Santé

Notre système immunitaire face à une année de confinement

Temps de lecture : 3 min

Ce que la théorie de l'hypothèse hygiéniste peut nous apprendre.

«Tous les autres exemples dont nous disposons dans l’histoire indiquent des conséquences inattendues de cette pandémie.» | Kelly Sikkema via Unsplash 
«Tous les autres exemples dont nous disposons dans l’histoire indiquent des conséquences inattendues de cette pandémie.» | Kelly Sikkema via Unsplash 

Depuis mars 2020, vous n’avez pas été malade, même pas votre petit rhume habituel au moment du changement de saison. C’est un des rares effets bénéfiques de cette pandémie, la propagation des autres maladies a reculé avec le confinement, le port du masque et le lavage des mains plus fréquent.

Pourtant, ce manque d’exposition aux autres infections pourrait devenir dangereux puisque notre système immunitaire apprend à réagir en fonction des attaques qu’il reçoit. Il est possible, peut-on lire dans le magazine Wired, que l’un des effets à long terme de la pandémie soit une augmentation des allergies et des maladies comme l'eczéma et l’asthme, en particulier chez les enfants qui ont grandi pendant le Covid.

Plusieurs scientifiques ont réuni leurs suppositions dans un long article publié par le PNAS, un magazine scientifique américain. Les chercheurs et chercheuses se basent sur la théorie de l'hypothèse hygiéniste selon laquelle la petite enfance serait la période la plus importante pour entraîner son corps à réagir aux microbes et que la réduction de l’exposition en bas âge aux infections et microbes entraînerait une diminution de la maturation du système immunitaire et donc, une augmentation des allergies, des maladies auto-immunes et des maladies inflammatoires.

Selon le microbiologiste Brett Finlay de l’université de Colombie-Britannique , co-auteur de l'article: «Tous les autres exemples dont nous disposons dans l’histoire indiquent des conséquences inattendues de cette pandémie.» Pour lui, le risque le plus probable est que ces enfants développent davantage d’obésité et d’asthme. Il explique que, par exemple, les enfants nés de césarienne qui ne sont pas exposés aux microbes vaginaux d’une naissance standard ont 30% plus de risques de devenir obèse ou de développer de l’asthme.

Hypothèse hygiéniste

Il y a eu plusieurs versions de l'hypothèse hygiéniste au cours de ces trente dernières années. Tout a commencé avec un constat: celui de l'augmentation des allergies dans les pays industrialisés et plus particulièrement chez les jeunes peu exposés à la terre. Dans les années 90, de nombreuses études observationnelles ont avancé qu’une enfance dans un environnement moins moderne, avec des activités en extérieur, des animaux, etc. était la recette pour devenir un adulte en bonne santé.

Certains, estimant qu'il était nécessaire d'enseigner la propreté aux enfants, trouvaient la théorie mal-interprétée. Dans les années 2000, une nouvelle version émerge, formulée par Graham Rook. Il estime que la source des allergies n'est pas le manque d'infections, mais plutôt le manque de contact avec des organismes et bactéries qui accompagnent les humains depuis des millénaires. C'est la théorie des «vieux amis» qui suggère que l'exposition à ces organismes a permis à notre système immunitaire d'apprendre à faire la différence entre les agents pathogènes et d'inoffensifs compagnons de voyage.

Enfin, une dernière version a émergé dans les années 2010 indiquant cette fois-ci que le microbiote humain s’est appauvri en raison de l'impact des antibiotiques, des antiseptiques et des mauvais régimes alimentaires et que cela le rendait moins protecteur.

Retard sur l'acquis

On sait aujourd'hui que l’épidémie de grippe a été très faible en 2020. De manière générale et avec les données dont nous disposons, de nombreuses épidémies ont été retardées ou très faibles par rapport aux chiffres habituels, en particulier pour les maladies respiratoires infantiles.

Notre système immunitaire est divisé en deux parties: une innée et une acquise et c’est sur la seconde que les enfants prendraient du retard avec la pandémie. Selon les auteurs de l'article publié dans le PNSA, les enfants seraient face à trois scénarios: celui de perdre une exposition aux microbes, celui de développer certaines maladies hors-saison ou celui de développer certaines maladies trop tard. Mais, ces hypothèses ne pourront pas être vérifiées avant plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années.

Pour les auteurs, les enfants ne sont pas les seuls à risquer des conséquences inattendues sur le long terme. Notre utilisation de gel hydroalcoolique excessive pourrait nous priver de «bons microbes». De même pour les personnes âgées en maison de retraite qui n'ont quasiment plus de contacts avec l'extérieur sans gestes barrières et qui pourraient avoir fragilisé leur système immunitaire.

Point positif, la prescription et la prise d'antibiotiques a diminué depuis mars 2020, ce qui pourrait avoir l’heureux effet de réduire la résistance à ces derniers, responsable de milliers de morts chaque année.

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