Culture

Les films à voir sur Netflix pendant le (nouveau) confinement

Temps de lecture : 8 min

Il n'y a pas que les séries dans la vie.

Eric André dans Bad Trip de Kitao Sakurai | Capture d'écran via YouTube
Eric André dans Bad Trip de Kitao Sakurai | Capture d'écran via YouTube

Nous nous préparons encore à de longues semaines au cours desquelles les écrans ne manqueront pas de contribuer à nous maintenir à flot. Pourquoi pas grâce aux films proposés par Netflix, de qualité variable mais qui présentent au moins l'avantage d'être faciles à consommer et à digérer. En voici huit pour vous aider à animer vos soirées confinées.

«Tous mes amis sont morts», cadavres à la pelle

Cette comédie macabre venue de Pologne avait tout pour séduire les fans de la saga Destination finale et surtout du plus récent Wedding nightmare, par ses promesses de morts complètement tarabiscotées ou idiotes. Entre loi de Murphy et Darwin Awards, le film réalisé par Jan Belcl s'annonçait comme un rollercoaster des plus jouissifs.

La mayonnaise peine cependant à prendre, preuve qu'il ne suffit pas d'aligner les trépas de façon outrancière pour parvenir à captiver réellement. Tous mes amis sont morts souffre avant tout de la caractérisation faiblarde de ses personnages, le plus souvent réduits à un unique trait de caractère ou à une seule compétence.

On peut aussi choisir de passer outre le manque de finesse du trait et sauter à pieds joints dans ce condensé d'humour noir relativement décomplexé, où le sexe est filmé frontalement comme dans une bonne vieille séance de cinéma pour drive-in.

Après Nobody sleeps in the woods tonight, le jeune cinéma de genre polonais prend peu à peu ses quartiers sur Netflix. Même si les deux longs-métrages sont plombés par quelques lourdeurs dommageables, il est néanmoins appréciable que la plateforme permette de découvrir des films de genre venus de pays peu mis en avant dans ce domaine. On finira sans nul doute par tomber sur des pépites.

«Moxie», féminisme niveau intermédiaire

Un week-end à Napa, le premier film réalisé par Amy Poehler, n'avait guère convaincu, et ce malgré un casting aux petits oignons (incluant notamment Maya Rudolph, Tina Fey et elle-même). Moxie rattrape bien le coup: cette histoire d'une lycéenne qui lance anonymement un fanzine féministe est un attachant petit concentré d'empowerment.

Poehler s'y offre le rôle de la mère de l'héroïne, ancienne militante féministe ayant raccroché depuis des années, qui assiste avec étonnement à l'éclosion d'une nouvelle génération féministe, qui tente à la fois d'être plus militante et plus inclusive. Politique mais souvent fun, s'attaquant aux mâles dominants avec un mordant jubilatoire, le film réussit vraiment son coup.

On pourra reprocher à Poehler d'avoir trop mis en avant le personnage de Vivian, l'héroïne blanche du film, au détriment de certaines de ses copines racisées, dont le parcours et le tempérament auraient sans doute mérité davantage d'exposition et de visibilité. Moxie est un film appliqué, peut-être trop, qui veille prudemment à n'oublier personne, prenent le risque de ressembler à un catalogue plus qu'à un film.

Pas de quoi nous passer l'envie de mettre le film entre les mains de toutes les adolescentes, et aussi de tous les adolescents. Il pourrait bien permettre de leur mettre le pied à l'étrier et de leur donner envie de lutter, ensemble ou non, contre les ravages d'une société patriarcale.

«Des vies froissées», un rein et des larmes

C'est un mélo qui s'assume pleinement, et qui pourrait bien contribuer à vider votre réserve de larmes. Après 7. Koğuştaki Mucize en mars dernier, c'est la deuxième fois qu'un film venu de Turquie cartonne sur Netflix, se hissant parmi les longs-métrages les plus vus sans même avoir besoin de promo. Vu de France, le cinéma turc se résumait récemment aux films de Nuri Bilge Ceylan, réalisateur palmé en 2014 pour Winter Sleep mais pas franchement enclin à rassembler un large public.

