Santé / Société

Nos vies déconfinées, par une journaliste et un médecin

Temps de lecture : 9 min

Au ciné, au travail ou en famille... Voici des comportements qui nous semblent judicieux d'adopter dans les prochains mois.

Si la tendance observée perdure, il y a de grandes chances pour que les indicateurs sanitaires soient au beau fixe à partir de juin! | Elf-Moondance via Pixabay 
Si la tendance observée perdure, il y a de grandes chances pour que les indicateurs sanitaires soient au beau fixe à partir de juin! | Elf-Moondance via Pixabay 

Cela fait bientôt six mois que vous lisez régulièrement nos articles sur les différents aspects de la crise sanitaire. De notre côté, nous l'observons depuis janvier 2020, chacun à notre manière, l'un étant scientifique, l'autre journaliste.

Nous avons appris et réappris, compris, évolué, nous nous sommes corrigés afin de partager avec vous des connaissances au plus proche de l'état actuel de la science. Mais nous n'avons jamais parlé de nous, de la manière dont nous avons ajusté nos vies en fonction de ces connaissances, afin de nous protéger, de protéger nos proches et de contribuer à l'effort collectif pour freiner la propagation du virus.

Aujourd'hui, le déconfinement est là avec la symbolique réouverture des terrasses, des salles de cinéma et des musées. Alors que le calendrier de déconfinement posé par le gouvernement ne semble aujourd'hui pas conditionné aux indicateurs épidémiques clés, nous avons envie de vous parler de nous: comment allons-nous continuer à nous efforcer de réduire les risques? L'un comme l'autre, et bien que l'on nous ait parfois qualifiés d'enfermistes et de Cassandre sur les réseaux sociaux, nous sommes heureux, comme la plupart des lecteurs, de revenir progressivement à une vie à peu près normale, même si le virus est toujours là.

Nous ne sommes pas des modèles, nous avons nos propres biais, mais les connaissances acquises au cours de ces derniers mois nous ont permis d'envisager des comportements qui nous semblent judicieux d'adopter pour vivre ce déconfinement. Nous avons envie de les partager avec vous.

Limiter le face-à-face

C'est moi, Laure, qui vais prendre la plume pour nous deux et, une fois n'est pas coutume, utiliser la première personne. Antoine et moi sommes vaccinés. Cependant, notre schéma vaccinal n'est à ce jour pas complet –il nous faut attendre chacun une quinzaine de jours pour cela, lui, parce qu'il vient de recevoir le second shot de vaccin (normal, il est plus vieux quand même), moi, parce qu'ayant contracté le Covid en novembre, un seul est nécessaire, et que mon injection a eu lieu le 15 mai. De fait, nous vivons cette première phase de déconfinement non immunisés, comme toutes les personnes non ou partiellement vaccinées.

Pour ma part, je travaille à la maison. Cela me permet de continuer d'éviter les transports publics et de privilégier la marche à pied. De fait, professionnellement, rien ne va beaucoup changer, si ce n'est que des interviews vont pouvoir se faire en terrasse. Le risque y est très modéré dans la mesure où nous savons que les aérosols, principale source de transmission, sont rapidement dilués dans l'air.

J'aurais tendance à privilégier les grandes terrasses avec des tables bien espacées comme la législation le demande. En revanche, j'éviterai celles disposant de parois en plexiglas qui sont, à mon sens, contre-productives car elles empêchent l'air de circuler. J'éviterai également les terrasses sous auvent ou pergola pour les mêmes raisons. Par précaution, j'éviterai les voisinages fumeurs ou vapoteurs. Je limiterai le face-à-face à une heure. Et bien sûr, en cas d'envie pressante, j'essaierai de ne pas oublier mon masque pour aller aux toilettes.

Sur le plan professionnel, Antoine continuera ses cours en visioconférence jusqu'en juin, essentiellement parce que ses étudiants viennent de tous les coins de la planète et sont rentrés chez eux avant le deuxième confinement (fin octobre). Chacun suit les cours, travaille et passe ses examens virtuellement, cette année encore.

