Culture

«Eloïse improvise», un podcast qui tire le portrait de la jeunesse rurale

Temps de lecture : 2 min

Dans cette série documentaire toujours en diffusion, Sarah-Lou Lepers tend le micro à des élèves de quatrième en plein tourbillon de l'adolescence, entre changements hormonaux et choix de vie.

Eloïse improvise explore à la fois l'adolescence et la vie à la campagne. | Priscilla Du Preez via Unsplash
Eloïse improvise explore à la fois l'adolescence et la vie à la campagne. | Priscilla Du Preez via Unsplash

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Bienvenue au Pouzin en Ardèche, quelque part entre Valence et Montélimar, 2.800 âmes et «pas grand-chose à faire» à part traîner près du Rhône et aller à Intermarché. Pour se rendre au McDo, il faut prendre le bus ou le scooter. Il est tellement loin qu'il faut réchauffer son repas en rentrant chez soi.

C'est là que vit Eloïse, 13 ans, élève au collège du Pouzin. Depuis quelques mois, la jeune fille à la voix grave et au léger accent ardéchois participe à un cours de théâtre d'improvisation organisé par sa professeure et encadré par la comédienne improvisatrice Elsa Poty. L'occasion de se lâcher, de se découvrir et d'évoquer des sujets pas souvent abordés à l'école, comme sa vision de la vie à la campagne ou du monde du travail.

Pendant l'année scolaire 2019-2020, la journaliste Sarah-Lou Lepers, déjà autrice de plusieurs épisodes de Transfert, a suivi Eloïse et ses camarades du groupe d'improvisation. Accompagnée à la production par Elephant Doc –plus habitué aux documentaires télé qu'aux podcasts– la journaliste livre un documentaire singulier en sept épisodes, intitulé Eloïse improvise et toujours en diffusion.

Entre deux eaux

Pour «Elo sans h» et ses camarades, l'année de quatrième est un carrefour. La voix qui mue ou les seins qui poussent, le désir qui s'éveille, l'échéance de l'orientation professionnelle qui approche dangereusement et surtout, le concours de théâtre d'improvisation qui doit avoir lieu à la fin de l'année. Sur scène comme dans la vie, chacun·e improvise et tente de trouver sa juste place dans le microcosme du collège.

En cours d'impro ou en discutant avec son meilleur ami Titouan, Eloïse fend la carapace de jeune fille sûre d'elle au caractère bien trempé. Au fil des épisodes se dessine le portrait d'une Eloïse plus sensible et rêveuse qu'elle n'aimerait le faire paraître, une ado qui fantasme sa vie d'adulte tout en vivant pleinement son adolescence remplie d'incertitudes et de questionnements sur son identité.

Premières bières en soirée, éducation sexuelle grâce aux séries Netflix, échanges sur Snapchat en douce, premier couple, envie d'écouter du Jul à fond dans sa chambre, de sortir tard avec ses amis ou d'avoir un nouveau portable... Quel plaisir de découvrir le quotidien d'une ado d'aujourd'hui, loin des clichés des séries américaines.

Portrait d'ado

Un peu mou au démarrage, ce podcast parvient malgré tout à prendre de l'ampleur au fur et à mesure que la jeune fille se confie à la journaliste. Peut-être aurait-on aimé en entendre davantage, vivre pleinement le chamboulement d'une année scolaire stoppée net par le premier confinement ou tout simplement en savoir plus sur la vie d'une adolescente à la campagne: seulement 7x8 minutes pour tout connaître d'Eloïse, c'est frustrant, mais il faudra s'en contenter.

Il est malgré tout agréable d'écouter ce documentaire qui entrelace habilement séances d'improvisation et interviews plus intimistes pour faire surgir la parole d'une jeunesse rurale trop absente des médias traditionnels.

Moins urbain et analytique que Entre et Mes 14 ans, les deux podcasts sur des adolescentes que l'on pourrait déjà prendre comme références du genre, Eloïse improvise explore à la fois l'adolescence et la vie à la campagne, sans jamais vraiment trancher sur le sujet du documentaire. On espère qu'il inspirera bien des créateurs de podcasts et donnera naissance à d'autres portraits de la jeunesse d'aujourd'hui, plus longs cette fois.

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