Politique / Société

Si Marine passe, je me casse de France!

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] J'ai beau vivre à l'étranger, je me casserai quand même. Et au triple galop même.

En cas de victoire de la dirigeante du Rassemblement national, la France serait plongée dans le chaos. | Global Panorama via Flickr
En cas de victoire de la dirigeante du Rassemblement national, la France serait plongée dans le chaos. | Global Panorama via Flickr

Certes, j'ai quitté le territoire national depuis quelques années maintenant mais ce n'est pas une raison. Si jamais la fille de son père et la tante de sa nièce venait à élire domicile au 55, rue du Faubourg Saint-Honoré, je n'hésiterais pas une seule seconde: je me barre à nouveau. C'est-à-dire je reviens exprès en France, j'y reste une heure –le temps de changer de terminal d'aérogare– et je repars illico pour l'étranger. S'il le faut, je demande même l'asile politique aux îles Canaries.

Je pourrais aussi brûler mon passeport. Déchirer ma carte d'identité et la disperser aux quatre vents sous les fenêtres du consulat de France. Plonger un coq vivant dans une marmite d'eau bouillante et le dépecer à grands coups de hache. Découper mon maillot collector de Michel Platini en milliards de petits confettis dont je fleurirais la cuvette des toilettes avec. Apprendre le chinois afin de ne plus penser en français. Changer de nom, le mien évoquant trop les volcans d'Auvergne et les doux pâturages normands.

Quel cauchemar ce serait d'avoir la dirigeante du Rassemblement national à l'Élysée! Tout juste si j'oserais sortir de chez moi. Dans la rue, certains me regarderaient avec commisération; d'autres, de dégoût, me cracheraient au visage; on me demanderait de déménager, je n'aurais nulle part où aller. Sur mon front, je porterais les traces de ma disgrâce. Le cœur en haillons, j'irais dans les villes inconnues, pleurant sur ce pays qui fut jadis le mien. Pour ne point donner l'impression d'apporter mon soutien à ces scélérats en charge des affaires nationales, il me faudrait renoncer à tout ce qui de près ou de loin évoquerait la culture française –le roquefort, le pinard et la baguette de pain.

Ou alors, dans le panache qui est le mien, je me suiciderais. Je monterais en haut de l'immeuble le plus élevé de la ville et, enrobé dans mon drapeau national, le visage dessiné des couleurs bleu, blanc, rouge, je m'élancerais dans le vide, en m'époumonant à gorge déployée: «Vive la France.» Mon geste ferait le tour du monde. En un instant, dans l'imaginaire collectif, j'incarnerais le retour de l'esprit français, le vrai, celui qui donne sa vie pour le salut de sa nation tant aimée. Je deviendrais l'égal de Jean Moulin, le successeur de Charles de Gaulle, la fierté d'une France retrouvée. Plus tard, mes cendres rejoindraient l'enceinte sacrée du Panthéon où je m'installerais pour l'éternité des siècles.

En fait, la chose que je redoute le plus, si jamais celle dont je refuse d'écrire le nom remportait la prochaine élection présidentielle, ce serait de voir débarquer ma belle-mère. Du haut de son indignation, je la vois très bien arriver en pleine nuit, les bras chargés de valises, et sans attendre son reste, s'installer dans notre chambre à coucher pour ne plus jamais en repartir.

Elle vivrait parmi nous, ombre plaintive prompte à s'effondrer en larmes à la première évocation du pays quitté. Avec le sens de la dramaturgie qui la caractérise, d'une voix éraillée par l'émotion, toutes les cinq minutes, de son sac, elle sortirait une photo de son époux mort il y a quelques années et s'exclamerait toute vibrante: «Si Maurice était encore vivant, rien de tout cela ne serait arrivé.»

Je me garderais bien de lui répondre que son Maurice, fleuriste de son état, du temps de son vivant, votait régulièrement à droite et professait des paroles qui sentaient bon les idées de ces culs-terreux de Français de souche. Il me disait parfois: «Je n'ai rien contre les étrangers mais encore faudrait-il qu'ils connaissent et comprennent l'esprit de ce pays, ce dont je doute fort. La plupart sont tout de même des fainéants de premier ordre.» Je le laissais dire mais n'en pensais pas moins. En fait, je le trouvais comique. Il était un Français de première génération qui parlait comme s'il descendait de la lignée des rois de France.

Elle à l'Élysée, nous entrerions dans une période de grand tourment. La déflagration serait telle que l'Europe s'écroulerait comme un château de cartes et il ne s'écoulerait pas une année avant que le pays tout entier ne s'effondre dans le chaos. Quand j'entends certains dire leur refus de voter pour celui qui lui serait opposé, j'ai comme des envies d'étranglement qui me montent au cerveau. Quelle ignorance! Quelle folie! Quelle bêtise! On ne joue pas aux dés quand des vies humaines sont en jeu, lorsqu'on risque, par provocation toute juvénile, de mettre un pays à feu et à sang.

Nous n'en sommes pas là, nous avons le temps d'en reparler mais vous voilà avertis.

Vive la France.

Vive la République.

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