Santé

Bien que rare, le cancer du sein existe aussi chez l'homme

Temps de lecture : 4 min

Chaque année en France, 1% des cancers du sein détectés le sont chez les hommes, qui doivent aussi faire face à des stéréotypes de genre.

Un homme s'affaire à la préparation d'une campagne sur le cancer du sein, en 2013. | Mohammed Huwais / AFP
Un homme s'affaire à la préparation d'une campagne sur le cancer du sein, en 2013. | Mohammed Huwais / AFP

Mikel Séblin, 45 ans, deux enfants, est conseiller municipal à Montpellier. «Petit, j'avais déjà de la graisse au niveau de la poitrine. Mais ce n'est qu'à la plage, et à partir de l'adolescence que cela m'a vraiment gêné.» Il attend pourtant ses 34 ans pour aller consulter et découvrir qu'il souffre d'une gynécomastie bilatérale sur les deux seins, à savoir un développement excessif des glandes mammaires chez l'homme. Il passe une première fois sur la table du chirurgien pour une lipoaspiration des excès de cellules graisseuses et un retrait de la glande mammaire.

Au rendez-vous de contrôle, et après l'analyse de la masse graisseuse, Mikel apprend qu'il est en pré-cancer. Peu de temps après, il retourne chez le chirurgien pour subir cette fois une mastectomie totale des deux seins: une ablation de la poitrine, mamelons compris. Cette deuxième opération le fait énormément souffrir. «À l'époque, je travaillais encore dans la restauration. Je n'avais pris qu'une semaine de congé. Et je devais aussi m'occuper de mes deux enfants. J'avais mal, ça saignait.» N'ayant pas eu besoin de suivre une chimiothérapie, Mikel ne réalise alors pas vraiment qu'il souffre d'un cancer.

Un diagnostic inattendu

«Les hommes ne s'attendent pas à ce diagnostic. Souvent, ils ne savent même pas que le cancer du sein existe aussi chez eux. La découverte se fait fortuitement, à l'occasion d'une consultation pour autre chose», explique la docteure Barbara Pistilli, cheffe de la pathologie mammaire à l'hôpital Gustave Roussy, un des premiers centres de lutte contre le cancer en Europe.

Elle note cependant des progrès. «Ici, à Gustave Roussy, les patients peuvent venir tous les lundis faire des analyses et obtenir les résultats dans la journée. Au fil des années, il y a de plus en plus d'hommes ces jours-là», ajoute-t-elle. Avec humour, Mikel se rappelle pourtant de son premier rendez-vous en 2011, et de l'assistante médicale venue chercher une «Madame Séblin» dans la salle d'attente.

«La moyenne d'âge varie: plus de 60 ans chez les hommes, contre plus de 50 ans pour les femmes.»

S'il n'y a pratiquement pas de différence sur le plan anatomique entre un sein masculin et un sein féminin (la différence étant plus dans le développement de la glande mammaire que dans sa structure), Barbara Pistilli relève plusieurs spécificités des cancers du sein masculins. Leur rareté, tout d'abord, puisqu'ils ne représentent qu'1% de la totalité des cancers du sein détectés chaque année, soit environ 500 cas. La deuxième différence, c'est qu'à chaque diagnostic, il faut effectuer une recherche d'anomalie génétique, parce que les mutations des gènes sont plus fréquentes chez les hommes.

Ensuite, dans 90% des cas, les cancers du sein chez les hommes sont hormono-dépendants, contre 75% chez les femmes. La moyenne d'âge varie également: plus de 60 ans chez les hommes, contre plus de 50 ans pour les femmes. Enfin, les masses repérées sont souvent plus grosses chez les hommes, le diagnostic étant plus tardif en l'absence de dépistage systématique. En ce qui concerne le traitement médical, et mis à part le fait qu'une mastectomie totale est quasiment systématiquement réalisée chez l'homme, les recommandations sont les mêmes: radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie.

Une prise de conscience nécessaire

En 2012, Mikel Séblin a rendez-vous pour sa troisième opération: la reconstruction mammaire, dont le but est dans un premier temps de reconstituer les mamelons «Le mot est important: c'est véritablement une reconstruction, même si hélas on ne répare pas vraiment», avoue Mikel. Six mois après, un médecin tatoueur doit dessiner l'aréole.

Mais la cicatrice, encore rouge et gonflée, ne permet pas l'opération. Après une quatrième puis une cinquième tentative inefficace, il décide de tout arrêter. «Je n'en pouvais plus. Je n'aurais pas dû faire de reconstruction. J'aurais plutôt dû rester comme ça, juste avec mes cicatrices.»

​«Les hommes ne se sentent pas concernés. Dans les affiches de sensibilisation, à aucun moment, ils ne sont mentionnés»​
Barbara Pistilli, cheffe de la pathologie mammaire à l'hôpital Gustave Roussy

La reconstruction mammaire est d'ailleurs plus couramment pratiquée chez les femmes, notamment grâce aux nombreuses campagnes qui leur sont adressées. «Les hommes, eux, ne se sentent pas concernés. Les affiches de sensibilisation, les opérations de communication d'Octobre Rose[1]: à aucun moment, ils ne sont mentionnés», relève Barbara Pistilli. Tout en rappelant que ce cancer reste rare chez l'homme, et sans qu'il ne soit nécessaire de mettre en place des dépistages systématiques, elle préconise une plus grande attention aux symptômes (un mamelon qui goutte ou se rétracte, par exemple) et, évidemment, d'aller consulter en cas de doute.

Dans ce contexte, c'est aussi la prise de conscience, et donc l'acceptation de la maladie par les patients, qui se font plus tardives. «Pendant toutes ces années, je n'en avais pas vraiment parlé à mon entourage. Ce n'est qu'en 2019 que j'ai fait mon coming-out: j'ai pris cette photo de moi torse nu sur la plage et je l'ai postée sur Instagram. J'ai reçu de nombreux messages, uniquement de femmes d'ailleurs.»

À ce moment-là seulement, 8 ans après sa première opération, Mikel Séblin prend enfin conscience qu'il a souffert d'un cancer. «En parler sur les réseaux sociaux et recevoir le soutien d'autres malades a été une véritable thérapie gratuite!» ajoute-t-il.

Aujourd'hui, Mikel fait de la lutte contre le cancer du sein une de ses priorités. Il participe à des opérations de sensibilisation pendant Octobre Rose, et n'hésite pas à utiliser son mandat d'élu municipal pour faire avancer cette cause. Il souhaite aussi lever des fonds pour la recherche, ainsi que pour les patient·es aux ressources financières limitées. «Maintenant, je suis lancé, je ne vais pas m'arrêter là! Parce qu'il faut libérer la parole. Et que parler de mon cas fait parler du cancer du sein en général, que ce soit chez les femmes ou chez les hommes.»

1 — Chaque année en octobre, la campagne de lutte contre le cancer du sein organisée par l'association Ruban Rose propose de lutter contre le cancer du sein en informant, en dialoguant et en mobilisant. Retourner à l'article

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