Culture

Les films à voir sur Amazon Prime Video pendant le (nouveau) confinement

Temps de lecture : 10 min

Ça commence par deux jours sans fin.

«Framing Britney Spears» de Samantha Stark | Capture d'écran via YouTube
«Framing Britney Spears» de Samantha Stark | Capture d'écran via YouTube

Peu à peu, Prime Video gagne en envergure, proposant des films originaux stimulants. Certains des titres cités dans la liste ci-dessous sont clairement au-dessus de la moyenne de ce que propose par exemple Netflix depuis plusieurs mois. Amazon manque peut-être de grands noms, mais son catalogue ciné, entre pépites indépendantes et plaisirs coupables dignes de l'époque vidéoclub, a de quoi occuper plus d'un samedi soir confiné. Voici six films à voir... et deux autres qu'il serait sans doute plus sage d'éviter, à moins d'avoir déjà visionné toutes les séries et tous les films de la création.

«Palm Springs», un mariage sans fin

Un jour sans fin s'y essayait un peu, Amour et Amnésie et When we first met y plongeaient la tête la première: combiner boucle temporelle et comédie romantique, c'est risquer de se prendre les pieds dans le tapis, d'abord en poussant ses personnages à se muer en vils manipulateurs, ensuite parce qu'utiliser un tel dispositif scénaristique pour n'accoucher que d'un vague suspense amoureux est quasiment criminel.

En situant son action lors d'une journée de noces, Palm Springs ne semblait pas particulièrement se démarquer, puisque le film Netflix Naked, avec Marlon Wayans, utilisait le même postulat. Heureusement, le film réalisé par Max Barbakow est très largement supérieur à son vague concurrent.

Andy Samberg y incarne un type bloqué à la date du 9 novembre, le jour d'un mariage auquel il est invité. Il finit par y entraîner avec lui la sœur de la mariée, jouée par Cristin Milioti (lauréate d'un Tony Award pour l'adaptation du film Once à Broadway), ce qui donne lieu à une série de situations décalées et réjouissantes, la jeune femme découvrant son infortune aux côtés de celui qui est déjà rompu aux règles de ce jour sans fin.

L'ensemble est traversé par une bonne humeur (presque) permanente et par une misanthropie galopante qui met réellement du baume au cœur. Les stratégies employées pour sortir de ce supplice sont exposées avec une finesse qui permet au film d'être aussi fun que métaphysique, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Le duo d'interprètes achève d'emporter le morceau, pour un résultat séduisant, auréolé de deux nominations aux Golden Globes (meilleur film et meilleur acteur).

«The map of tiny perfect things», jolie boucle

Les boucles temporelles ont décidément le vent en poupe sur Prime Video, puisqu'après le mariage infini de Palm Springs, The map of tiny perfect things s'inspire lui aussi d'Un jour sans fin (nommément cité dès les premières minutes). Avec un objectif bien différent: le film réalisé par Ian Samuels entend en effet poétiser la chose à travers la rencontre de deux ados croyant être les seuls à revivre la même journée en boucle... jusqu'à se rencontrer au sein de l'une d'elles.

La suite aurait pu virer comédie romantique, mais le film est bien plus mignon et malin que cela: pour remplir son étrange existence, le tandem joué par Kathryn Newton et Kyle Allen entreprend de cartographier tous les instants parfaits, inattendus ou inédits se déroulant au sein de sa journée-prison. Et c'est joli.

Malin, The map of tiny perfect things a le bon goût de nous épargner la fameuse première demi-heure à base de personnage principal qui réalise peu à peu dans quelle bizarrerie temporelle il se trouve. Le film démarre quand les choses sont bien établies, ce qui lui permet de redistribuer les cartes et de se démarquer du tout venant.

Car l'objectif principal n'est pas de sortir à tout prix de cette journée infinie, mais bel et bien d'en faire quelque chose de beau, une odyssée sans cesse renouvelée, de quoi compenser la tristesse. Il semble que le double programme avec Palm Springs s'impose avec énormément de naturel.

«Framing Britney Spears», sous tutelle

C'était le documentaire événement que tout le monde voulait voir depuis des mois: une enquête autour de la douteuse mise sous tutelle de Britney Spears par son père Jamie. Estampillé New York Times, ce film réalisé par Samantha Stark à partir du travail de la journaliste Liz Day est un peu frustrant, mais a au moins le mérite de revenir sur les grandes étapes de la triste vie de la chanteuse.

De l'affaire de la tutelle, on n'apprendra au final pas grand-chose, la plupart des protagonistes du dossier ayant refusé de s'exprimer dans le cadre du documentaire. Framing Britney Spears a en revanche d'autres atouts, dont celui de revenir sur la façon dont les médias, plutôt que de relayer les informations liées à la chanteuse, ont été de véritables acteurs des rebondissements les plus tragiques de sa vie.

