France

Le Grenelle de l'environnement, c'était bien

Thomas Legrand, mis à jour le 05.05.2010 à 12 h 17

Le Grenelle de l'environnement était une méthode bien plus moderne et consensuelle de gouverner en France que l'habituel affrontement droite-gauche. Las, le naturel a repris le dessus.

Il ne faudrait pas jeter le bébé, l'eau du bain et la baignoire avec. Le Grenelle de l'environnement aura été une méthode de gouvernance assez exemplaire et relativement moderne, surtout pour un pays comme la France. Elle tranchait (avant le revirement) avec l'habituel mode de gouvernance à la française, centralisé et systématiquement conflictuel.

Généralement donc, cela se passe comme ça: le gouvernement rédige des projets de loi après avoir consulté les partenaires sociaux pour faire joli sur les perrons. Le parlement gobe tout ça en grappillant quelques amendements. Pendant la discussion de pure forme en séance, l'opposition actionne la rue si le sujet s'y prête et le vrai rapport de force se fait là. C'est le jeu du million. Un million de manifestants dans la rue, c'est le point critique et symbolique... la loi sur l'école privée en 1984, la réforme des retraites en 1995, le CPE en 2006... à chaque fois le million est passé et la réforme n'est pas passée.

Le fantasme suprême d'un gouvernement de droite consiste à réformer, malgré le million, et à obtenir ainsi la victoire dans la mère de toutes les batailles de la réforme. Dominique de Villepin avait, en son temps, péché par cet excès d'orgueil. Le fantasme suprême de la gauche consiste a contrario à dézinguer des gouvernements par la rue. Elle y arrive parfois. Une autre méthode bien de chez nous, en matière de réforme, c'est de demander aux partenaires sociaux de se mettre d'accord, de leur donner quelques mois et comme ça ne marche pas parce que la CGT et le Medef ont une culture de l'affrontement, on tranche par une loi couperet.

Ce travers est accentué par le «fait» majoritaire qui fournit au parlement des groupes disciplinés et godillots. Aucun député ne se laissera convaincre par des arguments, seulement par des rapports de forces. Rien de tout ça dans le Grenelle de l'environnement numéro 1. L'écologie était propice à l'expérimentation d'une nouvelle gouvernance puisque les thèmes traités ne sont pas naturellement ceux de la majorité et pas exactement non plus ceux de l'opposition. Tous les acteurs ont été conviés. Et le président avait plutôt joué le jeu puisque que le Grenelle I est l'aboutissement de longs mois de rencontres (pas seulement de négociations), de confrontations d'idées avec une assez grande ouverture d'esprit tournée vers l'innovation (le contraire de ce qui est mis en place pour les retraites).

Le Grenelle I fixait des objectifs clairement écologiques et écologistes et l'on ne souligne pas assez le formidable revirement idéologique que cela a représenté pour la majorité UMP qui n'était pas du tout programmée pour ça.

Pourtant, on a maintenant une désagréable impression de gâchis. La traduction législative des intentions du Grenelle est timide. Ce n'est pas une raison pour jeter le bébé, etc. et démonter toute la salle de bain! Il faut garder la méthode du Grenelle I. Si le Grenelle est finalement une déception, ce n'est pas à cause de la méthode novatrice et démocratique qui a été utilisée, c'est parce que ses objectifs et son esprit ont été trahis par l'ancienne façon de faire de la politique revenue au galop à la faveur des élections régionales de mars dernier.

La taxe carbone a été critiquée par la gauche alors qu'elle était elle-même (la taxe) par sa timidité, déjà un produit affadi du Grenelle. Et, comble de l'absurde, elle a été abandonnée pour faire plaisir à des électeurs qui ne s'étaient pas déplacés! Les écologistes, eux, ont fait un bon score et la taxe carbone est quand même enterrée. En réalité, le Grenelle est dénaturé par cet abandon. Désormais le Grenelle II ne fait que tenter de mettre la France au niveau de nos voisins en matière d'économie d'énergie, de BTP plus ou moins durable. Exit l'idée d'une croissance verte. Ce n'est pas à cause du Grenelle... c'est simplement que pour reconquérir son électorat, Nicolas Sarkozy a cru bon de déclarer que l'environnement «ça commence à bien faire».

Le Grenelle II sera voté en urgence, c'est-à-dire sans vrai débat. C'est la négation de l'esprit du Grenelle I. Le Grenelle, c'est moderne, mais la modernité, visiblement «ça commence à bien faire» aussi.

Thomas Legrand

Photo: Devant l'Assemblée nationale Jacky Naegelen / Reuters

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