Monde

Le jeu dangereux de la gauche identitaire sur le conflit israélo-palestinien

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] À force de vouloir à tout prix considérer ces affrontements sous un angle racial ou colonial, on prend le risque de légitimer l'antisémitisme.

Ce conflit ne répond pas à la grille habituelle des guerres coloniales.  | Wihelm Joys Andersen via Flickr
Ce conflit ne répond pas à la grille habituelle des guerres coloniales.  | Wihelm Joys Andersen via Flickr

Enfermé dans son carcan idéologique, la gauche radicale n'entend rien au conflit entre Israéliens et Palestiniens lequel lui apparaît comme le miroir de ses obsessions les plus chères: d'un côté, un infâme peuple de colonisateurs sans foi ni loi, de l'autre un peuple opprimé dont le cœur se nourrit d'intentions des plus pacifiques.

Qu'il doit être doux et agréable de vivre sous ces horizons-là quand le vaste monde se contente d'être une simple allégorie où l'humanité se divise en deux camps bien distincts: les méchants contre les gentils, les forts contre les faibles, les dominants contre les dominés... Les Israéliens contre les Palestiniens.

Ce qu'il y a de remarquable chez les fervents de cette gauche radicale, c'est qu'ils ne connaissent ni le doute ni l'ambivalence de la pensée. Gonflés d'un orgueil né de l'assurance d'œuvrer pour le bien qui agit sur eux comme le plus puissant des aphrodisiaques, glorifiés par la certitude d'être dans le vrai, sur n'importe quel sujet, comme les plus bornés des doctrinaires, ils appliquent leur grille de lecture forgée au doux son de la lutte des classes et autres combats identitaires nonobstant le risque de se fracasser tôt ou tard sur le mur du réel.

C'est d'autant plus vrai avec le conflit israélo-palestinien qui, par bien des aspects, déborde le cadre traditionnel des oppositions auxquelles nous a habitué l'histoire passée et récente. Vouloir à tout prix considérer le peuple israélien comme l'émanation d'une force d'occupation, c'est non seulement nier l'extraordinaire hostilité à laquelle cette nation a dû faire face depuis le premier jour de son indépendance, mais aussi effacer d'un coup de baguette magique les souffrances, les mises à l'écart, les humiliations, les pogroms, les déportations dont ce même peuple a eu à souffrir depuis la nuit des temps.

De même que considérer le peuple palestinien comme un seul peuple d'opprimés, c'est oublier à la fois sa part de responsabilité dans l'impasse actuelle et passée, mais c'est aussi glorifier une organisation politique et terroriste dont le ciment idéologique repose à la fois sur l'éradication de toute présence juive au Proche-Orient et sur l'établissement d'un régime obscurantiste à mille coudées des droits élémentaires de la personne, un comble pour cette gauche identitaire jamais asssez prompte pour pointer les discriminations à l'œuvre dans le monde occidental.

Considérer le Hamas comme un simple mouvement de résistance, un égal du FLN ou de toute autre organisation de libération des peuples colonisés, c'est non seulement se tromper lourdement sur les intentions réelles de cette institution théocratique, mais c'est aussi acter d'une certaine manière la disparition à court ou moyen-terme du peuple juif de la terre d'Israël. Ni plus, ni moins. Refuser de voir que Gaza, sous l'égide d'un Hamas libéré des contraintes imposées par Israël, servira de base arrière à des régimes attachés à la destruction de l'État hébreu s'apparente à une approbation de cette annihilation programmée.

Surtout, à force de stigmatiser d'une manière outrancière les comportements des Israéliens vis-à-vis des Palestiniens établis dans la bande de Gaza, on permet à l'antisémitisme de gagner encore un peu plus en vigueur. Il suffit de voir les troubles récents survenus en Amérique. Non pas que la sécurité des Juifs de la diaspora doive servir à masquer les insupportables et intolérables débordements qui sont le fait d'Israéliens extrémistes et fanatiques –en aucun cas– mais on n'œuvre pas pour une vigilance extrême quand on se sert d'images d'enfants décédés pour mieux représenter les Israéliens comme une peuplade assoiffée de sang et de revanche.

Et ne parlons même pas du rapprochement odieux avec l'Allemagne nazie qui devrait être sanctionné par la loi comme un délit de révisionnisme.

En grande partie, les exactions qui ne manqueront pas d'arriver ici ou là contre des communautés juives pourront être imputées à cette gauche radicale et extrémiste, de son aveuglement idéologique voire même de son antisémitisme par ignorance, traduction de sa méconnaissance absolue de l'essence du peuple juif. Quand on ne comprend rien à rien, lorsque sa pensée n'est que l'expression d'une émotion non contrôlée, on gagne plus à garder le silence qu'à tenir des propos incendiaires qui ne font que rajouter de la confusion à la confusion.

Le conflit israélo-palestinien est déjà en soi un problème d'une complexité folle, si en plus on le laisse aux mains de militants qui désespèrent de trouver une cause pour sublimer l'ennui de leur existence, on le transforme en une espèce de poudrière identitaire dont les soubresauts risquent d'ensanglanter demain les trottoirs de Brooklyn ou de Sarcelles.

Vous voilà prévenus.

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