Monde

Un bon juif est-il un juif qui ne se défend pas?

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Quand ses voisins lui balancent des roquettes, au lieu de laisser faire, le voilà qui ose riposter avec des armes mille fois plus puissantes. 

La décence voudrait que les Israéliens se fassent bombarder sans réagir. | diggertomsen via Flickr
La décence voudrait que les Israéliens se fassent bombarder sans réagir. | diggertomsen via Flickr

Ah si seulement Israël n'existait pas, combien ma vie serait plus tranquille. Simple juif, sans attache particulière pour aucun pays si ce n'est celui qui tolérerait ma présence, j'irais dans la vie heureux et insouciant. On n'aurait rien à me reprocher puisque je ne serais coupable d'aucun crime, si ce n'est celui de prétendre à vivre dans la paix et l'harmonie. Je serais un citoyen ordinaire, très ordinaire même, un de ceux qui forment la masse grise des peuples. De ma condition de juif, on ne parlerait jamais ou alors seulement pour louer la sagesse de ce peuple antique qui n'a jamais rien eu à revendiquer si ce n'est de continuer à pouvoir se conformer à la Loi de Moïse.

Certes, on continuerait à me regarder avec méfiance –les préjugés envers les miens sont des plus tenaces– mais sans me prêter cette double allégeance qui aujourd'hui me fait apparaître aux yeux de certains comme le complice d'une nation composée d'enragés zélotes qui colonisent à tout-va quand ils ne tuent pas par milliers d'innocents enfants dont les visages souriants viennent nous rappeler la barbarie de leurs meurtriers avec qui je partage, hélas, des racines communes.

De temps en temps, quand l'humeur des peuples s'assombrirait, on me convoquerait pour me demander des comptes. Je ne saurais quoi répondre et on interpréterait mon silence ou mon embarras comme une marque d'insolence si bien que pour me punir d'être qui je suis –un coupable en puissance– on exigerait de moi que je vive à la lisière des villes, miséreux et honteux. C'est une vie de pouilleux que je mènerais et quand l'heure serait venue, des âmes charitables viendraient frapper à ma porte pour me demander de les suivre. On m'emmènerait au loin, dans quelque lieu isolé où d'une manière ou d'une autre, on veillerait à se débarrasser de moi.

Aujourd'hui, plus personne ne cherche à me liquider. Dans l'imaginaire toujours trouble des peuples, j'ai été supplanté par une sorte de super-juif qui vit quelque part en Judée-Samarie. Celui-là est une version de moi mais en pire, et qui fait l'objet de toutes les attentions. On le décrit comme dominateur, sans cœur, et si vaniteux que quand ses voisins lui balancent des roquettes au visage, au lieu de laisser faire comme le commanderait la morale élémentaire, le voilà qui ose riposter avec des armes mille fois plus puissantes.

A-t-on jamais vu arrogance pareille? Lui, le pestiféré par excellence, le déïcide, le monstre, le voleur d'enfants, l'usurier, le banquier à la nuque raide, celui qui jadis se rendait à l'abattoir sans mot dire, voilà qu'il ose se défendre, lui et les siens! À celui qui cherche à l'effacer de la surface de la Terre, il oppose une fin de non-recevoir et se démène pour le réduire au silence! Quel manque de tact de sa part.

Se croit-il donc tout permis ce juif à qui on a donné une terre pour qu'il puisse se reposer un peu? Ne sait-il pas qu'on attend de sa part qu'il subisse le joug de ses ennemis sans mot dire, et s'en aille vers la mort dans l'acceptation d'un destin funeste qui fut toujours le sien depuis la nuit des temps?

Quand on a pris goût à exterminer un peuple –un peuple docile qui plus est– lorsqu'il refuse de marcher dans les pas de ses pères, on reste là quelque peu ébahi par cette résolution. On le pensait passif, fataliste, résigné, on le découvre hargneux, teigneux, rebelle. Pensez-donc, il use de sa force pour se défendre, pire il se sert d'instruments sophistiqués pour intercepter des bombes qui lui étaient pourtant destinées –quelle indélicatesse, quel manque de savoir-vivre tout de même!

Est-ce donc ainsi que les hommes se battent? Où se loge la justice quand l'un se bat avec des pierres quand l'autre répond avec des bombes, s'indigne avec raison l'Occident? Ne devrait-il pas au moins partager avec son adversaire la moitié de son armement et mourir autant que son ennemi, comme jadis Napoléon qui avant chaque bataille comptabilisait le nombre de Prussiens et, le cas échéant, renflouait leurs rangs si jamais ils étaient en supériorité numérique?

Dans le passé, on demandait au juif de monter dans un train sans protester.

Aujourd'hui, on exige de l'Israélien qu'il se fasse bombarder sans répondre.

Décidément, un bon juif est un juif mort.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

Newsletters

Un randonneur perdu au Colorado ignore les appels des sauveteurs car c'est un numéro inconnu

Un randonneur perdu au Colorado ignore les appels des sauveteurs car c'est un numéro inconnu

Les équipes de recherche ont tenté de le retrouver pendant toute la nuit.

Alliance

Alliance

Un ours attaque un cycliste en Alaska, l'homme refuse de lui tirer dessus

Un ours attaque un cycliste en Alaska, l'homme refuse de lui tirer dessus

L'homme était muni d'une arme à feu au moment des faits, mais n'a pas souhaité l'utiliser.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio