Politique

Les Républicains et le Rassemblement national: attrape-moi si tu peux!

Temps de lecture : 4 min

Énième épisode d'un long feuilleton, l'affaire des rapports LR-RN en vue des élections régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur montre qu'à droite, l'absence de stratégie complète l'incurie idéologique.

Thierry Mariani, candidat RN aux élections régionales de 2021 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, pose le 9 mai 2021 à Paris. | Martin Bureau / AFP – Renaud Muselier, candidat LR aux élections régionales de 2021 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en meeting à Lyon le 12 mai 2014 dans le cadre de la campagne de l'UMP aux élections européennes. | Jeff Pachoud / AFP – Montage Slate.fr
Thierry Mariani, candidat RN aux élections régionales de 2021 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, pose le 9 mai 2021 à Paris. | Martin Bureau / AFP – Renaud Muselier, candidat LR aux élections régionales de 2021 en Provence-Alpes-Côte d'Azur, en meeting à Lyon le 12 mai 2014 dans le cadre de la campagne de l'UMP aux élections européennes. | Jeff Pachoud / AFP – Montage Slate.fr

La saynète en Provence-Alpes-Côte d'Azur est-elle la dernière d'une comédie qui dure depuis bientôt quarante ans en France entre une partie de la droite et du FN ainsi que de ses héritiers? La droite et l'extrême droite tantôt se décomposent, tantôt se recomposent. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour que le centre de gravité bascule non pas plus à droite idéologiquement, mais d'un point de vue électoral et politique, du côté du RN. L'issue n'est pas affaire de «lepénisation» mais d'intérêts propres qui se rencontreront ou non.

Pour ne parler que de ce qui se passe dans le sud de la France, ni Bernard Carayon, ancien député UMP et maire LR de Tarascon (région Occitanie) ni Jean-Paul Garraud, ancien député UMP, désormais député européen (RN) et candidat en Occitanie ne sont véritablement éloignés sur le plan idéologique. Pourtant, ils ne font pas campagne en commun. Ils firent tous deux partis de la Droite populaire, ce collectif de député·es de l'aile droite de la droite fondé en 2010. Ni Thierry Mariani, ni Christian Estrosi, ni Éric Ciotti ni même Renaud Muselier ne sont à ce point dissemblables idéologiquement en PACA.

Le RN au centre du jeu: une affaire ancienne

Dans l'ensemble du pays, le paroxysme de trouble-jeu de certains élus de droite avec le Front national a été l'épisode du printemps 1998 au cours duquel plusieurs leaders régionaux de la droite, au premier rang desquels Charles Millon, tous issus de l'Union pour la démocratie française (UDF), décidèrent de s'allier avec le FN pour conserver leur poste.

Les élus du Rassemblement pour la République (RPR), dans leur grande majorité, furent les plus réticents sinon les plus réfractaires à ce type d'accords. D'abord parce que Jacques Chirac, alors président de la République, n'en voulait pas. Ensuite parce que Philippe Séguin, alors président du RPR, les exécrait. Charles Pasqua déconseillait à ses proches de suivre Millon ou un autre dans ce genre d'aventure. Enfin, parce que parmi l'électorat du RPR, parfois droitier, demeurait une hypersensibilité à s'allier à un parti qui comptait encore dans ses rangs –comme en Franche-Comté avec Roland Gaucher jusqu'en 1998– des acteurs relativement emblématiques de la Collaboration. Il existait aussi à l'UDF des centristes issus de la démocratie chrétienne rétifs à ce genre d'expérience hasardeuse.

Insistons sur le fait qu'à l'époque, la droite française était encore articulée (avec tout ce qu'il faut de relativisation quant à la pleine dimension idéologique de la chose) globalement par trois grands courants: le gaulliste, le libéral et le centriste. Déjà, en 1986, en PACA, le FN avait voté en faveur de Jean-Claude Gaudin et participé à sa majorité et obtenu deux vice-présidences.

La problématique de la «droite populaire» de Mariani a été d'exister contre le FN puis comme satellite du RN, à chaque fois en occupant un terrain idéologique semblable.

Actuellement, dans l'affaire de PACA par exemple, la question est simple. Muselier et Mariani ont été compagnons (au sens RPR du terme), collègues et amis. Il ne s'agit entre eux non d'une question de principes, mais d'une question de place. L'arithmétique et le pari électoral de l'un et de l'autre font le reste. Mariani, associé du RN, ne cherche pas du côté de la famille Bompard un soutien supplémentaire, il mise sur une fraction de l'électorat traditionnel de droite de PACA pour devancer son vieil ami –c'est d'ailleurs cette fraction d'électorat de droite qu'il apporte au RN.

Renaud Muselier parie sur les voix centristes et leur légendaire mystère pour conserver son siège. Christian Estrosi et Hubert Falco maîtrisent la complexité de la région et savent que le terreau FN/RN est fort. Thierry Mariani a longtemps été un élu qui a résisté électoralement à la montée du FN dans son département, le Vaucluse, qui a connu l'émergence de personnalités comme Jacques Bompard (maire d'Orange depuis 1995) puis Marion Maréchal (députée du département de 2012 à 2017). La problématique de sa «droite populaire» a été d'exister contre le FN par son activisme à l'Assemblée nationale (les apéros saucissons-pinard) puis comme satellite du RN, à chaque fois en occupant un terrain idéologique semblable.

Deux partis en concurrence ou des individualités dans la tourmente?

Il est peu probable qu'un déplacement massif d'élus RN ait lieu d'ici à avril 2022, du moins sans une ou plusieurs victoires en juin. Aux municipales, nombre d'élu·es de droite se sont présenté·es comme «divers droite» tandis que le RN a vu sa présence territoriale se tasser. La rétractation de chaque élu sur son bastion lui permet de cultiver un électorat local et personnel. Le ralliement au RN lui serait coûteux. Des victoires RN en juin amèneraient, discrètement ou non, des édiles locaux de droite à se rapprocher du RN, ne serait-ce que pour compléter leur éventuelle proximité idéologique par une proximité plus forte dans le travail avec la collectivité régionale. Il y a, on le sait, un balancement circonspect entre l'idéologie d'un élu et son intérêt propre.

Si Marine Le Pen gagne à l'élection présidentielle, elle n'aura pas à faire beaucoup d'efforts pour trouver les cadres qui lui manquent au sein de la droite. Si elle perd, le RN apparaîtra probablement de nouveau pour au moins un temps comme un frêle esquif partisan, davantage «front familial», comme l'avait raillé Carl Lang, que comme le parti de gouvernement incarnant les espoirs des droites.

En Italie, la chute de la Première République avait épargné le Mouvement social italien (MSI), parce que celui-ci avait une cohérence idéologique certaine, sa contre-culture et qu'il avait su forcer ses cadres. Pour s'imposer, Berlusconi sut conclure un pacte avec le MSI. Il avait la fortune et les médias et était parfaitement introduit dans les classes dirigeantes du pays. Il s'allia puis, dix ou quinze ans plus tard, fusionna son parti avec l'héritier du MSI, Alliance nationale (AN). Il conserva un certain nombre de cadres jusqu'à ce que ceux-ci reconstituent un parti dans la droite ligne d'AN. C'est AN qui fournit en effet des cadres au centre droit, et non l'inverse.

Toute l'affaire concernant LR et le RN est surtout une histoire d'individualités qui cherchent à surnager et survivre dans le maelström idéologique et électoral dans lequel est engagée la France. Selon leur positionnement politique, leurs ambitions locales et leur électorat potentiel, selon ce qu'elles peuvent apporter au RN et ce dont le RN a besoin –autrement dit pour s'allier avec lui–, il faut être certain d'être plus fort que lui.

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