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Vancouver, capitale du crime anti-asiatique

Temps de lecture : 3 min

La cité canadienne enregistre les plus hauts taux de crimes haineux commis contre des personnes asiatiques sur tout le continent.

Le Millennium Gate de la rue Pender, marquant une entrée du quartier chinois de Vancouver, en Colombie-Britannique, le 18 mai 2017. | Don MacKinnon / AFP
Le Millennium Gate de la rue Pender, marquant une entrée du quartier chinois de Vancouver, en Colombie-Britannique, le 18 mai 2017. | Don MacKinnon / AFP

Depuis la crise liée au Covid-19, les crimes racistes ont considérablement augmenté à Vancouver. Avec plus d'un habitant sur quatre d'origine asiatique, la cité canadienne compte l'une des plus grosses communautés asiatiques du monde en dehors de l'Asie. Au cours de l'année passée, la ville de 700.000 habitants a recensé plus de crimes de haine anti-asiatiques que l'ensemble des dix villes les plus peuplées des États-Unis.

Dans la province de Colombie-Britannique, c'est près d'un résident sur deux qui a été victime de racisme sur la seule année 2020. Ce phénomène, bien qu'il se soit intensifié dans le contexte de la pandémie, s'inscrit dans une longue histoire du racisme qui a accompagné le développement de la cité de Vancouver.

Le stigmate du «virus chinois»

«Le Covid n'a fait que révéler ce qui a toujours été là», estime Trixie Ling, une vancouveroise née à Taïwan, qui dirige l'association d'aide aux femmes réfugiées Flavours of Hope.

Le 26 janvier 2020, la Colombie-Britannique croit identifier le premier cas de coronavirus sur son territoire: il s'agit d'un homme d'affaires rentrant de Wuhan. Des mois plus tard, on se rendra compte que la propagation du virus dans la région provenait de souches venues d'Europe, mais la machine est déjà lancée: le virus est asiatique, et les Asiatiques en sont les émissaires.

Dès les premières semaines de l'épidémie, les agressions racistes explosent: «propagateurs de virus», «retournez en Chine», «arrêtez de voler les masques des travailleurs»... 98 crimes de haine sont documentés par la police de Vancouver en 2020. C'est huit fois plus que l'année précédente.

Évidemment, la plupart de ces agressions ne font pas l'objet d'un signalement. D'après un sondage réalisé par Insights West, 43% des résidents de Colombie-Britannique d'origine asiatique ont essuyé un incident de nature raciste: insultes, agressions physiques, dommages matériels...

En mai 2020, le premier ministre canadien Justin Trudeau prend la parole pour dénoncer ce déferlement: «La haine, la violence et la discrimination n'ont pas leur place au Canada.» L'histoire montre pourtant le contraire.

Terminus Pacifique

C'est à la fin du XIXe siècle qu'est fondée la ville de Vancouver. Elle constitue alors le terminus du premier chemin de fer transcontinental du Canada, situé sur la côte du Pacifique. Le chantier du train de la modernité, reposant sur la main d'œuvre asiatique, a été meurtrier: on estime que deux travailleurs chinois sont morts pour chaque miles posé sur le dangereux tronçon de rail des Rocheuses.

À partir de 1885, Ottawa instaure la «taxe d'entrée», qui vise tous les Chinois arrivant sur le territoire canadien. Suivra l'interdiction de l'immigration chinoise pendant des décennies, et l'internement forcé de 21.000 Canadiens d'origine japonaise, dépouillés de leurs biens, lors de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu'en 1978, des clauses interdisaient l'accès à la propriété pour les personnes d'«ascendance asiatique» dans certains quartiers chics de Vancouver.

Nouveaux riches indésirables

Après le stigmate de la pauvreté, la discrimination envers les immigrés asiatiques de Vancouver s'est peu à peu fixée sur l'idée qu'ils constitueraient une classe de nouveaux riches. Dans les années 1980, le Canada cherche à attirer de nouveaux investisseurs, parmi lesquels on compte bientôt Li Ka-shing, un homme d'affaires hongkongais amené à faire fortune dans l'immobilier: en 1988, il acquiert un sixième des propriétés du centre-ville et lui donne un nouveau visage.

L'opinion s'indigne à hauts cris contre ce qui représenterait une défiguration de l'esthétique des quartiers (blancs) traditionnels, et se mure dans le silence quand, en 2010, les Américains en arrivent à posséder quatre fois plus de propriétés à Vancouver que les Hongkongais de l'époque.

Alors qu'une flambée des prix de l'immobilier a lieu en 2014, le cliché d'une élite asiatique à la richesse ostentatoire reprend de plus belle. Deux ans plus tard, Vancouver met en place une politique destinée à dissuader les riches étrangers d'investir dans l'immobilier: taxe sur les acheteurs étrangers, taxe sur les maisons vides, taxe sur les non-résidents et les «familles satellites», qui visent essentiellement les ménages asiatiques.

Pourtant, de récentes études montrent que le poids des investisseurs étrangers sur le marché immobilier de Vancouver a été très largement surévalué à des fins politiques: en 2020, ils représentaient moins d'1% des transactions résidentielles de la ville en 2020.

Tandis que le gouvernement provincial continue sa croisade contre les investisseurs étrangers, la flambée du coronavirus a pris le relais pour alimenter les discours anti-chinois, et plus largement anti-asiatiques.

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