En revanche, la vie d'avant reprend doucement ses droits à l'Institut de santé globale. Les premiers collaborateurs vaccinés rompent avec le télétravail et se rendent sur le campus, y compris pour commencer à partager leurs repas (à trois au maximum, c'est la règle locale), en quinconce pour ne jamais être directement en face des postillons de son collègue lorsqu'il éclate de rire. Comme la plupart des jeunes chercheurs et chercheuses ne sont pas vaccinés, la règle reste le port du masque dans tous les locaux fermés. La vie collective ne changera pas beaucoup jusqu'à l'accès à la vaccination pour tous.

En revanche, Antoine, dès qu'il aura passé les quinze jours post-deuxième dose, a décidé de recevoir ses invités dans son bureau et, après leur avoir demandé s'ils sont dûment vaccinés, il proposera à chacun de tomber le masque et de siroter un bon café chaud (c'est ainsi que l'on désigne un «longo» en Suisse romande) ou alors un expresso.

Pique-nique et ciné bien ventilés

Parlons loisirs, maintenant. Il est possible que je profite d'une pause déjeuner pour aller faire du shopping. Acheter une veste ajustée, ce n'est jamais aisé sur internet. Vivant dans l'Est parisien, je vais sans doute privilégier une petite ou moyenne boutique. Pour moi, ce sera masque FFP2 car ce sont des lieux souvent mal ventilés –ceci est d'autant plus vrai pour les cabines d'essayage où, de surcroît, les gens ont tendance à retirer leur masque. Et la jauge ne protège que des postillons.

D'une part, le FFP2 est plus adapté à mon visage et le recouvre parfaitement sans bailler, ce qui me permet de me protéger mais aussi de protéger les autres. D'autre part, mon utilisation sera optimale parce que brève: je ne suis pas une grande fan des essayages et je ne le porterai pas plus de trois heures. Promis, j'obtempérerai pour me passer les mains à la solution hydro-alcoolique en rentrant, même si je sais que cela ne sert pas à grand-chose.

Antoine, avant de rentrer chez lui, comme il est le cuistot à bord, fera les courses pour le dîner. Il ira au supermarché qui se trouve à un arrêt de bus de son appartement. Bien sûr, les transports publics, tout comme les magasins, se visitent masqués à Genève comme à Paris, mais en revanche, dans la rue, le masque n'y est pas obligatoire, et ça l'énerve beaucoup, Antoine, ce masque obligatoire dans les villes françaises! Il ne désinfectera pas non plus ses courses en rentrant, d'ailleurs il ne l'a jamais fait, pas plus qu'il ne sera inquiet de tenir à pleines mains le caddy du supermarché. Comme moi, il se lave les mains en entrant, déjà parce que c'est obligatoire, et aussi parce que c'est une bonne habitude d'hygiène désormais inscrite dans notre culture post-pandémique.

Ce weekend, je vais très certainement profiter de ce qui m'a le plus manqué: la vie culturelle. Une expo dans un musée? Très certainement! Un masque chirurgical me semble suffisant, ces espaces sont généralement assez ventilés. Un ciné? C'est très probable. Comme j'ai l'embarras du choix sur les salles, je vais sans doute –et même si cela m'en coûte, privilégier une salle récente qui bénéficie d'un système d'extraction d'air. Par précaution, peut-être suis-je dans l'excès, mais tant pis, je mettrai un FFP2 durant la séance.

Il est à mon sens prématuré de recevoir du monde à la maison. De toute façon, le couvre-feu est assez limitant. Et dans la mesure où je conçois mal une réunion d'amis sans boissons ni nourriture, donc sans masque, et comme la présence de mes trois chats m'empêche d'ouvrir les fenêtres en grand et de faire des courants d'air, je privilégierai la formule pique-nique en extérieur à moins de six et en gardant nos distances.

Pour être tout à fait honnête, d'ici quinze jours, et puisque mon mari sera également immunisé, je n'aurai aucun scrupule à accueillir à la maison des amis vaccinés ou immunisés. Il est en revanche possible que je passe voir mes parents vaccinés de longue date tout en conservant mon masque. Enfin, je vais partir deux jours à la campagne. En pleine forêt, j'enlèverai mon masque sans hésitation.

Une libération totale?

Tant que des quarantaines (de dix jours) sont imposées par la Suisse au retour de zones à risque, dont la région parisienne fait encore partie, il est difficile de reprendre une vie ressemblant à celle d'avant. Mais bientôt, Antoine et son épouse pourront retrouver leurs deux aînés et leurs petits-enfants (je vous avais prévenu qu'il avait un âge certain) restés à Paris. Comme dans cette famille, on est médecin de père en fils et de mère en fille, tout ce petit monde (sauf les petits-enfants) est vacciné, c'est un avantage secondaire indéniable.

