Société

Faut-il arrêter de baiser pour être heureux? Réponses avec le podcast «Vivre sans sexualité»

Temps de lecture : 3 min

Pour «LSD, la série documentaire» de France Culture, Ovidie et Tancrède Ramonet explorent l'abstinence sexuelle, voulue ou non. Une écoute qui bouscule notre vision de la sexualité.

Qui a le temps de faire l'amour encore plus de deux fois par semaine? | Morgan Lane via Unsplash
Qui a le temps de faire l'amour encore plus de deux fois par semaine? | Morgan Lane via Unsplash

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«L'autre jour je lisais un article qui disait que la moyenne nationale française c'était deux fois et demi par semaine –déjà le demi je me demande ce que ça veut dire–, je ne vois pas qui a le temps de faire ça en fait.» C'est vrai ça, qui fait l'amour encore plus de deux fois par semaine?

Dès le début de «Vivre sans sexualité», série en quatre épisodes produite pour LSD, la série documentaire sur France Culture, la documentariste féministe Ovidie met les pieds dans le plat: les injonctions à la sexualité, elle n'en peut plus. Après tout, a-t-on vraiment besoin de baiser, se demande-t-elle en conversant avec le réalisateur et chanteur Tancrède Ramonet.

«Dans la pyramide de Maslow, qui définit les besoins humains, la sexualité apparaît comme l'un des besoins fondamentaux de l'espèce humaine, au même titre que l'alimentation, la respiration ou le sommeil. Donc vivre sans sexe c'est pas évident, ça peut avoir des effets, ça peut être hyper dangereux!», lui répond Tancrède Ramonet, effrayé par le «syndrome des couilles bleues» dont il n'a pourtant jamais fait l'expérience. Qu'à cela ne tienne, les deux comparses se lancent un défi: arrêter le sexe le temps que durera leur enquête sur l'abstinence sexuelle, comme une sorte «d'observation participante» de leur objet d'étude.

Les effets de l'abstinence

Quoi de mieux pour des débutants de l'abstinence que de se tourner vers des expert·es pour mieux apréhender leur expérimentation? Après avoir évacué les idées fausses selon lesquelles le sexe serait nécessaire au bien-être de l'être humain et que le corps (notamment masculin) aurait besoin de sexe pour une question d'«hygiène», Tancrède Ramonet et Ovidie interrogent des personnes qui sont abstinentes, par choix ou non, pour recueillir leurs expériences.

«Je me suis déjà senti sale plusieurs fois en baisant trop peu», confie le poète François Nombret, en pleine traversée du désert sexuel depuis six ans.

Pas simple de définir ce qu'est l'abstinence lorsque l'on n'investit pas le terme de la même manière.

De son côté, la journaliste Sophie Fontanel se dit «assez heureuse» de ne presque pas avoir de rapports sexuels. Simple différence de tempérament ou les hommes ont-ils plus de besoins sexuels que les femmes?

«Ça dépend de ce qu'on appelle “sexualité”», répond Ovidie. Pour l'ancienne activiste féministe pro-sexe qui a exercé plusieurs activités au sein de l'industrie pornographique dans les années 2000, le terme évoque davantage le toucher, les caresses et la tendresse. Pour Tancrède Ramonet, homme de 46 ans qui craint les troubles de l'érection qui pourraient survenir avec l'âge, la sexualité est surtout synonyme de performance, où il faut à tout prix bien bander et éjaculer. Pas simple de définir ce qu'est l'abstinence lorsque l'on n'investit pas le terme de la même manière.

Sortir de la sexualité ou la réinventer?

«Une femme, pour se préparer à avoir un rapport sexuel, doit limite poser un RTT: il faut s'épiler, se refaire les racines, mettre de la lingerie à 200 balles, se coiffer, se maquiller... dit Ovidie dans le dernier épisode de la série. Tout ça pour quoi? Pour qu'au bout de cinq minutes le mec te dise qu'il ne bande plus, ou pour qu'il te baise mal.» À quoi bon, en effet, continer à reproduire une sexualité érotisante et pressurisante tant pour les femmes que pour les hommes?

L'autrice et illustratrice Diglee, avec laquelle Ovidie a collaboré à l'occasion de deux bouquins passionnants, Libres! et Baiser après #MeToo, a fait le choix de «faire une pause» dans sa sexualité pour la réinventer. «Ne plus avoir besoin de son désir pour exister, ne plus avoir besoin de cette sexualité pour avoir l'impression que notre couple va bien, ça me donne une liberté immense, témoigne-t-elle. Je me sens beaucoup plus libre. Je n'ai plus cette chape de plomb sur les épaules de quotas de sexualité.»

Ces témoignages permettent d'apposer un regard plus doux et politique sur un changement de paradigme relatif à la sexualité.

D'autres invitent l'auditeur à changer de regard sur la pénétration, comme l'auteur Martin Page, ou carrément à cesser de pratiquer une sexualité hétéro, comme l'art-thérapeute et fondatrice du festival Des sexes et des femmes sur le thème «Sortir de l'hétérosexualité» Juliet Drouar. Mis bout à bout, ces différents témoignages permettent d'apposer un regard plus doux et politique sur l'absence de vie sexuelle, ou en tout cas sur un changement de paradigme relatif à la sexualité.

Comme toujours dans LSD, la série documentaire, ces quatre épisodes joliment réalisés par Séverine Cassar brossent un portrait large du sujet, alternant ressources historiques et scienfiques sur l'abstinence et vision politique de l'asexualité. Riche de la variété de ses intervenants, concernés ou non par la sortie de la vie sexuelle, «Vivre sans sexualité» est une invitation à cesser de reproduire une sexualité hétéronormée qui, à y regarder de plus près, ne semble épanouir personne. Et pourquoi pas, à faire la paix avec l'idée d'une vie sans sexe.

«Vivre sans sexualité» d'Ovidie et Tancrède Ramonet, réalisée par Séverine Cassar est disponible à l'écoute sur le site de France culture et sur l'application de Radio France.

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