Politique

Peltier et Ménard vont-ils réussir à réunir une «droite patriote»?

Temps de lecture : 4 min

À force de menées idéologiques provocatrices et de mises en cause des capacités des dirigeants de LR et du RN, les deux hommes entendent parachever la recomposition des droites.

Guillaume Peltier. | Jean-Pierre Clatot / AFP – Robert Ménard. | Joël Saget / AFP – Montage Slate.fr 
Guillaume Peltier. | Jean-Pierre Clatot / AFP – Robert Ménard. | Joël Saget / AFP – Montage Slate.fr 

Les dernières déclarations de Guillaume Peltier et Robert Ménard ont, comme leurs auteurs s'y attendaient, provoqué une vague de réactions, protestations et d'indignations assez habituelles désormais.

Les deux protagonistes sont de vrais idéologues et de vrais politiques, et leur semblant d'agit-prop sur les plateaux est assez méthodique.

Si Guillaume Peltier évolue au sein de Les Républicains (LR) et si Robert Ménard a apporté son soutien à la liste du Rassemblement national (RN) emmenée en Occitanie par Jean-Paul Garraud, magistrat et ancien député UMP, les deux partagent la même vision de la politique à mener en France.

Guillaume Peltier, en assurant «avoir les mêmes convictions» que Robert Ménard, manie une rhétorique qui pourrait évoquer Charles Pasqua affirmant en mai 1988 que «sur l'essentiel, le Front national se réclame des mêmes préoccupations, des mêmes valeurs que la majorité». Nonobstant le fait qu'au soir de sa vie, Charles Pasqua ait précisé sa pensée et qu'une simple explication de texte distingue Peltier 2021 de Pasqua 1988, il est plus que probable que, par cette petite musique, dans un contexte radicalement différent, il cherche là une forme de bouclier.

Une offensive politique interne

L'aveu de Robert Ménard relatif aux discussions qu'il a avec Guillaume Peltier permet d'émettre l'hypothèse d'une action concertée, bref d'une offensive politique interne aux droites en pleine campagne des régionales et départementales.

Le passé politique de Guillaume Peltier est riche de nombreuses expériences. Très jeune, alors qu'il est adhérent au Front national, il fonde avec Nicolas Bay, actuel député RN au Parlement européen, Jeunesse Action Chrétienté, mouvement qui a moins marqué la génération de jeunes catholiques de l'époque par sa disposition évangélique que par son agressivité idéologique. Peltier est successivement, on le sait, membre du Front national et du Mouvement national républicain, où l'on rêve d'alliances entre droites et extrême droite. Par la suite, il rejoint Philippe de Villiers au Mouvement pour la France (MPF).

Robert Ménard a longtemps été inattaquable aux yeux de la gauche. Patron de Reporters sans frontières, il semble tout juste légèrement plus tatillon sur la question de la liberté de la presse dans les pays latino-américains à gouvernements progressistes qu'ailleurs. Robert Ménard, né à Oran dix ans avant l'indépendance de l'Algérie, choisit en 2014 en tant que maire de saluer la mémoire de quatre fusillés de l'OAS.

Ménard représente la «droite hors les murs». Peltier est un ancien du FN qui s'est normalisé. Ménard et Peltier n'ont rien appris ni rien oublié depuis au moins 1962, pas plus que… Patrick Buisson. Patrick Buisson poursuit, quant à lui, le rêve d'un «bloc des patriotes», c'est-à-dire en fait d'une «grande droite» comme on l'appellerait en Italie, ce pays où les hommes et les idées de l'extrême droite participent régulièrement au pouvoir depuis maintenant un quart de siècle, après avoir été hors système pendant cinq décennies.

Patrick Buisson en sous-main

En 1962, sous la Ve République, la droite française s'est fracturée durablement, dans la douleur et le sang. Les deux dernières Républiques ont davantage résorbé les fractures liées à Vichy que la droite française n'a surmonté les plaies de l'affaire algérienne.

Dans l'épisode de ces derniers jours, le nom de Patrick Buisson n'apparaît pas. C'est pourtant lui qui, comme Peltier, a successivement misé sur le FN de Jean-Marie Le Pen, l'émergence de Philippe de Villiers et finalement Nicolas Sarkozy.

Pour eux, l'année électorale qui s'ouvre offre une fenêtre d'opportunité pour réorganiser le paysage politique au profit d'une «union des droites».

Dans le coup d'éclat sans grand éclat de ces jours-ci, et sans complotisme aucun, on voit sinon la main du moins l'esprit de Patrick Buisson. Peltier, Ménard, Buisson ont deux choses qui manquent par ailleurs cruellement à la vie politique: une culture et un dessein politiques.

Pour eux, ce dessein politique transcende évidemment le destin de LR et du RN, et l'année électorale qui s'ouvre avec les élections départementales et régionales offre une fenêtre d'opportunité pour réorganiser le paysage politique au profit d'une «union des droites», d'un «bloc des patriotes» ou d'une grande droite. Les propositions programmatiques relatives aux tribunaux d'exception contribuent probablement, dans l'esprit de leur auteur, à dynamiter les derniers vestiges de la droite gaulliste.

Droitiser LR et le RN

Le jugement de Peltier sur les potentialités du FN/RN ne date pas d'aujourd'hui. Il avait quitté le FN avec le courant mégrétiste pour fonder le MNR. Ils sont «marino-sceptiques». La normalisation du FN sur le plan économique n'émousse pas les doutes de Robert Ménard relatifs au programme de Marine Le Pen et à sa capacité à gouverner. Fondamentalement, si on veut noircir le trait: Peltier et Ménard entendent droitiser LR et le RN. Ils entendent parachever sur le plan politique un processus encore en cours sur le plan idéologique et rassembler toutes les droites dans une seule grande droite.

À Béziers, Robert Ménard a substitué, comme il l'explique lui-même, ses propres candidats à ceux de LR et du RN, un peu comme ce qu'a opéré Jacques Bompard, ancien du Front national, dans la région d'Orange. Bompard, figure longtemps de l'aile la plus traditionnelle de l'extrême droite, fortement inspiré par la lutte pour l'Algérie française, a survécu en dehors du FN et créé son propre parti, la Ligue du Sud. Béziers a des allures de laboratoire politique.

Les craintes des uns de voir Marine Le Pen gagner comme les doutes des autres peuvent les amener à préparer l'après mai 2022. Les déclarations de Robert Ménard comme celles de Guillaume Peltier trahissent la tension qui règne à ce propos à droite. En cas de défaite ou de victoire de Le Pen, comme pour Xavier Bertrand, en 2022 la droite a rendez-vous avec ses ultras.

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