Société / Tech & internet

Pourquoi le divorce de Bill et Melinda Gates a pris tout le monde de court

Temps de lecture : 6 min

Les États-Unis ne se doutaient pas une seconde que Melinda passerait l'été en célibataire.

Le couple le 3 mai 2021. | Ludovic Marin / AFP
Le couple le 3 mai 2021. | Ludovic Marin / AFP

Comparé à certains de ses homologues magnats de la technologie qui font travailler leur main-d'œuvre jusqu'à la mort, mettent en péril la démocratie ou tentent d'acheter Hawaï, Bill Gates a souvent été perçu comme un type droit, quelqu'un qui a raccroché tôt pour se poser et donner ses milliards. Un choix qui a largement contribué à la légende de «Bill et Melinda», de la Fondation Bill & Melinda Gates, qui projetaient une image de stabilité philanthropique et conjugale.

Ils étaient vus comme l'oncle et la tante technocrates de l'Amérique, toujours prêts à intervenir, à verser des sommes surprenantes et, à l'occasion, à dire des bêtises. Il y a quelques années seulement, Bill a posté une photo d'eux deux sur Twitter pour célébrer leur 25e anniversaire de mariage, avec comme légende «J'ai hâte à passer encore vingt-cinq ans de plus à rire avec toi.»

Ainsi ce fut un choc quand Bill et Melinda ont lâché leur bombe ce lundi: après vingt-sept ans de mariage, ils ont décidé de divorcer. Ce n'était pas censé se passer comme ça. Il est vrai que l'ancien couple vedette de la technologie, Jeff Bezos et Mackenzie Scott, a créé un précédent en se séparant il y a quelques années, mais Bill ne dégageait pas l'énergie alpha et sauvage d'un Bezos. Bill et Melinda ressemblaient à Al et Tipper Gore, ou à Tim Robbins et Susan Sarandon, ou à n'importe quel autre couple tellement ancré dans la culture qu'on ne se souvient même plus de leur séparation. Peut-être que certains d'entre nous pensaient à tort que l'effet Lindy s'appliquerait: quand on est en couple depuis si longtemps, on reste ensemble, non?

Melinda au centre de l'attention

En conséquence, l'Amérique a réagi à cette nouvelle en posant quelques questions intemporelles, et d'autres très 2021: premièrement, comment vont-ils répartir leur richesse, qui s'éleverait à environ 124 milliards de dollars? (On ne sait pas encore vraiment.) Est-ce qu'un accord prénuptial a été passé? (TMZ affirme que non, mais le New York Times dit qu'«il y en aurait un».) Que va-t-il se passer pour leur fondation, dont la dotation a atteint les 50 milliards? (On s'attend à ce qu'ils continuent de la diriger ensemble.) Le plus important: Melinda est-elle prête à passer un été post-Covid chaud bouillant?

C'est vraiment au sujet de Melinda que tout le monde s'interroge. Un divorce ne fait pas automatiquement de Bill un goujat à la Bezos et la fin d'un mariage ne représente pas un échec personnel. (Il en a déjà pas mal à son actif.) Mais il semblerait que Melinda Gates soit déjà en train de devenir une héroïne féministe populaire, malgré la contradiction inhérente à son statut de milliardaire. Après l'annonce du divorce, les blagues ont fusé sur comment Melinda a bien choisi son moment pour se séparer: elle et Mackenzie Scott pourraient passer ensemble un été chaud entre filles.

Ou alors, elle pourraient œuvrer pour combattre le réchauffement climatique. (Et pourquoi pas les deux?) Melinda se serait-elle inspirée de la nouvelle série Made for Love, qui raconte l'histoire d'une femme qui décide de s'échapper d'un mariage étouffant et quitte son mari, un milliardaire de la technologie?

N'est-ce qu'une question de temps avant que Melinda ne soit photographiée en compagnie de l'homme le plus populaire d'Hollywood actuellement, Pete Davidson? (Non, non, il est trop occupé avec une certaine actrice nouvellement célibataire.)

Avant cette semaine, Melinda Gates n'a pas eu d'impact particulièrement important sur la culture pop: on la voyait surtout comme la femme qui possède la moitié de la fondation. Quand j'étais plus jeune, je me rappelle avoir pensé: «C'est bien qu'il ait laissé son nom y figurer aussi.» (D'ailleurs, dans leur annonce de divorce, ils ont inversé l'ordre de leurs noms et ont signé «Melinda Gates et Bill Gates».)