Qu'elle défonce la voiture d'un paparazzi à coups de parapluie ou qu'elle décide de se raser la tête dans un geste n'ayant rien à voir avec la folie alors évoquée par la presse, la chanteuse de Toxic est sans cesse pointée du doigt, désignée comme coupable ou qualifiée d'irresponsable, dans l'impossibilité de vivre sa vie de femme et de mère avec un minimum de sérénité. La façon dont les médias ont poussé Britney Spears jusqu'au bord du précipice est ici montrée de façon édifiante.

L'autre grand sujet du film, c'est la façon dont les hommes se sont emparés de l'existence de la chanteuse, sexualisée dès le plus jeune âge avant d'être traitée avec une totale inhumanité par les différents hommes de sa vie, de Kevin Federline à Jamie Spears. Reste un manque immense, créé par l'absence criante de témoins-clé de l'affaire. Framing Britney Spears n'est quasiment qu'une accumulation d'images d'archives, ce qui suffit à faire film mais laisse cependant sur sa faim.

«Bliss», dans la matrice

C'est un film très étrange, qui commence comme un drame social sur la solitude d'un employé moyen broyé par le monde du travail. Furtivement, Bliss semble bifurquer ensuite vers une comédie romantique fantaisiste, l'anti-héros joué par Owen Wilson faisant la rencontre d'une clocharde céleste interprétée par Salma Hayek (joli sens du casting).

Celle-ci tente de le persuader que la vie n'est qu'une simulation, que certaines personnes sont réelles mais que toutes les autres sont totalement virtuelles... et c'est ce sujet qui va devenir le cœur même du film, ce qui n'étonne guère lorsqu'on constate que c'est Mike Cahill qui officie au scénario et derrière la caméra.

Le réalisateur s'est fait connaître avec Another Earth et I Origins, films de science-fiction mâtinés de réflexions sur l'existence, l'écologie, l'éthique. Bliss n'échappe pas à la règle: ce troisième long-métrage fait de notre monde une gigantesque et atroce simulation qui ne sert qu'à prendre conscience de la beauté de la véritable existence. L'ensemble est aussi poétique que déstabilisant.

Il y a plus d'une similitude avec l'univers créé par les sœurs Wachowski pour Matrix, mais Mike Cahill n'est visiblement pas adepte des grands barnums, se limitant à une poignée d'effets visuels pour tenter d'en dire le maximum. Perturbant jusqu'au bout, Bliss souffre sans doute de son titre, qui évoque la béatitude et la félicité alors que le film n'est au contraire qu'un amas d'inquiétudes.

«Hérésie», de l'art ou du cochon

Claes Bang rejouera-t-il un jour des personnages sans aucun rapport avec le monde de l'art? En 2019, celui qui fut le conservateur du musée d'art contemporain au centre de The Square (la Palme d'Or 2017 de Ruben Östlund) a tourné coup sur coup dans Le dernier Vermeer (fraîchement sorti en VOD) avec Guy Pearce, ainsi que dans The Burnt Orange Heresy, dont le titre a été brutalement raboté pour la sortie française sur Prime Video.

Le ténébreux acteur danois, sosie de Jeremy Northam, incarne cette fois un critique d'art sans scrupule engagé par un collectionneur (joué par... Mick Jagger) pour dérober une toile signée Jerome Debney (Donald Sutherland), peintre à la cote d'autant plus élevée qu'il a volontairement disparu des radars depuis plusieurs décennies. Attention: ceci n'est pas un film de cambriole.

Hérésie se présente comme un thriller psychologique agrémenté d'une critique rageuse du monde de l'art, de ses hypocrisies et de sa digestion par la société capitaliste. Car Debney cache un secret assez étonnant –qu'on se gardera bien de divulguer ici– qui rebat complètement les cartes, contraignant le héros et son acolyte féminine (Elizabeth Debicki, la Diana de The Crown) à se poser des questions inédites.

Prenant bien qu'assez peu crédible, Hérésie ne révolutionne pas le genre, mais ce roman de gare tiré à quatre épingles (qui est en fait l'adaptation d'un roman datant de 1971, et signé Charles Willeford) est néanmoins plus stimulant que la moyenne des films qui entendent critiquer le monde de l'art. Le film de Giuseppe Capotondi (L'heure du crime) a au moins le mérite d'aller plus loin que le fameux «mon gamin de 3 ans aurait pu faire ce truc»...

«Mon oncle Frank», chacun sa route

Il faut s'y faire: Alan Ball a beau être le créateur d'une immensité nommée Six feet under, il n'est pas le roi Midas que l'on aimerait qu'il soit. Son deuxième long-métrage en tant que réalisateur (après Towelhead en 2007) manque sérieusement de singularité, même si ce qu'il dit de la difficulté (ou de l'impossibilité) de faire son coming out en milieu homophobe n'est pas tout à fait anodin.

