Boire & manger / Santé

Les personnes dégoûtées par le brocoli seraient-elles plus résistantes au Covid?

Temps de lecture : 2 min

Selon des scientifiques, il existerait un lien entre les réactions des individus aux saveurs amères et la gravité de leur infection.

Selon une étude, les «supertasters», c'est-à-dire les personnes excessivement sensibles à l'amertume, seraient moins susceptibles d'attraper le virus. | Cats Coming via Pexels
Selon une étude, les «supertasters», c'est-à-dire les personnes excessivement sensibles à l'amertume, seraient moins susceptibles d'attraper le virus. | Cats Coming via Pexels

Et si un simple test gustatif pouvait indiquer le risque de développer une forme grave du Covid? Depuis son apparition il y a un an et demi, la pandémie a mis les chercheurs et médecins à rude épreuve. Aujourd'hui encore, ils n'arrivent pas totalement à expliquer pourquoi tous les malades ne réagissent pas de la même façon au Covid et pourquoi certains, sans comorbidité, sont parfois plus gravement touchés.

Une nouvelle étude publiée dans la revue médicale JAMA Network Open, qui a travaillé sur le lien entre nos réactions aux saveurs amères et le risque de contamination, aurait peut-être trouvé une explication. Selon ses résultats, les «super-goûteurs», c'est-à-dire les personnes qui sont excessivement sensibles à certains composés amers présents dans le brocoli, le chou ou le chou de Bruxelles, seraient moins susceptibles d'attraper le virus, rapporte un article de National Geographic.

Pour cette recherche, l'équipe dirigée par Henry Barham, rhinologue au Baton Rouge General Medical Center en Louisiane, a étudié 1.935 adultes, dont 266 ont été testés positifs au virus. Les «non-goûteurs», qui détectent à peine les saveurs amères, étaient nettement plus susceptibles que les «goûteurs», qui enregistrent l'amertume sans être dégoûtés, et les «super-goûteurs», d'être positifs puis hospitalisés et de souffrir de symptômes pendant plus longtemps. 86% des personnes présentant une forme grave nécessitant une hospitalisation étaient des «non-goûteurs», alors que moins de 6% des «super-goûteurs» ont été testés positifs, selon l'étude.

Des résultats intéressants, mais qui ne doivent pas être surinterprétés

«Il s'agit d'une étude très intéressante qui suggère que les récepteurs de notre langue qui nous permettent de sentir les saveurs amères sont également liés à notre vulnérabilité aux infections respiratoires comme le Covid-19», analyse David Aronoff, directeur du service des maladies infectieuses au centre médical de l'université Vanderbilt, à Nashville, qui n'a pas participé à cette recherche.

L'explication est un peu complexe. Les «super-goûteurs» sont plus sensibles à l'amertume, car ils ont jusqu'à quatre fois plus de papilles gustatives sur la langue. Les composés amers sont justement identifiés par les récepteurs gustatifs de type 2, fabriqués par une famille de gènes appelée T2R. Plus une personne a des gène T2R38, moins elle tolérera les goûts amers, indique l'article. L'avantage pour ces individus est que les protéines du gène T2R38 se trouvent dans d'autres endroits que la langue, comme le nez et les voies respiratoires supérieures et produisent de l'oxyde nitrique, qui protège contre les agents pathogènes envahissants.

De précédentes recherches ont ainsi montré que l'oxyde nitrique pouvait empêcher les infections des sinus, et même empoisonner le SARS-CoV. Selon Henry Barham, les tests gustatifs pourraient donc être un moyen sûr, rapide et peu coûteux de classer les personnes dans des groupes à risque pour le Covid-19 et d'autres infections.

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Les conclusions de l'étude sont néanmoins à prendre avec précaution. Selon Danielle Reed, qui a effectué les tests génétiques de l'étude, les résultats ne prennent pas en compte la perte du goût, symptôme majeur de la maladie. Certains patients auraient donc «été classés à tort comme non-goûteurs». Les «super-goûteurs» ne doivent donc pas surinterpréter cette étude en levant leur vigilance.

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