Grèce: l'Europe a aggravé la crise
Une action décidée aurait coupé court à la spéculation et le coût financier et social aurait été bien moindre pour Athènes.
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Il est certes un peu tôt, mais on peut tout de même tirer un premier bilan de la crise grecque et de la façon dont l'Europe -flanquée du FMI (Fonds monétaire internationale)- a répondu. On peut dire avec certitude, comme Lorenzo Bini Smaghi, administrateur italien de la BCE, dans une tribune publiée par le Corriere della Sera, que l'Europe a répondu avec retard. Et ajouter avec Christine Lagarde que plus on attend, plus cela coûte.
Traduire: un engagement de prêter une centaine de milliards d'euros à la Grèce pris en janvier ou février aurait très certainement cassé la spéculation. Ces prêts -car il ne s'agit en aucun cas de subventions- n'auraient peut être même pas été utilisés dans leur totalité, car si l'Europe avait paru déterminée, les marchés n'auraient pas insisté, les taux d'intérêt grecs auraient baissé et Athènes aurait pu trouver des refinancements sur les marchés. Evidemment, le gouvernement grec n'aurait sans doute pas dans ces conditions pris des mesures de redressement aussi sévères. Mais cela aurait limité la récession grecque, qui verra cette année son produit national brut reculer de 4%, chiffre à comparer au -0,3% prévu en janvier, lors de l'adoption du premier plan grec.
Une action décidée envers la Grèce aurait pu en outre dissuader les marchés d'appuyer là où cela fait mal et d'attaquer, après la Grèce, les autres maillons faibles de l'Eurozone... Aujourd'hui, rien ne dit qu'ils ne tenteront pas l'aventure. Et dans ce cas, l'Europe n'aura d'autre choix que d'apporter encore son soutien aux pays attaqués. Enfin, une action plus rapide aurait pu permettre de gagner du temps: les marchés auraient eu moins d'arguments pour exiger que les états diminuent très vite leur dette publique alors que l'on sort à peine d'une crise financière qui nécessite l'utilisation des stabilisateurs automatiques.
Comment éviter un effondrement de l'activité plus grave encore si l'on taille dans les dépenses sociales en faveur des chômeurs? Or les économies développées se trouvent précisément placées en ce moment devant ce dilemme: soutenir la demande interne en aidant les ménages et les entreprises ou mener des politiques de remise en ordre budgétaire. Mieux aurait valu éviter de se trouver contraint par la mauvaise gestion d'une crise mineure -il faut rappeler que la Grèce ne représente que 2% du Pib européen...- à presser le mouvement. Aujourd'hui, les économistes sont nombreux à dire qu'il est urgent de restreindre la dépense publique, mais la crise grecque a augmenté l'inquiétude et risque de forcer les gouvernements à agir plus tôt que prévu.
Comme le dit encore Lorenzo Bini Smaghi, «Cette crise peut servir à pousser les états, pendant qu'il en est encore temps, à assainir leurs comptes publics, et l'Europe à se doter d'institutions plus efficaces».
Mais justement, sur le plan des institutions européennes, l'Union aura-t-elle encore la force de réagir et de renforcer sa cohésion? On le verra après le 9 mai, lorsque les élections clé en Allemagne seront passées. La crise grecque a démontré que les 27 pays de l'Union sont contraints à l'Union. La suite logique du plan de soutien à la Grèce serait donc de réfléchir à des mécanismes d'aide et à un renforcement de la coordination dans la zone euro. D'autant plus que, avec le plan d'aide, tous les états membres de l'euro sont désormais en charge de l'ensemble de la dette publique européenne. La tragédie grecque aura peut être alors permis à l'Union européenne de surmonter ses tentations centrifuges pour resserrer les rangs. Peut être -mais seulement peut-être - les Européens unis diront-ils un jour merci à la crise grecque...
Marie-Laure Cittanova
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Image de Une: Une bannière devant l'Acropole «Peuples d'Europe, levez-vous» Pascal Rossignol / Reuters
Mis à jour le 06/10/2010 à 16h49










































Tout le monde sait que la création de la zone euro a été un bricolage d'amateurs, où l'on a admis tout le monde, sans prévoir de clause de sortie, ni de purgatoire préalable pour les situations limites; vous dites justement que si l'Europe avait agi plus tôt, on n'aurait pas eu le FMI et ses contraintes exorbitantes, mais la Grèce aurait sans doute continué avec quelques "mesurettes", et un jour, on aurait eu de toute façon une défaillance!
alors, les "si..." n'ont jamais fait une politique et cette situation a eu le mérite de nous faire admettre que tous les pays européens avaient besoin de plus de rigueur!
la seule incertitude: est-ce que la potion FMI ne va pas tuer le patient grec?
Le tropisme nationaliste ne peut reculer que lorsque les états ne peuvent faire autrement que de s'entendre pour éviter le risque d'un effondrement général ou après une catastrophe telle qu'elle ne leur lasse aucun autre choix pour éviter sa répétition ("plus jamais ça!")
Ce qui se passe est donc nécessaire pour avancer, car, comme le savait Hegel (ou Hobbes), il faut faire l'expérience du négatif (le risque de la mort) pour poser les conditions du positif (le progrès dans l'interdépendance pacifique). La dernière guerre est trop loin derrière nous, pour ne pas laisser place à la catastrophe imminente pour vouloir avancer.
Cela ne peut étonner que ceux qui n'ont pas le sens de la dialectique historique qui de penser l'histoire en termes idéalistes et moralistes, ce qui peut être nécessaire mais jamais suffisant.