Le film signé Can Ulkay raconte l'histoire de Mehmet, un brave type attendant désespérément une greffe de rein. Mehmet gère une déchetterie avec autant d'abnégation que de générosité, pratiquant la redistribution pour aider les nombreux êtres esseulés qui l'entourent.

Un jour, Mehmet trouve un enfant dans un sac. C'est le début d'une fable sociale dans laquelle les deux personnages vont tenter de chercher un peu de tendresse au milieu d'un monde cruel et violent. La mise en scène n'en fait pas trop, le scénario se tient malgré quelques envolées dispensables, et l'acteur Çağatay Ulusoy (sorte de sosie turc de Karl Urban turc) livre une prestation assez fine.

Encore une fois, on sait gré à Netflix de nous donner la possibilité de nous sortir de l'américanocentrisme cinématographique. Sur grand écran, Des vies froissées aurait sans doute eu du mal à rencontrer son public; mais sous un plaid avec des chocolats de Pâques (s'il en reste), il semble tout de suite bien plus simple de tenter l'aventure et de se laisser happer.

«Concrete Cowboy», l'ado qui murmurait à l'oreille des chevaux

On ne compte plus les films qui présentent le rapport aux chevaux comme la méthode idéale pour reconstruire des vies brisées. On a pu le constater en France avec des films comme Danse avec lui ou En équilibre, mais les États-Unis n'ont jamais été en reste, de Robert Redford (L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux) à Chloé Zhao (The Rider).

Dans Concrete Cowboy, Caleb McLaughlin (alias Lucas Sinclair dans la série Stranger Things) incarne Cole, un ado noir plus que turbulent dont la mère désemparée ne sait bientôt plus quoi faire. Elle décide alors de l'expédier chez son géniteur, interprété par Idris Elba, autant pour de débarrasser de lui que pour lui permettre de prendre un nouveau départ.

Le père en question, que Cole n'a pas vu depuis des années, habite à Philadelphie, où il est cowboy. L'occasion pour le réalisateur Ricky Staub d'effectuer une plongée dans ce monde presque surréaliste où des cavaliers évoluent entre deux barres d'immeubles... Reste que le manque de moyens (le nombre de décors est notamment très limité) et d'inventivité empêche le film de décoller réellement.

Hormis les séquences qui lui confèrent une dimension documentaire pas inintéressante, le film est un récit d'apprentissage beaucoup trop prévisible, qui ne loupe quasiment aucun passage obligé du genre. Aussi appliqués soient-ils, McLaughlin et Elba n'aident pas le film à sortir de la platitude. Concrete Cowboy donne surtout envie de revoir The Rider.

«Yes Day», laxisme et conséquences

Le pitch fait penser à celui de Yes Man, dans lequel le personnage de Jim Carrey décide un jour de répondre par l'affirmative à toutes les propositions qui lui sont faites. Le traitement, lui, est foncièrement différent: interprétée et coproduite par Jennifer Garner, cette comédie familiale ne casse pas trois pattes à un canard, se tenant bien à l'écart de toute forme de subversion.

Dans ce film signé Miguel Arteta (qui réalisa en son temps Chuck & Buck et The Good Girl, des films autrement moins lisses), ce sont les parents (Garner et Édgar Ramírez, le Carlos d'Olivier Assayas) qui décident de dire oui à toutes les demandes de leurs enfants, y compris les plus fantaisistes. On n'ira guère plus loin que les bombes à eau et les matches de paintball...

Yes Day aurait pu être une évocation douce-amère de l'épuisement parental, mais c'est au contraire un film totalement désengagé, qui met les valeurs familiales au centre de tout et qui enjoint les parents à chérir leur progéniture à tout instant. Y compris quand celle-ci utilise ses compétences en chimie pour transformer le domicile en théâtre d'une gigantesque soirée mousse.

C'est néanmoins le genre de film inoffensif dont on a peut-être besoin lorsqu'il s'agit de trouver un programme susceptible de réunir petits et grands sur le même canapé pendant une heure et demie de confinement. De ce point de vue, on trouvera difficilement candidat plus consensuel.

