Politique

Les régionales, un avant-goût de la présidentielle 2022?

Temps de lecture : 7 min

Détenteur d'aucune région car il n'existait pas en 2015, le parti présidentiel va tenter de se rendre indispensable et réactualisera peut-être le slogan «et de droite et de gauche».

Comme en 2015, les Hauts-de-France et PACA sont les deux régions de droite les plus exposées à l'offensive de l'extrême droite. | Damien Meyer / AFP
Comme en 2015, les Hauts-de-France et PACA sont les deux régions de droite les plus exposées à l'offensive de l'extrême droite. | Damien Meyer / AFP

Une consultation électorale en cacherait-elle une autre? Le peuple français va-t-il vraiment voter pour élire des conseillères et des conseillers régionaux, les 20 et 27 juin? Au moment d'entrer dans les isoloirs, l'électorat aura-t-ils les yeux rivés sur avril et mai 2022? En lisant les déclarations des responsables politiques et des commentaires des exégètes, professionnels ou amateurs, que l'on voit fleurir dans les médias de toute nature et sur les réseaux sociaux, on est en droit de se poser la question.

En clair, les partis montent au front des régionales de 2021 en pensant surtout à la présidentielle de 2022. Surtout et peut-être seulement! Certains le disent cash, d'autres dans les non-dits, en toile de fond. À y regarder de plus près, tous les partis ne sont pas concernés de la même manière. Certains y voient un tour de chauffe, d'autres une occasion de se rendre indispensable. D'autres encore considèrent qu'elles représentent une obligation de limiter la casse. Cette consultation du mois de juin ne revêt pas les mêmes enjeux pour les formations politiques et les personnalités qui entendent jouer un rôle dans la mère des batailles électorales de l'an prochain.

Quelques évidences s'imposent. Donnée finaliste du second tour de la prochaine présidentielle dans tous les sondages d'intentions de vote, un an avant le scrutin, Marine Le Pen essaie de présenter son parti comme le principal adversaire et le plus solide opposant au pouvoir en place aux élections régionales.

Elle peut s'appuyer pour cela sur les enquêtes d'opinion qui placent le Rassemblement national (RN) en deuxième position dans quasiment toutes les régions quand il n'est pas tout simplement en tête au premier tour comme en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) et en Centre-Val-de-Loire.

«Désistement républicain» de la gauche en 2015

Il faut noter à ce stade que sur les douze régions métropolitaines (hors Corse), trois doivent être examinées avec précaution car les sondages d'intentions de vote qui les concernent jusqu'ici ont été commandés par des partis en lice. Il s'agit de la Bourgogne-Franche Comté, du Grand-Est et des Pays de la Loire. On peut toutefois remarquer que dans les deux premières régions citées ici le parti d'extrême droite était également donné en tête au premier tour du prochain scrutin.

À l'heure actuelle, le RN ne dirige aucune région puisqu'il avait été battu, en 2015 –il s'appelait alors Front national (FN)–, dans les deux régions où il était le plus menaçant: les Hauts-de-France (ex-Nord-Pas-de-Calais-Picardie) et PACA. La droite avait alors bénéficié d'un «désistement républicain» de la gauche pour éviter un second tour avec des triangulaires qui auraient pu lui être fatales.

En conséquence, à la veille du renouvellement de juin, la droite préside sept régions métropolitaines: les deux précédemment nommées, plus l'Auvergne-Rhône-Alpes, le Grand-Est (ex-Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine), l'Île-de-France, la Normandie et les Pays de la Loire. Pour sa part, la gauche en dirige cinq: la Bourgogne-France Comté, la Bretagne, le Centre-Val de Loire, la Nouvelle Aquitaine (ex-Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes) et l'Occitanie (ex-Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées).

Absence d'ancrage local du parti présidentiel

La carte actuelle qui répartit ces régions entre la droite et la gauche a été dessinée en 2015, soit deux années avant le séisme politique de la présidentielle et des législatives qui a bouleversé le paysage politique. Le parti présidentiel, La République en marche (LREM), qui n'existait pas encore, ne détient donc aucune région, n'est présent en tant que tel dans aucun exécutif et n'a formellement aucune conseillère ou aucun conseiller sortant parmi les 1.671 que compte la métropole (hors Corse), même si certains se sont ralliés à LREM.

Après quatre années au pouvoir, rééditer le «hold-up» de 2017 est tout à fait inenvisageable pour Emmanuel Macron et le parti présidentiel. Il est du reste clairement inenvisagé. Les élections municipales de 2020, frappées par une faible participation en raison de l'épidémie de Covid-19, avaient mis en évidence l'absence d'ancrage local de ce parti.

Après quatre années au pouvoir, rééditer le «hold-up» de 2017 est tout à fait inenvisageable pour Emmanuel Macron et le parti présidentiel.

Il est vrai qu'on pouvait difficilement croire qu'ayant quatre ans d'existence (En marche a été lancé par Macron en avril 2016), il parviendrait à obtenir des résultats comparables à des mouvements qui ont mis des dizaines d'années à s'implanter localement. Certains, du reste, n'y sont toujours pas parvenus de façon significative.

