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Pour identifier les cadavres de la dictature, l'Argentine mondialise les tests génétiques

Temps de lecture : 2 min

Les importants flux migratoires qui caractérisent le pays ont sérieusement compliqué la tâche des spécialistes.

Madres de Plaza de Mayo | Kevin Jones via Flickr CC License by
Madres de Plaza de Mayo | Kevin Jones via Flickr CC License by

Près de quarante ans après la fin de la dictature militaire, l'Argentine continue de travailler pour que ses citoyens et citoyennes puissent faire correctement leur deuil. Entre 1976 et 1983, 30.000 personnes ont disparu, et 15.000 ont été fusillées. Jetées dans l'océan Atlantique ou enterrées dans des fosses communes, les victimes de la dictature n'ont jamais eu droit à de véritables sépultures.

The Guardian rappelle également qu'environ 500 bébés ont été volés à leurs parents membres de la résistance, puis adoptés clandestinement par des familles de militaires, de policiers ou de proches du pouvoir. À ce jour, seul un quart de ces enfants a pu retrouver son identité et retrouver sa vraie famille.

L'EAAF, groupe argentin d'anthropologie légale, a récemment démarré une campagne visant à identifier les 600 corps retrouvés sur le territoire argentin au cours des dernières années. Nommée au prix Nobel de la paix en 2020, l'organisation se heurtait jusqu'ici à la difficulté de comparer le matériau génétique retrouvé sur les dépouilles. Et comme 1,5 million d'Argentins et d'Argentines (soit 5% de la population) a quitté le pays durant le régime dictatorial, les données manquantes sont nombreuses.

L'Argentine a enclenché une nouvelle étape dans ce processus, étendant ses recherches à l'international en envoyant des tests ADN dans certains consulats et certaines ambassades. C'est par exemple le cas à Rome, puisque des centaines de milliers d'Italiens et d'Italiennes ont migré en Argentine à la fin du 19e siècle, et que d'autres ont rejoint le pays durant la dictature militaire afin d'épauler la résistance. À ce jour, environ 700.000 personnes possèdent la double nationalité italo-argentine.

Un tel travail d'identification génétique a déjà permis d'identifier 5 des 75 Italien·nes dont la disparition avait été déclarée, et ce n'est sans doute qu'un début. L'Albanie, Malte et San Marin vont également être le théâtre de prélèvements d'ADN qui devraient permettre d'augmenter le nombre d'identifications.

Tout cela se fera évidemment sur la base du volontariat: les personnes pensant qu'elles ont peut-être un lien avec les disparu·es devront se soumettre à une prise de sang, les prélèvements étant ensuite envoyés par avion à Córdoba, en Argentine, où se trouvent les laboratoires de l'EAAF.

Lorsqu'un corps est identifié, il est ensuite rendu à sa famille au gré d'une procédure gratuite et confidentielle. Il est alors possible d'organiser des funérailles en bonne et due forme. Des compensations financières sont également prévues.

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Les dispositifs développés par l'EAAF ont également été exploités pour identifier les victimes d'autres génocides ou exécutions, de la Bosnie-Herzégovine au Mexique. Ils ont aussi permis de confirmer qu'un des corps retrouvés en Bolivie il y a plusieurs décennies était bel et bien celui de Che Guevara, qui repose désormais dans un mausolée cubain.

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