Se déroulant en 1973, Uncle Frank suit Beth, une ado montée à New York pour étudier dans l'université où son oncle Frank est un professeur de littérature réputé. Frank ne tarde pas à lui dévoiler que contrairement à ce qu'il a toujours fait croire, il est homosexuel, et que son colocataire Wally est en réalité son compagnon de longue date. La suite consiste en un long road trip pour regagner la Caroline du Sud, où le patriarche de leur famille vient de mourir.

Bien que de facture classique, Uncle Frank rebondit intelligemment à chaque fois qu'il change de lieu, la partie road movie ouvrant sur une dernière demi-heure au cours de laquelle Frank (impeccable Paul Bettany) tente de dire enfin à ses proches qui il est et qui il aime. De bonnes surprises en déconvenues, le cœur ne cesse de se serrer.

Le film évite de justesse un mépris de classe qui lui tendait les bras, la tentation d'opposer les citadins tolérants aux ruraux homophobes étant parfois grande. Mais Ball a heureusement plus d'une nuance à apporter, expliquant en toile de fond pourquoi certains milieux semblent plus ouverts que d'autres. L'ensemble est d'une intelligence indéniable.

«Un prince à New York 2», la triste loi de Murphy

Eddie Murphy n'aurait sans doute jamais dû sortir des années 1980, décennie au cours de laquelle il a notamment tourné dans 48 heures, Un fauteuil pour deux, Le Flic de Beverly Hills et sa suite, mais aussi Un prince à New York. Dans ce film de John Landis (qui fut un réalisateur phare des eighties avant de rentrer dans le rang, lui aussi), il incarnait le prince d'un royaume africain fictif qui décidait d'aller chercher l'amour à New York.

Un prince à New York n'était pas le meilleur film de Landis, ni le meilleur de Murphy, mais il avait à la fois du charme et de l'esprit. Aujourd'hui encore, il fonctionne, parce qu'il est pleinement intégré dans son époque (c'est d'ailleurs vérifiable sur Prime Video et sur Netflix, le film étant disponible sur les deux plateformes). Sa suite, elle, se risque à un grand écart compliqué.

Le film réalisé par Craig Brewer (qui avait aussi dirigé Murphy dans Dolemite is my name) est à cheval sur les deux époques, parce qu'il tente de faire pratiquer un humour désormais vintage à deux acteurs (Eddie Murphy et Arsenio Hall) guère conscients d'être un peu passés de mode. Le tout mis en scène de façon (trop) moderne, accentuant l'impression d'anachronisme.

Réac dès l'ouverture (la bouffe végétarienne au pilori), le film exploite un argument scénaristique faiblard (le prince Akeem retourne à New York se chercher un fils) qui sert de prétexte au déballage d'une succession de séquences too much et de guest stars inutiles. Ne reste que notre tendresse pour le personnage d'Akeem et pour Eddie Murphy, acteur que nous avons tant aimé.

«Je te veux moi non plus», peu de paillettes dans nos vies

Rappel pour celles et ceux qui n'auraient pas suivi: Inès Reg, c'est cette humoriste qui se fit connaître sur les réseaux sociaux grâce à une courte vidéo dont la réplique la plus célèbre est «C'est quand que tu vas mettre des paillettes dans ma vie, Kévin?». Le Kévin en question se nomme Kévin Debonne, monsieur Reg à la ville.

La vidéo date de l'été 2019. Il a fallu moins de deux ans à Inès et Kévin pour transformer leur notoriété en un long-métrage, Je te veux moi non plus, dont le générique n'est pas orthodoxe. On peut successivement lire «un film de Inès Reg et Kévin Debonne», puis «réalisé par Rodolphe Lauga», ce dernier (collaborateur occasionnel de Manu Payet et Guillaume Canet) ayant visiblement dû assurer le côté technique sans trop tirer la couverture à lui.

Dans une comédie romantique écrite avec Matt Alexander (scénariste de quelques-unes des pires comédies françaises de ces dernières années), Inès et Kévin jouent Nina et Dylan, respectivement avocate parisienne et barman biarrot, dont l'amitié de longue date est parasitée par un sentiment amoureux de plus en plus fort. Situations téléphonées, personnages écrits à la serpe, mise en valeur de la rivalité féminine comme valeur essentielle: le film fait fort.

Au millième degré, pourtant, Je te veux moi non plus devient quasiment addictif. La scène de pugilat entre Nina et une caissière un peu sur les nerfs, jouée par Laura Felpin, fait sans doute partie des instants de cinéma les plus surréalistes que vous aurez pu voir en cette année 2021, qui n'aura jusqu'ici pas mis beaucoup de paillettes dans nos vies. À voir avec des coups à boire (mais avec modération), et des ami·es (mais à distance), pour chasser le cafard.

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