Politique

Les législatives partielles, un test pour les insoumis et les macronistes

Temps de lecture : 7 min

Dans deux des législatives de fin de mandat, La France insoumise et La République en marche sont engagées dans une opération de légitimation avant la présidentielle. 

Sur les quatre partielles dont le premier tour s'est déroulé le 30 mai, celle de la 6e circonscription du Pas-de-Calais et celle de la 15e circonscription de Paris avaient valeur de test. | Georges Gobet / AFP
Sur les quatre partielles dont le premier tour s'est déroulé le 30 mai, celle de la 6e circonscription du Pas-de-Calais et celle de la 15e circonscription de Paris avaient valeur de test. | Georges Gobet / AFP

Une hirondelle ne fait pas le printemps! Il ne faut pas donner plus de signification politique à une élection législative partielle qu'elle n'en a. Mais il ne faut pas non plus lui en donner moins. Surtout à moins d'un mois d'une consultation où l'électorat va être appelé à renouveler les conseils régionaux et départementaux.

Sans parler de la présidentielle programmée dans un an. Sur les quatre partielles dont le premier tour s'est déroulé le 30 mai, deux ont plus retenu l'attention: celle de la 6e circonscription du Pas-de-Calais et celle de la 15e circonscription de Paris. Parce qu'elles avaient valeur de test.

Une circonscription Dassault dans l'Oise

Pour ne pas être désagréable vis-à-vis des deux autres scrutins (1e circonscription de l'Oise et 3e circonscription d'Indre-et-Loire), disons que les enjeux y étaient moins patents. Acquise depuis 1957 (excusez du peu) à la famille Dassault, la 1e de l'Oise a placé une nouvelle fois un Dassault, Victor Habert-Dassault (Les Républicains, LR), en tête au premier tour. Et largement puisqu'il a obtenu 58,4% des suffrages exprimés mais avec 26,4% seulement de participation. Il devra donc passer par un second tour face à une candidate du Rassemblement national, Claire Marais-Beuil, qui a recueilli 15,3% des voix.

Cette partielle avait été rendue nécessaire par le décès du député sortant, Olivier Dassault (LR), en mars, dans un accident d'hélicoptère. Investi par LR, le neveu d'Olivier Dassault a certes recueilli la majorité absolue des suffrages exprimés dès le premier tour mais celle-ci ne représente pas 25% des électeurs inscrits, compte tenu de l'abstention massive dans cette circonscription, comme dans les trois autres. Cette condition sine qua non n'étant pas remplie, un second tour est nécessaire. Derrière les deux qualifiés, le PS obtient 12,3% et LREM fait un score marginal (4,6%). Le candidat LR est en ballotage très favorable.

L'UDI contre le PS en Indre-et-Loire

En Indre-et-Loire, c'est la démission de la députée sortante, Sophie Auconie (Union des démocrates et indépendants, UDI) pour «raisons de santé» qui est la cause de cette partielle. En 2017, elle avait battu la députée sortante, Marisol Touraine (PS) qui avait occupé le poste de ministre de la Santé pendant tout le quinquennat de François Hollande (2012-2017). Le parti du chef de l'État (LREM) n'avait présenté ni candidate ni candidat dans cette circonscription. Devancée au premier tour par la candidate socialiste, Sophie Auconie l'avait emporté largement au second. Elle avait voté en faveur de la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre, Édouard Philippe, en juillet 2017, lors du premier scrutin de la législature.

Cette fois, la nouvelle candidate de l'UDI, soutenue par LR comme en 2017, est arrivée devant la nouvelle candidate socialiste au premier tour: elle a obtenu 45% des suffrages exprimés... avec plus de 80% d'abstention. Le second tour opposera donc Sophie Métadier (UDI-LR) à Murielle Riolet (PS) qui a recueilli 20% des bulletins de vote au premier. La réserve de voix dont cette dernière dispose, principalement celles de la candidate écologiste (EELV), soit 16,3% des suffrages du premier tour, ne semble pas suffisante pour lui permettre de sortir gagnante de ce ballotage difficile pour elle. Il faudrait un sérieux regain de participation qui lui serait totalement favorable.

S'il est probable que ces deux circonscriptions ne soient pas touchées par un changement d'étiquette politique au terme du second tour des partielles, la situation est moins assurée dans la 15e circonscription de Paris, qui recouvre le XXe arrondissement, un coin populaire de la capitale ancré à gauche depuis plus de deux décennies. Cette circonscription était la seule que le Parti socialiste n'avait pas perdue dans la vague-submersion créée par La République en marche, en 2017. George Pau-Langevin (PS) y avait très largement battu Mehdi Kemoune (La France insoumise, LFI) au second tour.

La gauche à couteaux tirés à Paris

Ministre pendant le quinquennat Hollande de 2012 à 2016 avant de retourner dans l'hémicycle du palais Bourbon, George Pau-Langevin, qui avait donc survécu à la razzia LREM de 2017, a donné sa démission de son mandat de députée, fin 2020, en raison de sa nomination comme adjointe à la Défenseure des droits, les deux fonctions étant incompatibles, ce qui explique la tenue de cette partielle. Les résultats du premier tour ont confirmé, au milieu d'un océan d'abstention (84,5%), que cette circonscription est bien un bastion de gauche. Reste à savoir quelle gauche.