«Madame Claude», sac de nœuds

Quarante-quatre ans après la version signée Just Jaeckin (réalisateur d'Emmanuelle et Histoire d'O), c'est Sylvie Verheyde (Un frère, Stella) qui s'attaque à un personnage emblématique. La proxénète la plus célèbre de l'histoire de France est interprétée par une Karole Rocher absolument impeccable, qui insuffle à son rôle la gravité nécessaire.

Verheyde s'intéresse avant tout aux coulisses du business de Madame Claude, et à ses liens de plus en plus tendus avec la mafia parisienne et les hautes sphères politiques. Cette radiographie s'appuie également sur un autre personnage féminin fort, l'impressionnante Sidonie (Garance Marillier), qui entend échapper à une famille bien installée mais destructrice, et finit par devenir la favorite de l'héroïne.

Le film sonne parfois faux et reste à la surface de ses sujets, mais Madame Claude parvient cependant à restituer cette atmosphère étrange, où la légèreté d'apparat peine à dissimuler certaines angoisses, dont une partie liée aux violences masculines.

Il peut être assez intéressant de comparer la version 2021 et le millésime 1977 signé Just Jaeckin, dans lequel Françoise Fabian incarnait la tenancière. On s'y est d'ailleurs attelé pour vous.

«Bad Trip», surprise (sans) surprise

Voici un film né sous une mauvaise étoile: Bad Trip aurait dû sortir en salles en mars 2020, puis fut mis en ligne par accident sur Amazon Prime Video quelques semaines après. Vite retiré de la plateforme, il a juste eu le temps d'être piraté par les plus rapides, avant d'être finalement proposé par Netflix depuis quelques jours.

Interprété par Eric André, avant tout connu en France comme le sidekick de Jay Baruchel dans Man Seeking Woman, Bad Trip perpétue la tradition de films comme Borat ou Bad Grandpa. L'ossature scénaristique du film réalisé par Kitao Sakurai n'est qu'un prétexte pour enchaîner les séquences gaguesques tournées en caméra cachée.

Essentiellement localisé en-dessous de la ceinture, Bad Trip déploie les grands moyens un peu en vain, les situations potaches peinant généralement à décrocher les rires attendus. Si l'idée de voir deux hommes accrochés par le pénis ou d'assister au viol du héros par un gorille ne vous met pas en appétit, alors il serait plus prudent de passer votre chemin.

Dans sa dernière séquence, le film tente de se politiser via l'irruption dans une soirée huppée des trois personnages principaux (tous noirs), grimés pour l'occasion en personnes blanches. Mais la situation tourne court, à l'image d'un film qui en fait des caisses sans se trouver de véritable raison d'être.

«Les Basses Besognes», Guy Ritchie en Colombie

La comparaison est presque trop évidente, mais elle semble en fait inévitable: également connu sous le titre Dogwashers, Les Basses Besognes ressemble à s'y méprendre à un cousin colombien d'Arnaques, crimes et botanique ou The Gentlemen, deux des films réalisés par Guy Ritchie.

Il s'agit de plonger un nombre plus ou moins conséquent de mecs patibulaires dans un imbroglio sans queue ni tête, et d'observer ce qui se passe quand ceux qui réfléchissent un minimum se heurtent à ceux qui ont de la testostérone à la place des neurones. Dans le genre, le film réalisé par Carlos Moreno accomplit son office de façon relativement divertissante.

Reste que Les Basses Besognes s'enfonce dans la vieille ornière de la comédie noire bien virile, infligeant notamment des traitements calamiteux à ses personnages féminins. Le film ne cherche même pas à dissimuler sa misogynie, puisque les femmes y sont réduites à deux dimensions, esthétique ou reproductive.

Acteurs s'en donnant à coeur joie, narration et mise en scène décomplexées: le film de Moreno fonctionne le plus souvent à plein régime. La véritable question est: a-t-on encore envie, en 2021, de subir ce genre de film gorgé de male gaze alors qu'il existe mille milliards de films plus finauds sur les questions de genre, y compris du côté des polars et des comédies noires? La réponse est en chacun et chacune d'entre nous.

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