Culture

Interdire les Mille et Une Nuits ?

Slate.fr, mis à jour le 06.05.2010 à 18 h 52

Ali Baba est en danger... et Aladin, Sinbad et toutes les Milles et une nuits avec. En Egypte, un groupe d'avocats islamistes, Avocats sans restrictions, a déposé une plainte auprès du procureur contre la publication d'une réédition de ce grand classique de la littérature arabe. Leur argument: l'ouvrage, «obscène» fait des références au sexe qui selon eux «encouragent au vice et au péché».

Une position «contre le patrimoine» pour le chef du syndicat des écrivains en Egypte, Mohammed Salmawy, qui a riposté mercredi, comme le rapporte lemonde.fr, en annonçant son intention de déposer plainte contre Avocats sans restrictions et en déclarant:

Ceux qui veulent détruire notre patrimoine ont emprunté la même voie que les talibans quand ces derniers ont détruit les statues de Bouddha.

Ce recueil de contes populaires, probablement d'origine persane ou indienne, fait partie du folklore et des traditions depuis le XIIIe siècle. Le nombre de rééditions ne se compte plus, et comme il n'existe pas de version définitive du livre, chaque nouvelle édition suscite des réactions diverses. Une autre version avait déjà été interdite en Egypte en 1980. Celle en question a été publiée par un organisme gouvernemental qui s'était attiré des critiques pour des ouvrages publiés dans le passé. Le chef de cet organisme avait même été renvoyé en 2003 par le ministre de la Culture Farouk Hosni pour la publication de trois romans jugés également obscènes par les islamistes.

Le groupe d'avocat demande la confiscation pure et simple de l'ouvrage et la poursuite de ses éditeurs. Il revendique en appui un article du code pénal égyptien punissant de deux ans de prison les «offenses à la décence publique», comme le révèle le site Internet Al-Masry Al-Youm.

Cette plainte est conforme à la loi égyptienne, selon laquelle chaque citoyen peut porter devant un tribunal ce qu'il considère comme portant atteinte à la morale. Et les attaques sont courantes, rappelle Le Monde:

De nombreux écrivains ont dû faire face à des procès de ce type. Ils espèrent aujourd'hui ouvrir un vrai débat sur ces points de droit et sur les valeurs de la société égyptienne.

Pour Samia Mehrez, professeure à l'université américaine du Caire, interrogée par Al-Masry Al-Youm, ces cas ne sont pas une surprise et sont plutôt le résultat des luttes de pouvoir entre gouvernement et conservateurs religieux.

[Lire l'article du Monde ici ]

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Photo: Illustration des «Milles et Une Nuits», Sani ol-Molk, Wikimedia Commons/Domaine public
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