En revanche, l'année précédente, les élections européennes de 2019 avaient donné un résultat honorable à LREM qui avait terminé à la deuxième place, dans un mouchoir, derrière le parti lepéniste: 22,4% des suffrages exprimés contre 23,3%. Les deux formations avaient remporté le même nombre de sièges au Parlement de Strasbourg: 23 chacune sur les 79 à pouvoir.

L'intérêt pour Macron de «nationaliser» le scrutin

Comme en 2017, la droite (Les Républicains) et la gauche (Parti socialiste et France insoumise) avaient été reléguées dans des seconds rôles. Et elles avaient même été distancées par Europe écologie-Les Verts (EELV), parti qui fit une percée aux municipales de l'année suivante, en remportant quelques grandes villes comme Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours ou Poitiers, et en conservant notamment Grenoble.

La différence importante entre les résultats des municipales et ceux des européennes fait sauter aux yeux l'opposition entre élections locales et scrutin à caractère national. Faible dans le premier cas, le parti présidentiel s'est montré plutôt résistant dans le second. La question pour lui est de savoir si les élections régionales de 2021 s'inscriront dans la foulée des municipales de 2020 ou plutôt dans celles des européennes de 2019.

En clair, les régionales recouvrent-elles une consultation locale à l'échelle du regroupement de plusieurs départements ou sont-elles un scrutin national à l'échelle du pays? On comprend bien que l'intérêt du président de la République et de LREM est de les «nationaliser» au maximum pour créer une dynamique semblable à celle des élections européennes.

Une droite menacée, une droite sereine

Forcés de compenser une carence totale de têtes d'affiche sortantes, les stratèges du parti présidentiel et le chef de l'État lui-même ont décidé de jeter dans la bataille une légion de ministres et de secrétaires d'État. Pas moins de quinze dont cinq dans les Hauts-de-France, région dont le président sortant est Xavier Bertrand (ex-LR) qui joue là sa candidature à l'élection présidentielle et région convoitée par le RN.

Tout comme la région PACA dirigée par Renaud Muselier (LR) qui a intégré sur sa liste quinze personnalités de la société civile issues de la majorité présidentielle. Dans cette dernière région, LREM a renoncé à présenter une liste.

Comme en 2015, les Hauts-de-France et PACA sont les deux régions de droite les plus exposées à l'offensive de l'extrême droite, d'autant qu'une partie de l'électorat LR est prête à s'entendre avec le RN pour contrer les éventuelles velléités des exécutifs sortants à pactiser ouvertement avec LREM au second tour. Ce rapprochement est déjà réalisé par Muselier en Provence-Alpes-Côte d'Azur au grand dam de la direction de son parti.

Bertrand prie peut-être le ciel, si l'on peut dire, pour ne pas y avoir recours dans les Hauts-de-France afin de préserver ses chances présidentielles. La question se posera peut-être aussi dans le Grand-Est où la pression du parti lepéniste est également forte pour Jean Rottner, président (LR) de la région.

En revanche, ces préoccupations, au vu des intentions de vote, ne sont pas précisément celles de Laurent Wauquiez (LR) en Auvergne-Rhône-Alpes, de Valérie Pécresse (divers droite) en Île-de-France ou de Hervé Morin (centriste d'opposition) en Normandie qui semblent en position de pouvoir être reconduits à la tête de leur région sans passer d'alliance avec qui que ce soit. Une situation qui pourrait ne pas se présenter pour la présidente sortante de la région des Pays de la Loire, Christelle Morançais (LR) qui est moins menacée par le RN que par LREM ou une coalition des listes de gauche au second tour.

Retour hypothétique du «et de droite et de gauche»

Sur les cinq régions détenues en métropole par la gauche, le PS en l'occurence, deux sont en position franchement délicate, selon les intentions de vote: la Bretagne et le Centre-Val de Loire. Dans ces deux régions, le président sortant sera peut-être contraint de faire des alliances au-delà de ses frontières habituelles pour espérer repasser. En Bourgogne-Franche Comté et en Occitanie, la situation paraît un peu moins problématique pour les majorités de gauche sortantes. Enfin, en Nouvelle-Aquitaine, le président sortant, Alain Rousset (PS), semble pouvoir aborder ce scrutin avec une certaine sérénité. Reste l'incertitude électorale.

De fait, la droite et la gauche auront peut-être besoin des voix de l'électorat de la majorité présidentielle pour espérer repasser dans certaines des régions que l'une ou l'autre dirige depuis 2015. Ce qui renforce la position d'axe central des partis qui constituent cette majorité présidentielle sur laquelle Macron a bâti sa victoire de 2017.

La droite et la gauche auront peut-être besoin des voix de l'électorat de la majorité présidentielle pour espérer repasser dans certaines régions.

Le slogan «et de droite et de gauche» qui, pour certains observateurs, s'est transformé au fil du quinquennat en «et de droite et de droite» (commentaire démenti par les mesures des instituts de sondages sur la popularité du chef de l'État), reprendra-t-il du service à l'occasion de ces régionales?

Si c'était le cas, cela prouverait que des élections peuvent cacher un autre scrutin... que tout le monde a en tête.

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