Sciences

Une théorie est-elle vraie ou fausse jusqu'à preuve du contraire?

Temps de lecture : 2 min

Depuis les théorèmes d'incomplétude de Gödel, les faits reproductibles restent vrais jusqu'à ce qu'on trouve des exceptions à la règle.

Très souvent, on ne réfute pas totalement la théorie, on la raffine. | Andrea Piacquadio via Pexels

 
Très souvent, on ne réfute pas totalement la théorie, on la raffine. | Andrea Piacquadio via Pexels  

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Si quelque chose ne peut être prouvé vrai, est-ce faux jusqu'à preuve du contraire?»

La réponse de Philippe Guglielmetti, blogueur scientifique:

Depuis les théorèmes d'incomplétude de Gödel, l'ensemble des propositions qui peuvent être prouvées vraies et l'ensemble des propositions qui peuvent être prouvées fausses ne sont plus complémentaires, et ceci dans le domaine le plus strictement logique et formel qui soit: l'arithmétique.

Ensuite on a montré que non seulement il existe des propositions indécidables, mais que presque tout est indécidable.

La réfutabilité

La science fonctionne en fait dans l'autre sens: on considère comme «vrais» des faits reproductibles comme «si je lâche un caillou, il tombe».

Puis on découvre des faits qui réfutent cette «vérité» comme «sauf si c'est une pierre ponce dans l'eau» ou «sauf si c'est dans un satellite en apesanteur», et à chaque fois on se dit qu'il faut distinguer les faits des lois, modèles et théories qu'on en tire comme la poussée d'Archimède, la gravitation de Newton et on en est, avec la relativité, à «c'est le sol qui accélère vers la pierre dans l'espace-temps» (si, si …).

La poussée d'Archimède stipule que trois solides de densités différentes peuvent subir une poussée d'Archimède inférieure, égale ou supérieure à leur poids. | Marc Lagrange via Wikimedia

Donc oui, la réfutabilité qu'on peut résumer par «jusqu'à preuve du contraire…» est une caractéristique fondamentale d'un énoncé scientifique.

L'intervalle de confiance

Mais ça ne veut pas dire qu'on ait des doutes, ni même le droit d'avoir des doutes lorsqu'une théorie décrit correctement des multitudes de faits depuis des décennies voire un siècle. On a le droit d'avoir des doutes si on a des faits (reproductibles, ou au moins vérifiables…) qui semblent incohérents, pas avant. Très souvent on ne réfute pas totalement la théorie, on la raffine.

Pour les sciences moins dures comme la biologie, c'est plus compliqué parce que les faits sont statistiques: on est à 95% sûr que tel vaccin protège entre 78% et 92% de l'infection s'il est administré 12 jours +/- 3 jours avant l'infection...

La marge d'erreur est quantifiable, mais il faut de grandes expériences très délicates et coûteuses pour réfuter de telles affirmations. Là encore, le plus souvent, les expérience supplémentaires permettent de raffiner les connaissances, en réduisant ou en augmentant l'intervalle de confiance dans les résultats.

Formulation de l'intervalle de confiance autour d'une moyenne observée x avec un écart-type observé s sur un échantillon de taille n. | via Wikipédia

Cela fait un certain temps que la science n'invoque plus la notion de vérité. Il n'y a plus que de vieux philosophes qui y croient. La science fournit des modèles et théories qui décrivent la réalité avec un bon niveau de confiance, parce que c'est le mieux que l'on puisse faire.

Jusqu'à preuve du contraire.

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