Politique

Top 10 des pires déclarations de Gérald Darmanin

Temps de lecture : 6 min

Florilège de démagogie, d'hypocrisie, d'homophobie (liste non exhaustive) qui flirte avec l'extrême droite.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'exprime lors d'une session de questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale (Paris), le 18 mai 2021. | Thomas Coex / AFP
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'exprime lors d'une session de questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale (Paris), le 18 mai 2021. | Thomas Coex / AFP

J'ai déjà expliqué ce que je pensais de la nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l'Intérieur alors qu'une plainte pour viol avait été déposée contre lui et que les violences sexistes et sexuelles devaient être la grande priorité du gouvernement.

En outre, même en portant crédit à la version de Gérald Darmanin, il demeure qu'il a accepté de rendre service à une femme en échange d'un rapport sexuel, ce qu'on peut considérer comme un abus de pouvoir moralement condamnable.

Et puis, on ne va pas se mentir, avant cela, je l'avais déjà dans le collimateur. J'étais insupportée par son odieuse démagogie, sa manière de se faire passer pour le porte-parole d'un peuple qu'il serait le seul à connaître. Et il le fait avec une grossièreté absolue. Il avait déclaré au sujet d'Emmanuel Macron: «Il manque sans doute autour de lui des personnes qui parlent à la France populaire, des gens qui boivent de la bière et mangent avec les doigts.»

Cette démagogie l'amène à tenir des propos d'une bêtise confondante, voire d'une certaine ignominie. Voici un classement de ses dix pires déclarations –évidemment, l'exercice par définition m'empêche d'être exhaustive.

N°10

«J'aime beaucoup les enquêtes de victimation et les experts médiatiques, mais je préfère le bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing.»

C'est la dernière en date, celle qui m'a inspiré ce classement. Elle est tirée d'un entretien à L'Express où il était interrogé sur les travaux des chercheurs qui, à partir des enquêtes de victimation, affirment que la délinquance stagne. Eh bah peut-être bien mais le ministre, les faits, il s'en fiche comme d'une guigne, il préfère la vague impression du premier venu. On appelle ça la politique du micro-trottoir. Cette manière de vouloir flatter en faisant peuple, c'est le naufrage intellectuel de la politique.

N°9

«Parti socialiste, la course à l'échalotte» [sic]

A priori, rien de très dérangeant ici. Sauf qu'il s'agit du titre d'un des articles que Gérald Darmanin a écrits pour le journal Politique Magazine, organe de l'Action française (pour rappel, l'Action française est un mouvement royaliste d'extrême droite). Concernant cette affaire, j'ai l'impression qu'il y a eu un malentendu dans les dates. On a dit que c'était vieux, qu'à l'époque l'ambiance était différente, comme si cette collaboration datait des années 1970. Mais pas du tout. Gérald Darmanin écrit pour l'Action française en 2008. Ce n'était plus l'époque des journaux ronéotypés, tout le monde était déjà sur Facebook.

N°8

«Loin d'être le remède d'un pays malade, il sera au contraire son poison définitif.»

Gérald Darmanin a bien le droit d'écrire noir sur blanc ce qu'il pense d'Emmanuel Macron (il s'agit d'une tribune qu'il publie sur l'Opinion). Il le perçoit comme un danger mortel pour la nation. Soit. La phrase date de janvier 2017, quatre mois plus tard il devenait son ministre. Comment mieux comprendre que Gérald Darmanin ne sert que son intérêt personnel? Mais le plus agaçant dans ses retournements de veste, ce n'est pas qu'il confirme ainsi le préjugé selon lequel les politiques n'ont pas de convictions, c'est que dans ce but, comme nous allons le voir, il est prêt à tenir le discours de l'extrême droite.

N°7

«La victime, c'est moi.»

Déclaration faite à la suite du dépôt d'une plainte pour viol. Devons-nous vraiment nous appesantir sur cette phrase? Pour rappel, une femme se plaignait d'avoir dû coucher avec lui pour obtenir un logement, et une autre pour un effacement de casier (dont il savait en plus qu'il ne pourrait pas l'obtenir). À l'époque des faits, il avait pourtant écrit par texto à l'une de ces femmes: «Tu as raison, je suis sans doute un sale con. Comment me faire pardonner?» Saluons ce moment rare de lucidité.

N°6

«La théorie du genre est une absurdité absolue. Il faut s'y opposer totalement.»

