Santé / Culture

Si Napoléon n'avait pas fait d'apnée du sommeil, toute la face du monde en aurait été changée

Temps de lecture : 5 min

Épileptique, bipolaire, souffrant d'apnée du sommeil… la santé de l'empereur suscite beaucoup de spéculations. Il a aussi donné son nom à un complexe: celui qui décrit l'agressivité des hommes de petite taille. 

Napoléon Ier en costume du Sacre, François Gérard, 1805. | Château de Versailles via Wikimedia
Napoléon Ier en costume du Sacre, François Gérard, 1805. | Château de Versailles via Wikimedia

«Si on l'avait soigné, l'Europe aurait été sans aucun doute différente et peut-être que nous n'aurions pas connu deux guerres mondiales.» C'est une quasi-certitude pour le Dr Charles-Henri Chouard, Napoléon souffrait de syndrome d'apnée du sommeil et ceci a contribué à la chute de l'Empire. Le chirurgien ORL, qui a travaillé dès les années 1980 au Centre d'exploration des troubles respiratoires du sommeil à l'Hôpital Saint-Antoine, développe dans un article complet les éléments évoquant ce diagnostic. «Napoléon passait pour maîtriser son sommeil, ce qui contribuait à sa réputation de surhomme, écrit-il. Possédant notamment la faculté de réparer très vite sa fatigue en dormant dans la journée, peu et n'importe où, se réveillant quelques minutes après parfaitement à l'aise.»

L'empereur ne dormait pas beaucoup, mais de manière fractionnée, en un sommeil polyphasique. «Couché à minuit, il se réveille à 3 heures pour réfléchir aux affaires les plus délicates, prend un bain chaud et se recouche à 5 heures», écrit Jean Tulard, historien spécialiste de Napoléon dans son livre Napoléon ou le mythe du sauveur. Même s'il en tirait parti, il souffrait de réveils multiples: «Souvent réveillé plusieurs fois par nuit sans que la clarté de ses idées en soit affectée, il appréciait au contraire la présence d'esprit après minuit», écrit Chardigny, un autre historien. Mais l'âge avançant, l'empereur présente de plus en plus de somnolence. «Le sommeil, qu'il avait maîtrisé jusque-là, le maîtrisait à son tour», écrit son ministre et médecin Antoine Chaptal dans Mes souvenirs sur Napoléon.

Plusieurs anecdotes rapportées par ses biographes évoquent une somnolence de plus en plus importante. Reclus de fatigue, Napoléon s'assoupit au Conseil d'État, à Elchingen. En 1805, il s'endort sur une chaise devant ses généraux debout, à Leipzig. Et c'est l'explosion du pont qui le réveille sur son fauteuil en 1813. D'abord considérée comme une simple distraction, cette somnolence alarme ses proches dès 1812, à tel point que certains évoquent même une épilepsie.

«Certaines erreurs tactiques auraient été évitées»

«Au cours des dernières années de sa vie, Napoléon, qui a beaucoup grossi, accumule les erreurs, jusqu'à envahir la Russie en défiant le général Hiver, le plus redoutable de militaires.» Dans son livre La santé psychique de ceux qui ont fait le monde, le Dr Patrick Lemoine, psychiatre et médecin du sommeil, se penche sur plusieurs figures historiques de Jules César à Charles de Gaulle. «Est-ce dû à la somnolence diurne qui s'aggrave, à la fatigue, qui trouble son jugement? Tous ces symptômes font partie d'un syndrome d'apnée du sommeil», affirme-t-il. «Au lieu d'un verre de limonade, c'est maintenant d'un verre de café dont je sens le besoin», déclare l'empereur en 1812. «Les apnéiques sont à la recherche d'excitants pour les aider à lutter contre la somnolence, ce qui malheureusement ne les aide pas beaucoup à rester éveillés, mais les rend anxieux avec des palpitations», analyse le Dr Lemoine.

Masque mortuaire de Napoléon par Antommarchi, exemplaire original exposé au musée de l'Armée. | Rama via Wikimedia

«Lorsqu'on examine ses portraits de profil, on note un cou un peu court, une rétrognathie [menton en arrière], écrit le Dr Lemoine. Celle-ci est flagrante sur le buste de L'empereur aux lauriers de Bartolini et de manière indiscutable sur son masque mortuaire.» Enfin, il note une déviation de la cloison nasale, autant d'éléments favorisant les obstructions et donc les apnées. Le Dr Charles-Henri Chouard conclut que si Napoléon avait été traité pour ce syndrome d'apnée du sommeil comme on le fait aujourd'hui, «certaines erreurs tactiques auraient été évitées et la retraite de Russie n'aurait peut-être jamais eu lieu. […] Il aurait sûrement aidé à créer une Europe unie et peut-être que cela nous aurait épargné les deux guerres mondiales», s'aventure-t-il.

