Politique

Fabien Roussel candidat en 2022, le signe d'un retour aux fondamentaux du PCF

Temps de lecture : 5 min

En optant pour une candidature autonome, les militants communistes espèrent redonner à leur parti sa couleur passée.

Fabien Roussel, à l'Assemblée nationale, le 19 février. | Alain Jocard / AFP
Fabien Roussel, à l'Assemblée nationale, le 19 février. | Alain Jocard / AFP

Fabien Roussel vient d'être désigné candidat du PCF à l'élection présidentielle de 2022. Si cette candidature semble gêner une partie des autres forces de gauche, notamment Jean-Luc Mélenchon qui voit poindre la reconstitution d'un appareil communiste, elle vient aussi rappeler le poids des militants qui conservent une nostalgie pour la période soviétique, du temps où le PCF était un parti possédant une forte audience, fondée sur l'affirmation de la dimension de classe du communisme et la solidarité internationale, notamment avec les partis des pays frères.

Fabien Roussel se veut le porteur d'une tradition et d'une famille politique proches des canons doctrinaux du communisme originel. Il est l'héritier d'un militantisme communiste inscrit à deux niveaux: l'ancrage territorial dans une ancienne terre rouge et le système communiste international.

Comme Pierre Laurent, dont le père, Paul, avait été entre autres secrétaire de l'organisation, Fabien Roussel est le fils d'un cadre intermédiaire du parti. Daniel Roussel est un ancien maire adjoint de Béthune devenu journaliste à l'Humanité, correspondant pour le quotidien communiste au Vietnam et proche des cercles marchaisiens dans les années 1980. Il a fait ses classes militantes entre deux bastions du PCF: Champigny-sur-Marne, fief de Georges Marchais, et Béthune, centre de la XXe circonscription du Pas-de-Calais, communiste de 1962 à aujourd'hui et héritière de la terre d'élection de militants d'envergure comme Auguste Lecœur –ancien interbrigadiste, animateur de la grève des mineurs du Pas-de-Calais en 1941, responsable des affaires internationales du PCF avant son éviction en 1954– et plus tard, de Gustave Ansart, autre militant incarnant le communisme minier.

Daniel Roussel est donc indirectement l'héritier des traditions thorézienne et marchaisienne, les deux secrétaires du PCF qui ont peut-être le plus marqué l'histoire du parti. Le Nord-Pas-de-Calais des mines et du textile et la banlieue parisienne de la métallurgie sont alors inexpugnables. À son retour du Vietnam, il milite au Mouvement des jeunes communistes de France puis chez les étudiants communistes.

L'exaltation du labeur

Fabien Roussel est journaliste de formation et s'insère dans les réseaux communistes de son enfance, travaillant notamment avec le député de la circonscription de Béthune, Alain Bocquet, dont il prend la succession en 2017 après avoir été élu local pendant plusieurs années et avoir permis de sauver le journal communiste régional, Liberté-Hebdo, héritier du quotidien communiste l'Enchaîné du Nord puis de Liberté. En dépit des difficultés financières, Fabien Roussel réussit à sauver le titre prestigieux dans la mémoire communiste. Il est alors, dans le même temps, secrétaire de la puissante fédération du Nord-Pas-de-Calais du PCF.

Le dirigeant du PCF veut réaffirmer la continuité historique de son parti.

Comme tout militant communiste, c'est un travailleur acharné retrouvant les traditions thoréziennes d'exaltation du labeur. Ses discours sont empreints de ces traditions. Fabien Roussel s'inscrit dans cette filiation, il revendique par exemple la continuité des discours de Maurice Thorez de 1934 appelant aux rassemblements des forces de gauche dans l'Unité d'action le 27 juillet 1934, ou celui du 9 octobre 1934 appelant à étendre le pacte d'unité et d'action aux radicaux. Une revendication pouvant laisser planer l'ambiguïté pour qui connaît les classiques du PCF, le discours du 15 juin 1934 appelant aussi à la défense de l'Union soviétique.

L'exemple le plus probant étant son discours pour le centenaire du PCF, en 2020. Il reprend pour titre «Le communisme, c'est la jeunesse du monde», renvoyant à un discours de l'ancien directeur de l'Humanité dans les années 1920 et 1930, et pour les initiés, au livre du très stalinien Léo Figuères, La Jeunesse et le Communisme. Il égrène ensuite toutes les pages glorieuses du PCF, de l'action contre la guerre en passant par le Front populaire, la Résistance, les grandes lois sociales de la Libération, le soutien à la laïcité en 1950, les grèves de 1968 et les conquêtes de 1981. Son discours souligne aussi le lien entre communisme et la culture, d'Éluard à Aragon en passant par Picasso et Jean Ferrat, mais n'oublie pas de rappeler, encore pour les initiés, la dimension internationale du communisme.