Une romance secrète

Leur histoire regorge de détails tout aussi gênants –ou peut-être, à leur manière, admirables: comme les anciens Bezos, Bill et Melinda se sont rencontrés au travail. Dans leur cas, c'était à Microsoft en 1987, alors qu'elle était tout juste diplômée de l'université et que lui était le PDG de la boîte, une situation qui susciterait probablement plus de critiques aujourd'hui qu'à l'époque. Mais avec une licence en informatique et un master en administration des affaires, Melinda n'avait rien d'une femme trophée. Et à côté de ça, Bill n'était pas son premier petit ami célèbre: à Duke [université américaine, ndlr] Melinda a fréquenté l'héritier de l'empereur du chewing-gum William Wrigley Jr., selon le Seattle Times.

La première fois que Bill a proposé un rendez-vous à Melinda, elle a décliné son invitation: elle n'a pas apprécié qu'il essaie de prévoir le rencard deux semaines à l'avance. Finalement, ils sont sortis ensemble peu de temps après, mais pendant quelques années leur relation n'avait rien d'officiel, et dès le début, ils ont essayé de garder leur romance secrète.

Ces deux-là ont fini par se dire oui, lors d'une cérémonie secrète à un million de dollars à Hawaï, en 1994.

Pendant ce temps, Melinda travaillait à Microsoft et se créait une bonne réputation. Avant qu'ils ne décident de se marier, Melinda a trouvé une liste des avantages et des inconvénients du mariage que Bill avait dressée sur un tableau blanc, s'est-elle souvenue en riant, dans un récent documentaire.

Au fil des années, c'est ainsi qu'on l'a découverte et dépeinte: comme une personne pleine d'humanité, qui compensait l'excentricité ringarde de son mari. Ces deux-là ont fini par se dire oui, lors d'une cérémonie secrète à un million de dollars à Hawaï, en 1994. Melinda a conservé son emploi jusqu'en 1996 (où elle utilisait son nom de jeune fille, French), quand elle a arrêté de travailler pour se consacrer à fonder une famille. Le couple a élevé trois enfants ensemble, dont le plus jeune a maintenant 18 ans et le plus âgé, 25. Comme on le sait, les enfants n'hériteront pas de la part du lion de la fortune des Gates, qui sera plutôt versée à la fondation (même si chacun d'entre eux recevra des millions).

Quel avenir pour leurs activités caritatives?

Alors que Bill s'est éloigné de Microsoft au fur et à mesure des années, ses activités caritatives ont pris de l'ampleur; mais au cours de la dernière décennie, Melinda a également assumé un rôle plus public à travers son travail dans la fondation, en militant pour les droits des femmes. En 2019, elle a publié un livre, Prendre son envol, dont elle a fait la promotion avec une intense campagne médiatique. Le livre et la promotion se sont largement inspirés des histoires du mariage des Gates, et bien sûr, certaines de ces anecdotes, qui étaient soigneusement racontées dans, par exemple, une chronique de Nicholas Kristof, sont lues un peu différemment maintenant: pendant plusieurs années, ils se sont disputés pour savoir qui devait rédiger la lettre annuelle de la fondation, chose que Bill faisait tout seul sans l'impliquer, apparemment, mais ils ont fini par trouver un terrain d'entente. Enfin à ce qu'il paraît, du moins.

Pendant plusieurs années, ils se sont disputés pour savoir qui devait rédiger la lettre annuelle de la fondation.

Déjà, les spéculations vont bon train au sujet des activités caritatives de Melinda, qui pourraient changer une fois qu'elle ne sera plus liée à Bill: «Melinda Gates pourrait se révéler être une donatrice beaucoup plus progressiste par elle-même», a déclaré une source du milieu philanthrope au New York Times. Le divorce des Gates ne doit pas nécessairement se transformer en une histoire de vengeance digne du Club des ex [film américain sorti en 1996, ndlr]. Peut-être que leur divorce se passera de manière aussi équitable qu'ils disent que leur mariage l'a été. Mais un divorce qui suivrait le modèle de Mackenzie Scott, c'est-à-dire qui impliquerait une bataille par procuration dont les bénéfices iraient aux causes progressistes, est drôle à imaginer aussi: je le jure, je ne pense vraiment pas que quiconque devrait être milliardaire… Mais bon, girl power, pas vrai? Oui, Melinda, c'est fini –écrase-le.

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