Les réunions de famille auront alors un parfum un peu transgressif, puisqu'on s'autorisera des tablées animées, démasquées, dans la maison ou en terrasse, en ville. Bisous furtifs aux petits-enfants, ça c'est sûr. Mais aussi invitation à déjeuner (couvre-feu oblige en France) des arrière-grands-parents, trois sur quatre étant encore en vie, c'est le moment de profiter de se revoir, on ne va pas attendre dix ans que le virus soit éradiqué. Évidemment, ils sont également vaccinés.

Par sécurité pour les autres, je pense agir en fonction des indicateurs de circulation du virus.

Pour les réouvertures prévues le 9 juin, même si je serai alors immunisée, je suis plus embêtée. Dans la mesure où nous n'aurons pas atteint l'immunité collective à cette date, il est possible que mon comportement reste celui de quelqu'un de non vacciné. Bien sûr, le vaccin offre une large couverture et il est désormais assez clair qu'il limite très fortement la transmission.

Mais, par sécurité pour les autres, je pense agir en fonction des indicateurs de circulation du virus. J'ai hâte de retourner à la salle de sport mais c'est un lieu à haut risque et je n'ai pas envie de transpirer dans un masque qui, de surcroît, ne sera pas obligatoire. Dès lors, je considère qu'au-dessus de 2.000 cas par jour, soit une relativement faible circulation, je continuerai de m'entraîner à la maison. Il en va de même pour les restaurants et les bars et, selon toute vraisemblance, je privilégierai les terrasses.

Si les indicateurs sanitaires sont au beau fixe à partir de juin, ce qui est possible si la tendance observée au moment où nous écrivons ces lignes perdure, alors la libération devrait être totale. Ce sera aux autorités de santé de reprendre la main pour que nous puissions vivre normalement, sans avoir à nous soucier du risque de rebond comme cela s'est produit à la rentrée dernière, parce que les autorités avaient pris leurs quartiers d'été.

Voyage, voyage

Pendant que les autorités contrôleront les frontières à l'affût de la moindre entrée de variant britannique, sud-africain, brésilien ou indien (les quatre qui préoccupent l'OMS), et pendant que les ARS et la CNAMTS rechercheront rétrospectivement toutes les chaînes de contamination sur le territoire national et sauront isoler les porteurs de virus, Antoine partira en Bretagne, dans une maison de vacances qu'il loue au bord de la mer, avant de faire de la voile sur un bateau qu'il louera en Italie ou en Grèce. À nouveau, la famille se réunira et on fera les plus beaux concours de châteaux de sable. Sur la plage, il faudra que les amendes soient très salées pour faire porter le masque à Antoine, papy fera de la résistance ici!

De mon côté, si les conditions sanitaires de part et d'autre de la frontière le permettent, ce sera l'Espagne, que je rejoindrai en train. À San Sebastián, le port du masque est obligatoire pour les plus de 6 ans dès lors qu'une distance de deux mètres entre les personnes n'est pas respectée. J'espère pouvoir trouver des petits coins isolés en bord de mer ou sur les sentiers pour le retirer.

Si, en revanche, les indicateurs sanitaires pâlissent, si la courbe des nouvelles contaminations reste en plateau élevé comme en décembre dernier, alors l'été sera plus compliqué, pour ne pas dire pourri. Les gouvernements européens seront obligés de teinter nos vacances de mesures plus ou moins coercitives visant à limiter nos interactions sociales. Les couvre-feux ne pourront pas être entièrement levés, les rassemblements seront jaugés, les spectacles assortis de protocoles sanitaires désespérants, et nos congés payés devront être certainement revus. Donc si les pouvoirs publics feignent en Suisse comme en France de ne pas conditionner leurs mesures de déconfinement aux indicateurs sanitaires, nous sommes bien conscients que c'est la pandémie qui aura le dernier mot, sauf si on ne le lui laisse pas l'avoir.

Alors cet été, ne laissons pas libre cours aux divagations du virus, mais faisons réalité de nos rêves d'évasion, qu'ils voguent sur les océans, se disputent en famille ou s'allongent sur un transat avec un bon bouquin et un café. Ou un verre de txakoli!

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