Monde

Le Pakistan, cœur du réacteur terroriste

Françoise Chipaux, mis à jour le 06.05.2010 à 16 h 42

L'arrestation de Faisal Shahzad, citoyen américain d'origine pakistanaise, confirme le rôle central du Pakistan dans le terrorisme international.

L'arrestation à New York de Faisal Shahzad, citoyen américain d'origine pakistanaise, confirme le rôle central du Pakistan dans le terrorisme international. Cette arrestation illustre aussi et c'est plus inquiétant, les liens de plus en plus diffus qui unissent al-Qaida, les groupes islamistes extrémistes, les talibans pakistanais et les contacts pris par ses groupes avec des Pakistanais et musulmans de la diaspora, capable de circuler librement avec des passeports occidentaux. Faisal Shahzad est le quatrième cas récent de citoyens américains ou détenteurs d'una carte de résidence pris dans des affaires de terrorisme après avoir reçu un entraînement au Pakistan.

Ces terroristes passés par le Pakistan

En décembre 2009, la police pakistanaise a arrêté au Pendjab cinq jeunes Américains dont quatre d'origine pakistanaise, un d'origine somalienne, qui devaient se rendre dans la zone tribale du Nord-Waziristan pour recevoir un entraînement. Selon les autorités pakistanaises, ces jeunes qui avaient été accueilli par un contact à Karachi avaient des liens avec Qari Saifullah Akhtar, le chef du Harakat-ul-Jihad al Islami, un petit mouvement extrémiste très lié à al-Qaida et aux talibans pakistanais qui lui donne refuge.

En octobre 2009, David Headley, Américain d'origine pakistanaise, était arrêté à Chicago et accusé d'actes terroristes dont ceux de Bombay en Inde qui avaient fait plus de 160 morts en novembre 2008. Headley est lié au Lashkar-i-Taiba, mouvement pakistanais qui souhaite la libération du Cachemire mais qui a de longue date une vision globale du Jihad.

Jusqu'en 2006, Headley se faisait appeler Daoud Gilani, du nom de son père et il a reconnu avoir alors pris le nom de sa mère pour voyager plus facilement. Né à Washington, il avait ainsi peu de chances d'attirer l'attention.

En septembre 2009, le FBI arrêtait à Denver Najibullah Zaki, 24 ans, un Afghan détenteur d'un permis de résidence aux Etats-Unis. Celui-ci a reconnu être allé au Pakistan avec deux amis en 2008 pour y subir un entraînement aux explosifs et au maniement d'armes dans un camp d'Al Qaida.

En janvier 2008, la police espagnole avait démantelé à Barcelone une cellule terroriste d'origine pakistanaise et dont plusieurs membres avaient reçu un entraînement dans les zones tribales pakistanaises. Les attentats de Londres en juillet 2007 étaient directement liés au Pakistan et plusieurs commandos suicides avaient séjourné au Pakistan dans les mois précédent les attentats. La diaspora pakistanaise en Grande-Bretagne compte plus d'un million de personnes et la difficile adaptation des nouvelles générations des milieux défavorisés en fait des proies faciles pour les mollahs extrémistes.

Ces jeunes occidentaux d'origine musulmane qui viennent au Pakistan sont la principale préoccupation des services de renseignements qui tentent sans relâche de suivre leurs traces. Si leur nombre est difficile à préciser, ces jeunes Européens, Américains, Australiens généralement instruits, multilingues et qui présentent bien sont radicalisés dans les mosquées de leur pays avant de venir au Pakistan pour y suivre un entraînement au Jihad. La vie très spartiate des camps, l'entraînement difficile, le choc culturel en rebute certains, mais ceux qui passent l'épreuve sont aguerris à jamais.

Lashkar intouchable

Compte tenu des opérations de l'armée pakistanaise dans certaines zones tribales, la pression des troupes de l'Otan en Afghanistan, les militants extrémistes collaborent d'autre part de plus en plus entre eux. Les Arabes d'al-Qaida comme les groupes jihadistes du Pendjab ont besoin des talibans pakistanais, les seuls originaires de la région, pour les protéger. En revanche et contrairement aux talibans pakistanais qui n'ont ni l'éducation, ni la sophistication, ni la vision pour opérer à l'étranger, malgré les revendications de leur chef Hakimullah Mehsud, les groupes jihadistes pendjabi ont des cellules dans les pays étrangers.

Parmi ces groupes, le Lashkar-i-Taiba se distingue par son ancienneté dans le Jihad global, sa puissance en termes d'hommes et d'argent et le soutien qu'il reçoit jusqu'à aujourd'hui de l'establishment pakistanais. Officiellement interdit, le Lashkar-i-Taiba continue d'opérer au Pakistan où il a à la fois un immense réseau caritatif et des camps d'entraînement. Arrêté et libéré à plusieurs reprises, le chef du Lashkar-i-Taiba, Hafez Saeed, que l'Inde réclame désespérément pour les attentats de Bombay, est intouchable au Pakistan. Le Lashkar qui recrute dans la moyenne bourgeoisie, parmi les étudiants, n'a pas de mal à envoyer ses militants à travers le monde. «Toucher au Lashkar serait suicidaire», nous avouait récemment un officiel pakistanais.

Le Pakistan n'a pas fini de payer une politique d'islamisation à des fins politiques que le gouvernement ne contrôle plus. Une multiplication d'affaires «Shahzad» pourrait toutefois contraindre le pays à abandonner, une bonne fois pour toutes, le Jihad comme instrument politique.

Francoise Chipaux

Photo: Devant la maison de la famille de Faisal Shahzad, à Mohib Banda, le 5 mai 2010. Faisal Mahmood / Reuters

A lire sur al-Qaida et l'attentat manqué de Times Square: Le vade-mecum d'al-Qaïda, Pourquoi revendiquer un attentat raté

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