Égalités

Du racisme derrière les données de l’industrie pornographique

Temps de lecture : 2 min

Malgré quelques progrès, les personnes non-blanches de l’industrie pornographique restent confinées à un système rigide et daté de classification.

42 catégories pour les personnes non-blanches, 4 pour les personnes blanches. | Photo d'illustration de Womanizer WOW Tech via Unplash 
42 catégories pour les personnes non-blanches, 4 pour les personnes blanches. | Photo d'illustration de Womanizer WOW Tech via Unplash 

Noelle Perdue, autrice spécialisée dans l’histoire du porno, raconte comment, en 1972, Johnnie Keyes, l’un des premiers acteurs noirs à apparaître dans un film pornographique grand public fut immédiatement qualifié d’«étalon africain». Comme sa partenaire était blanche, le film fut étiqueté «interracial».

Le développement d’internet à la fin du XXème siècle permit au porno d’augmenter ses productions et d’élargir sa diffusion. Pour faciliter la navigation des collections de vidéos sur internet, il fallut s’en remettre aux métadonnées et au référencement. Très vite, il fut important de classer les vidéos en catégories avec des étiquettes diverses «MILF», «fantasy», «romantique», etc. Une logique qu'appliquent encore aujourd'hui tous les médias numériques et sites internets pour remonter plus facilement dans les moteurs de recherche.

Ainsi, explique Noelle Perdue, «d’une certaine façon, la transition numérique a permis à des acteurs marginalisés de trouver une audience sur mesure, cependant elle a aussi perpétué tous les préjugés racistes de l’industrie pornographique». La catégorisation à outrance des sites pornographiques ne permet pas aux personnes racisées de sortir des cases qu’on leur a assignées.

4 VS 42

Il y a finalement eu peu d’évolution depuis le porno dit «interracial» de 1972 si ce n’est que les étiquettes pour parler de la couleur de peau des acteurs se sont multipliées, Noelle Perdue en référence 42 sur le site xhamster contre 4 pour parler des personnes blanches et ce même s’il y a plus d’acteurs blancs.

Le dernier rapport statistique de Pornhub indique que 8 des 25 recherches les plus populaires sur le site indiquent une préférence éthnique pour les personnes non-blanches. En revanche, aucune des recherches populaires ne précise le mot «blanc».

Et malgré cette popularité des acteurs et actrices racisées qui s'apparente souvent à de l’exotisation, ils et elles n’en bénéficient pas réellement. En premier lieu parce que les personnes qui inscrivent les titres et légendes des vidéos sur les sites pornographiques notent beaucoup plus la couleur de peau non blanche des acteurs que leur nom. Cela peut expliquer pourquoi, en 2019, seul une des vingt stars du porno les plus recherchées sur Pornhub n’était pas blanche. Le problème est que, sur un site comme Pornhub, la popularité des acteurs est étudiée et récompensée, or les internautes ne peuvent chercher à revoir leur acteur ou actrice préférée s’ils n’en connaissent pas le nom.

La plupart des sites pornographiques n’ont pas souhaité répondre aux interrogations de Noelle Perdue. Selon l’autrice, il est tout à fait possible de changer la classification des sites, puisqu'en décembre 2020, au moment des révélations du New-York Times sur l’existence de milliers de contenus pédo-pornographiques sur Pornhub, il ne fallut que quelques jours au site pour faire le ménage de tous ces contenus.

Newsletters

L'invisibilisation des femmes de plus de 50 ans, un signe éclatant de la misogynie de notre société

L'invisibilisation des femmes de plus de 50 ans, un signe éclatant de la misogynie de notre société

Où sont les vieilles? Comment apprivoiser le vieillissement si mon corps à venir n'existe nulle part?

Remplacer le mot «femme» par «personne qui a ses règles» est-il vraiment inclusif?

Remplacer le mot «femme» par «personne qui a ses règles» est-il vraiment inclusif?

Aux États-Unis, l'emploi du mot «femme» est de plus en plus controversé. Mais suivre la logique de certains activistes s'avère périlleux.

Les candidates de télé-réalité subissent plus de cyberharcèlement que leurs homologues masculins

Les candidates de télé-réalité subissent plus de cyberharcèlement que leurs homologues masculins

Les trolls en ligne qualifient les femmes de sournoises, mentalement instables, diaboliques, ennuyeuses ou en quête d'attention.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio