Politique / Monde

Le terrible manque de discernement de Joe Biden face aux crises latino-américaines

Temps de lecture : 3 min

La négligence de Washington à l'égard de ses voisins du Sud pourrait bien avoir de graves conséquences.

Des demandeurs d'asile, pour la plupart originaires du Honduras, marchent en direction de la frontière américaine, le 23 mars. | John Moore / Getty Images via AFP
Des demandeurs d'asile, pour la plupart originaires du Honduras, marchent en direction de la frontière américaine, le 23 mars. | John Moore / Getty Images via AFP

Près de 34 millions de personnes vivent au Guatemala, au Salvador et au Honduras. Les problématiques de ces pays d'Amérique centrale sont énormes, celles du reste de l'Amérique latine encore plus importantes. Jusqu'à présent, Joe Biden et son équipe ont seulement aborder la grave crise migratoire causée par la vague de migrants d'Amérique centrale se réfugiant aux États-Unis.

Le président américain connaît bien la situation de l'Amérique centrale, puisqu'en 2014, le président Barack Obama l'avait chargé de gérer la crise migratoire de l'époque. Cela avait conduit Biden, alors vice-président, à mener une enquête approfondie sur la situation. À peine arrivé à la Maison-Blanche, Donald Trump avait balayé les progrès, certes maigres, réalisés à l'époque par Biden et s'était concentré sur la construction d'un mur entre le Mexique et les USA.

Aujourd'hui, Biden se retrouve confronté aux mêmes enjeux, cette fois en tant que président. Les coûts politiques du chaos frontalier sont importants pour les États-Unis, maîtriser la crise est donc une priorité pour la Maison-Blanche. Mais que fait-on du reste de l'Amérique latine et des Caraïbes? Que dit la politique des États-Unis là-dessus?

Cette négligence de Washington à l'égard de ses voisins du Sud est la norme depuis des décennies. Les problèmes des États-Unis étant toujours considérés plus graves et plus urgents que ceux de l'Amérique latine. Mais ignorer les crises latino-américaines pourrait cette fois-ci avoir de graves conséquences.

Une démocratie en péril

Le XXIe siècle n'est pas une époque heureuse pour l'Amérique latine. Les deux géants du territoire –le Brésil et le Mexique– sont dirigés par des populistes qui prennent plaisir à pratiquer la nécrophilie idéologique, prônant aveuglément des idées déjà testées qui n'ont jamais rien donné.

Alors que les partis politiques de la région s'atrophient et que les économies s'effondrent, la démocratie est en péril. Au Pérou, deux candidats abominables vont s'affronter au second tour d'élection présidentielle. En Équateur, le président élu, apparemment raisonnable, va devoir faire face à un Congrès fragmenté et corrompu, ce qui risque de rendre sa gouvernance très difficile. Le Chili, politiquement stable ces dernières décennies, ne l'est plus, et l'Argentine est toujours l'Argentine, mais en pire. Quant au Brésil, il se prépare au choc des titans populistes: Bolsonaro contre Lula. Alors que la politique échoue et que les politiciens s'insultent, l'Amérique latine, qui ne représente que 8% de la population mondiale, compte 28% des décès mondiaux liés au coronavirus.

Un accord de libre-échange entre les États-Unis et le Brésil, auquel d'autres pays pourraient se joindre, aurait un impact positif énorme.

À une autre époque, aux États-Unis, un gouvernement démocrate centriste aurait essayé de dynamiser les économies et trouvé des moyens de protéger la démocratie. Stimuler les échanges commerciaux entre l'Amérique latine et les États-Unis, par exemple, est une idée tout à fait pertinente. Aujourd'hui, elle n'est même pas évoquée, et pour cause: l'esprit anti-mondialisation qui prévaut au sein du Parti démocrate.

Brisant une tradition vieille de trois décennies, le président Biden n'a même pas réclamé au Congrès (contrôlé par son parti) le pouvoir de négocier des accords commerciaux avec d'autres pays. Un accord de libre-échange entre les États-Unis et le Brésil, auquel d'autres pays pourraient se joindre, aurait un impact positif énorme. Malheureusement, personne ne pense cela réalisable. L'équipe de Biden n'a même pas proposé de nouvelles idées concernant le Nicaragua et le Venezuela, alors que la démocratie n'existe plus dans ces deux pays.

Servir de leçon

Voilà la vérité: Washington a abandonné l'Amérique latine pendant la pandémie. Même ses éternels alliés sont obligés de négocier pour obtenir les vaccins russes et chinois. De leur côté, Moscou et Pékin profitent au maximum de l'avantage que leur confère le désintérêt des États-Unis. Le gouvernement de Biden en a été réduit à avertir ses alliés régionaux qu'adopter la technologie Huawei dans le cadre du développement de ses réseaux 5G est inacceptable. Pendant ce temps, la Chine distribue des millions de vaccins dans la région.

En Amérique latine, la démocratie est mise à rude épreuve. Des dirigeants aux tendances antidémocratiques gouvernent désormais non seulement le Brésil et le Mexique, mais aussi l'Argentine, la Bolivie et bientôt le Pérou. En Colombie, à plus d'un an de l'élection, un candidat d'extrême gauche est en tête des sondages. Les États-Unis pourraient ainsi perdre leur allié le plus fidèle.

Cette situation devrait alarmer Washington. Après tout, si l'échec de trois petits États dans l'extrême nord de l'Amérique centrale peut faire autant de dégâts à sa frontière sud, il n'est pas difficile d'imaginer ce qui pourrait arriver si la même chose se produisait dans les plus grands pays. Le cas du Venezuela, qui a déjà généré près de 6 millions de migrants, devrait servir de leçon: les grandes démocraties peuvent aussi s'effondrer et déstabiliser le reste de la région.

Une chose est sûre, cette crise en Amérique centrale mérite qu'on s'en occupe. Nous devons vaincre les forces qui poussent des familles entières à quitter leur pays ou à envoyer leurs jeunes enfants seuls dans une traversée très dangereuse. Cependant, s'attaquer à la crise centraméricaine ne doit pas se faire au détriment de l'Amérique latine.

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