Des tyrans maniaco-dépressifs

En plus d'un syndrome d'apnée, Napoléon souffrait-il de trouble bipolaire? C'est l'hypothèse que soutiennent notamment certains auteurs américains, dont le psychiatre Julian Lieb. Pour lui, les phases d'excitation, les fulgurances, mais aussi les moments de colère, d'idées grandioses et la mégalomanie de Napoléon s'intègrent dans un trouble bipolaire, que l'on peut retrouver chez d'autres tyrans. Ce pourrait aussi être le cas de Staline ou d'Hitler. Autant de crimes à mettre sur le dos de la seule maladie bipolaire?

«Les chercheurs américains, lorsqu'ils parlent de maniaco-dépression, commencent en général par l'exemple de Napoléon, nuance Vincent Olivier dans L'Express. Quand les Français, eux s'attaquent plutôt aux cas de Lincoln ou de Roosevelt. Il est vrai que l'empereur français, tantôt sans appétit, hyperactif et ne dormant quasiment pas en phase d'excitation pourrait être considéré comme un bipolaire typique. Ce qui confirme que cette maladie n'empêche pas le génie. Et tendrait même à le favoriser.»

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Le complexe de Napoléon

Napoléon a aussi donné son nom à un complexe, selon lequel les hommes petits, souffrant d'un complexe d'infériorité, cherchent à compenser en étant plus agressifs. Le complexe de Napoléon est débattu, mais il a été repris par la psychologie évolutionniste selon laquelle «la taille augmente les chances d'attirer une partenaire», une norme bien validée sur les sites de rencontres notamment.

«Ce que je cherche avant tout, c'est la grandeur: ce qui est grand est toujours beau.»
Napoléon

Les hommes petits sont-ils vraiment plus agressifs? Dans une étude de 2018, on a fait jouer des hommes de différentes tailles au «jeu du dictateur», consistant à garder ou à partager de l'argent. «Les différences de taille comptent dans la compétition intrasexuelle entre hommes, concluent les auteurs. Conformément aux prédictions issues de la théorie de la sélection naturelle et du complexe de Napoléon, nos résultats montrent que les hommes petits gardent plus les ressources dans les interactions. Les hommes de taille inférieure sont plus agressifs, mais uniquement lorsqu'il n'y a aucune répercussion sur les autres.»

Être de petite taille est-il indispensable pour envisager une carrière de dictateur? «Ce n'est pas une règle (Pol Pot mesurait 1,75 m, Mao 1,80 m), mais souvent, les dictateurs n'étaient pas bien grands», expliquait Olivier Guez dans la préface de son livre Le Siècle des dictateurs. «Ainsi, Kim-Jong Il, Lénine, Staline, Franco, Mussolini ne dépassaient pas 1,70 m.»

Certains personnages publics seraient atteints de ce complexe. «Un reportage de la chaîne de télévision belge RTBF révélait qu'en amont d'une visite de Nicolas Sarkozy dans une usine normande, son équipe avait sélectionné les salariés qui devaient l'entourer», détaillait Courrier international en 2009. «Objectif: devant les caméras de télévision, Nicolas Sarkozy ne devait être entouré que de personnes plus petites que lui.»

Mais finalement, Napoléon souffrait-il vraiment du complexe qui porte son nom? Doit-on à une question de taille son ambition débordante, sa mégalomanie, la conquête, mais aussi la destruction de l'Europe? Rien n'est moins sûr, car en fait l'empereur n'était pas si petit. Bonaparte mesurait 1,68 mètre, soit juste un peu plus de la moyenne de ses contemporains (1,67 mètre). Peut-être que si l'on l'assimile à une personne petite, c'est tout simplement en raison de la propagande de la perfide Albion et au fait que l'histoire est écrite par les vainqueurs. Impossible donc de réduire le Premier Empire à une question de taille. «Ce que je cherche avant tout, c'est la grandeur: ce qui est grand est toujours beau», disait Napoléon.

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