Je ne veux même pas creuser ce qu'il entend par «théorie du genre» (je pense sincèrement qu'il n'en a lui-même aucune idée). En réalité, je ne sais pas ce qui est le pire ici: sa phrase absurde, ou le contexte dans lequel il parle de ça. Il s'agissait des abécédaires de l'égalité qu'on voulait mettre à disposition des enseignant·es pour lutter contre les inégalités filles/garçons, soit une action totalement inoffensive (elle était menée par Vincent Peillon, pour vous dire à quel point ça devait être inoffensif) mais qui avait été victime d'un complotisme que Gérald Darmanin avait encouragé par ses déclarations.

N°5

«En plus de l'insulte inacceptable aux agriculteurs et aux bouchers français, on voit bien que la politique moraliste et élitiste des “Verts” exclut les classes populaires. De nombreux enfants n'ont souvent que la cantine pour manger de la viande... Idéologie scandaleuse.»

Le type se fend d'un tweet pour réagir au fait qu'une municipalité impose temporairement des menus sans viande. Pour le porte-parole qu'il croit être du «peuple», il se trompe lourdement. Ce à quoi les enfants des milieux défavorisés n'ont pas accès, ce n'est pas la viande, mais les légumes frais. Sa vision du peuple semble dater un peu...

N°4

«Nous assistons à une crise de l'autorité. Il faut stopper l'ensauvagement d'une certaine partie de la société et réaffirmer l'autorité de l'État. Ne rien laisser passer.»

La citation pourrait presque passer inaperçue au milieu de tous ses discours pro-autorité, sauf que le terme «ensauvagement» n'est pas anodin. Gérald Darmanin est allé le chercher chez Laurent Obertone et dans la mouvance d'extrême droite. Et il sait très bien qu'il fera tendre l'oreille à ceux-là. Cela repose la question de sa proximité intellectuelle avec l'extrême droite –même s'il répète vouloir combattre Marine Le Pen. Mais on a du mal à comprendre à quoi cela sert de la combattre avec son vocabulaire et ses idées.

N°3

«Ça m'a toujours choqué de rentrer dans un hypermarché et de voir qu'il y avait un rayon de telle cuisine communautaire et de telle autre à côté [...] C'est comme ça que ça commence, le communautarisme.»

Celle-ci entre dans la catégorie des choses les plus bêtes qu'il ait dites. L'idée qu'il faudrait tous manger la même chose pour lutter contre le communautarisme est orwellienne. D'ailleurs, ses propres collègues lui ont rappelé qu'il existait des rayons de cuisine indienne ou bretonne. Il s'est clairement pris les pieds dans le tapis en voulant surenchérir sur le RN.

N°2

«Si je suis Maire de #Tourcoing, je ne célébrerai pas personnellement de mariages entre deux hommes et deux femmes.»

Cela date de 2013. C'est un sacré combo. On a à la fois une déclaration clairement homophobe et un homme politique qui annonce qu'il ne respectera pas la loi s'il est élu. Gérald Darmanin a été aux côtés de La Manif pour tous, et il n'a pas caché ce qu'il pensait à l'époque de l'ouverture du mariage à toutes et tous:

N°1

«Quand j'entends le mot “violences policières”, moi, personnellement, je m'étouffe.»

(La suite: «La police exerce une violence, certes, mais une violence légitime.»)

Cette phrase ignoble a été prononcée devant la commission des lois de l'Assemblée nationale, le 28 juillet 2020, soit quelques semaines après la mort de George Floyd et de Cédric Chouviat, deux hommes tués par des policiers et dont les derniers mots ont été «j'étouffe». Que cherche-t-il ici? À insulter la mémoire des morts?

Mais pense-t-il vraiment chacune de ses déclarations? Quel est son degré d'adhésion à ses propres propos? On doit lui accorder une grande facilité à s'excuser de ses déclarations quand elles peuvent nuire à sa situation. Ainsi, au sujet de ses opinions homophobes, une fois ministre, il a dit: «Cette déclaration est abrupte et je regrette si elle a pu blesser. [...] Le manque d'expérience pousse parfois à dire des bêtises. J'ai appris la complexité de la vie et à manier avec prudence les certitudes.»

Alors, quand le croire? Dans un intéressant portrait dans la revue Charles, des proches évoquent avant tout son arrivisme. Lui-même, interrogé sur ses articles pour l'Action française, reconnaît: «Je fais ça pour entrer en politique.» Tous les moyens sont bons.

Certes, il est sans aucun doute opportuniste, prêt à retourner sa veste, mais on remarquera tout de même qu'au milieu de sa démagogie, il a choisi un corpus idéologique assez clair.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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