Si la candidate socialiste Lamia El Aaraje a viré en tête au premier tour (25,7%), elle devra affronter une habituée des scrutins dans cet arrondissement, la candidate insoumise, Danielle Simonnet, qui s'est placée en deuxième position (20,8%). Dans le temps, mais cette époque semble révolue, il était de tradition que le candidat de gauche le mieux placé bénéficie du désistement de celui qui arrive derrière. Ce qui aboutissait parfois à une configuration étrange, où il n'y avait plus qu'un candidat ou une candidate au second tour sans aucune opposition. L'électorat devait alors se contenter de ces accords d'appareils.

Comme les relations au sein de la gauche ne sont pas au mieux de leur forme, c'est le moins qu'on puisse dire, ce cas de figure est évidemment inenvisageable dans le cas présent puisque le PS est devenu une des cibles principales de Jean-Luc Mélenchon, chef de file de LFI. La bataille est devenue acharnée pour le leadership de la gauche.

Les deux candidates s'opposeront donc au second tour, en espérant le meilleur report possible des voix qui se sont portées sur deux autres personnes présentes au premier tour: la candidate d'Europe Écologie-Les Verts (EELV) Antoinette Guhl, qui a fait 18,4%, et celui du Parti communiste (PCF) Thomas Roger, qui a obtenu 10,6%. Cette chasse aux voix risque de laisser des traces.

LFI tord le choix de la direction du PCF

Si EELV a fait savoir, au lendemain du scrutin, qu'il laissait le soin à son électorat de choisir entre les deux candidates de gauche le 6 juin, le PCF a laissé entrevoir, en creux, des dissensions internes sur l'attitude à observer au second tour. La direction du Parti communiste a publié sur Twitter, tard dans la soirée du lundi suivant le premier tour, un communiqué invitant «les électrices, électeurs et les forces de gauche, à se rassembler pour faire élire les candidates de gauche les mieux placées» à Paris et en Indre-et-Loire. Dans les deux cas, la candidate la mieux placée est celle du PS.

Ce choix assez clair de la direction du PCF n'a pas empêché Danielle Simonnet de faire un tweet affirmant que «malgré les pressions d'Anne Hidalgo sur sa majorité, Lamia El Aaraje [la candidate du PS] n'aura ni le soutien d'EELV ni du PCF». Si l'observation est exacte en ce qui concerne EELV qui a décidé de ne pas choisir, elle est, en revanche, erronée dans le cas du PCF dont la position officielle s'inscrit dans la tradition électorale de la gauche.

Le forcing de la candidate insoumise, cependant, met en évidence la controverse qui agite les rangs du Parti communiste. Ce «débat interne» est déjà apparu au moment de choisir si le PCF présentait un candidat issu de ses rangs à la présidentielle de 2022 ou s'il se rangeait derrière Jean-Luc Mélenchon, comme en 2012 et en 2017. Finalement, la première option a été retenue à une forte majorité par un vote des militants mais une minorité significative ne s'est pas prononcée pour la désignation de Fabien Roussel, secrétaire national du Parti, comme candidat à la prochaine présidentielle.

Dans le cas de la partielle parisienne, ce sont ces dissensions qui sont réapparues, entre une partie de la base flanquée de certaines personnalités, comme les députés Elsa Faucillon et Sébastien Jumel plutôt favorables à LFI, et la direction nationale du PCF soucieuse de préserver des accords électoraux avec le PS. Cette législative, qui brille surtout par une absence colossale de participation électorale, est donc un test important pour le patron des insoumis qui veut assurer sa prééminence à gauche en vue de la présidentielle. L'issue de cette partielle est incertaine.

Il faut noter que le parti présidentiel, prudemment absent de la compétition dans cette circonscription-arrondissement où il avait enregistré un sévère revers aux municipales de 2020, s'abstient de toute prise de position pour le second tour. Ce «ni ni» n'est pas du goût d'un vice-président LREM de l'Assemblée nationale, Hugues Renson, qui apporte son soutien à la candidate du PS. C'est d'autant plus notable qu'il fut membre, entre 2002 et 2007, des cabinets ministériels de Christian Jacob et de François Fillon avant de devenir conseiller technique chargé des affaires sociales auprès du président de la République... Jacques Chirac.

Test également dans le Pas-de-Calais où la ministre chargée de l'autonomie, Brigitte Bourguignon, élue députée de la 6e circonscription en 2017, remettait son mandat en jeu. Son suppléant, réélu aux dernières municipales, avait préféré son nouveau mandat de maire plutôt que celui de député pour une dernière année de mandat quand elle était entrée au gouvernement. Sa démission avait donc entraîné cette partielle. Députée PS de la circonscription depuis 2012, elle s'était présentée cinq ans plus tard avec le soutien de LREM et elle l'avait emporté largement au second tour face à une candidate du Front national (FN) devenu Rassemblement national (RN).

Au premier tour, frappé lui aussi par une abstention record (76,8%), Brigitte Bourguignon a terminé en tête avec 35% des suffrages exprimés devant la même candidate d'extrême droite qu'en 2017, Marie-Christine Bourgeois (24%). Elle se retrouveront donc au second tour, la ministre-candidate bénéficiant, a priori, d'un ballotage plutôt favorable compte tenu des scores obtenus par les quatre autres participants du premier tour: la candidate LR (19,2%), celui du PS (12,9%), celui de Génération.s (5,8%) et celle de Lutte ouvrière (3,1%).

Pour le camp Macron, cette partielle aussi est un test. De résistance à l'usure du pouvoir, celui-là. Et de réanimation du fameux slogan de la campagne présidentielle mis à mal par les oppositions: «Et de droite, et de gauche».

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