Faucille et marteau

Le dirigeant du PCF veut réaffirmer la continuité historique de son parti. L'entente entre les courants historiques contre les rénovateurs est ainsi effectuée. En effet, depuis la mutation engagée avec la désignation de Robert Hue à la tête du PC en 1994, les oppositions à la direction du parti sont nombreuses: du comité Erich Honecker de Solidarité internationale, animé notamment par Henri Alleg, l'ancien prisonnier torturé de l'armée française en Algérie, en passant par la gauche communiste qui se développe autour d'Aubervilliers, jusqu'à la coordination communiste principalement installée dans le Nord-Pas-de-Calais.

Le refus des transformations du PCF a été vif. Pendant une quinzaine d'années, ces courants minoritaires, parce que désunis, ont bataillé contre la direction incarnée par Robert Hue, Marie-Georges Buffet ou Pierre Laurent à qui ils reprochaient la «social-démocratisation du PCF», puis d'avoir abandonné le combat et la représentativité de la gauche à Jean-Luc Mélenchon. Ces courants dénoncent les abandons successifs du corpus doctrinal du PCF jusqu'à la disparition symbolique, mais révélatrice, d'abord sur les cartes en 2013 puis sur le logo du parti en 2018, de la faucille et du marteau. Pour nombre de militants, l'évolution du PCF était un déchirement entre leur fidélité à leur parti et sa réalité.

Le logo actuel du PCF. | Capture d'écran PCF via YouTube

Jusqu'en 2018, les courants opposés à la direction n'arrivaient pas à se mettre d'accord. La nomination de Fabien Roussel est liée au retrait de la quasi-totalité des listes dites orthodoxes –à l'exception du courant «Vive le PCF» et d'un groupe de militants du Val-de-Marne. Les courants «Faire vivre le PCF et renforcer le PCF» et le «Pôle pour la renaissance du Parti communiste» ou, plus étonnant, le petit groupe «La Riposte», qui se réclame de Léon Trotski, ont soutenu la motion Chassaigne/Roussel.

Lors du XXXVIIIe congrès du PCF, en novembre 2018 (le nombre de votants étaient de 30.841 sur 49.231 inscrits), la motion arrivée en tête incarne le communisme rural et ouvrier des contreforts du Massif central, animé par le député du Puy-de-Dôme André Chassaigne, et du communisme ouvrier du Nord, ainsi que la volonté de rendre au PCF sa couleur passée. Une fois la nouvelle direction installée, c'est dès lors assez logiquement que le secrétaire du PCF doit représenter le parti à la prochaine élection présidentielle.

Les nouveaux rapports de force

Du 7 au 9 mai 2021, le nombre de votants a été de 30.217 sur 43.888 inscrits, traduisant une stabilité depuis le congrès de 2018 qui avait porté Fabien Roussel au secrétariat du PCF. Sur la plan stratégique, le choix d'une candidature communiste a été approuvé par 21.356 voix, soit 72,47%. Celui d'une alliance avec Jean-Luc Mélenchon a obtenu 6.822 voix soit 23,15% des suffrages. Les abstentionnistes, comptabilisés, obtiennent 1.290 voix soit 4,38%.

Concernant le candidat, Fabien Roussel est majoritaire avec 23.245 voix (82,32%). «Vive le PCF» et l'autre liste obtiennent 560 voix soit 1,98% des voix. Les rénovateurs favorables au soutien à une liste commune avec Jean-Luc Mélenchon, n'appelant pas au vote, représentent 4.433, soit 15,70% des suffrages exprimés.

Ils viennent ainsi traduire les nouveaux rapports de force dans le PCF et la volonté très majoritaire des militants de retrouver leur parti. La désaffection de plus en plus de militants laisse peut-être aussi le socle et ce qui reste de structure militante s'exprimer.

Dernier élément paradoxal, les militants qui ont porté Fabien Roussel à la direction du parti regrettent l'abandon d'anciennes structures, nostalgiques du temps où le PCF se réclamait de la pratique et de l'organisation léniniste. En 1921, Lénine avait demandé lors du Xe congrès du Parti bolchevique l'interdiction des fractions, en d'autres termes l'interdiction des tendances.

Cette règle a été ensuite appliquée à l'ensemble des partis membres de l'Internationale communiste, dont sa section française, le PCF. Par ailleurs, le mouvement communiste se réclamait du centralisme démocratique, c'est-à-dire de l'unité d'application de la décision une fois qu'elle a été adoptée. Ces deux principes communistes étaient à appliquer sous peine de sanction par l'ensemble des militants. C'est parce que le PCF a abandonné les pratiques léninistes que les courants qui s'en réclament ont pu renverser l'ancienne direction.

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