatrices, de ferveur populaire.

Quant aux mouvements écologiques, hormis leur incandescence adolescente qui peut parfois susciter une vague sympathie, ils m'apparaissent comme bien trop étriqués pour se saisir avec conviction des problématiques inhérentes à notre société. Et puis pour tout dire, misanthrope et atrabilaire comme je suis, sans descendance aucune, je crois que le futur de cette planète m'indiffère quelque peu, certain que le génie humain trouvera toujours un moyen de s'accommoder des nouveaux défis liés aux changements climatiques.

Bien que cette idée ait perdu ces derniers temps de sa vigueur, je continue à penser que la première des discriminations, la plus flagrante, la plus insupportable, la plus condamnable, demeure celle qui s'attache aux conditions économiques quand on va dans la vie avec si peu de moyens matériels que tout devient source de problèmes infinis.

Que du côté de la gauche, on se soit habitué à l'idée que des millions de personnes vivent dans la précarité et le dénuement m'apparaît comme le pire des renoncements, une faute morale d'une telle ampleur qu'elle a permis à Marine Le Pen de jouir d'une popularité sans précédent et de s'inviter au deuxième tour de l'élection présidentielle. Une erreur d'analyse qui se transforme en bombe à retardement quand certains ont l'outrecuidance de considérer ces naufragés de la mondialisation comme des privilégiés, des hérauts de la suprématie blanche coupable de tous les maux de la terre.

Discours inaudible qui pousse toute une frange de la population à adhérer à des discours xénophobes où l'on se plaît à rétablir ces déshérités dans leur honneur tout en exaltant la haine de l'étranger sous toutes ses formes. Le succès du populisme s'ancre tout aussi bien dans un abêtissement généralisé et universel que dans ce sentiment de ne plus compter, d'avoir l'inconvénient d'être ni une victime ni un gagnant, une quantité négligeable à qui on ne demande rien d'autre que de souffrir en silence.

Point étonnant dès lors que la pensée centriste, vaguement consensuelle, attire à elle la majorité des suffrages et autorise le président actuel à considérer sa réélection sous un jour favorable. Non point par conviction mais par crainte de voir s'installer à la tête du pays un régime doctrinaire prompt à asseoir sa domination par le recours à des mesures autoritaires.

Du coup, je repose ma question: pour qui je vais bien pouvoir voter, moi?!

Le pape?

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