Parents & enfants

Parent angoissé, tu as survécu, tu survivras encore

Temps de lecture : 3 min

Mon meilleur mantra en matière d'éducation: «Parfois ça marche et parfois non.»

Rien ne sert de perdre son énergie à culpabiliser. | Ksenia Chernaya via Pexels

 
Rien ne sert de perdre son énergie à culpabiliser. | Ksenia Chernaya via Pexels  

Je viens en paix, les mains tendues vers ta souffrance pour t'apaiser. Je m'adresse à toi, parent angoissé par cette fermeture des écoles et des crèches. Et, peut-être, des centres de loisirs? En ce jeudi 1er avril, Jean Castex a dit qu'ils seraient fermés mais Jean-Michel Blanquer a déclaré qu'ils pourraient proposer des activités en plein air et en fonction des communes, ce qui avouons-le changera absolument tout puisqu'il y a deux semaines de vacances.

Quoiqu'il en soit, je viens te dire: «Tu as survécu, tu survivras encore.» Je veux te dire que «tout ne se passera peut-être pas hyper bien, mais tout se passera».

Apprendre de ses erreurs passées

Pour te rassurer, j'ai même des arguments. Déjà, on connaît. On sait ce qui nous attend. Donc on peut anticiper les pièges. Prenons mon modeste cas. Puisqu'il m'avait été impossible de bosser lors du premier confinement, là j'ai demandé à une copine qui habite juste à côté de chez moi et qui part à la campagne de me prêter les clés de son appart. Au moins, je pourrai m'isoler deux à trois heures par jour, pendant que le père des enfants les gère. Et rien que cette perspective m'apaise.

J'ose espérer qu'on va se mettre moins de pression aussi. Ce n'est pas grave si on ne fait pas les trois expériences ludo-scientifiques hebdomadaires suggérées par Bayard, Pandacraft ou la Cité des sciences. Ce n'est pas la course. (<– Cette phrase a été certifiée «vraie parole de daronne» par l'organisme officiel de certification des trucs que disent les parents au moins cinquante fois dans leur vie.)

Non, on n'est pas obligé de dissoudre une coquille d'œuf dans du vinaigre d'alcool ou de fabriquer du papier recyclé nous-mêmes.

Pas de culpabilité. Non, on n'est pas obligé de dissoudre une coquille d'œuf dans du vinaigre d'alcool ou de fabriquer du papier recyclé nous-mêmes. Et aussi: les écrans ne les tueront point. Ça ne va pas éteindre un à un leurs neurones.

Et puis, il n'y aura pas la pression de l'école à la maison. Ça tombe pendant les vacances. Et le lundi était férié. Donc ça fait trois jours, ou trois jours et demi selon les endroits, d'école à distance. Et si, par malheur, cela devait se prolonger, là aussi, on ne se mettra pas la tonne de pression qu'on s'était foutue la première fois. C'était n'importe quoi. Si mon enfant n'apprenait pas sa leçon de géo, j'avais l'impression que je venais de saborder au minimum toute sa scolarité, si ce n'est carrément son avenir professionnel –alors qu'il ne veut même pas être géographe. Enfin, il y a un atout dans notre manche: les enfants ont grandi. (Cet avantage ne joue évidemment pas pour les parents qui avaient un bébé d'un an et se retrouvent désormais avec un terrible two. Mais qu'ils sachent que nos pensées les accompagnent.)

Une fiche de survie

Si le besoin s'en ressent, je peux même vous faire une fiche de survie. Parce qu'il est temps d'être honnête et de vous avouer que j'ai enregistré sur mon ordi un document intitulé «Éducation» et qui est mon propre manuel de survie en cas de craquage. Un jour de détresse, je me suis créé ce document secret sur lequel j'ai recopié des citations glanées un peu partout. Il fait pas mal de pages, il y a des exemples très concrets, des «trucs et astuces», mais aussi une partie plus courte que nous nommerons «Mantra» et que j'ai imprimée. Et il y a des soirs de cataclysme où je serre fort ma feuille dans mon petit poing crispé.

Sur cette fiche, il y a quoi? Écoutez, c'est absolument ridicule, mais ça me soulage quand je la lis. Il y a des phrases comme: «Ce n'est pas un bras de fer.» «En accusant et reprochant, nous limitons sérieusement nos chances d'obtenir ce que nous voulons.» «Je suis en colère parce que je me sens impuissante.» «Un enfant qui se comporte mal est un enfant découragé.» «D'où nous vient cette folle idée que pour qu'un enfant se conduise mieux, il faut d'abord qu'il se sente dévalorisé?» «Les enfants n'apprennent pas en matière de “une fois pour toutes” mais de “maintenant, et encore, et encore”.» «Tous les sentiment sont légitimes, tous les actes ne sont pas acceptables.»

Ainsi que des règles de base: «Respecter que l'enfant est en train de faire quelque chose. Il est en train de colorier. On lui dit de faire autre chose. Il répond “non”. On n'aime pas non plus être interrompu.» «Les enfants nous écoutent mieux après avoir eu le sentiment d'être écoutés.» «Ne pas perdre son énergie à culpabiliser.» «Rappeler les règles non négociables de la maison.»

Mais surtout, y figure la remarque la plus importante de toutes en matière d'éducation, le seul vrai mantra pédagogique qui tienne: «Parfois ça marche et parfois non.» Et ce n'est pas grave.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

Newsletters

Les selles des bébés contiennent dix fois plus de microplastiques que celles des adultes

Les selles des bébés contiennent dix fois plus de microplastiques que celles des adultes

L'impact des perturbateurs endocriniens sur le développement des nouveau-nés inquiète les scientifiques.

Les enfants ne comprennent pas l'ironie

Les enfants ne comprennent pas l'ironie

Surtout avant 5 ou 6 ans. Mais on peut les aider.

Des garderies finlandaises ont fait jouer les enfants dans des petites forêts, et cela a changé leur système immunitaire

Des garderies finlandaises ont fait jouer les enfants dans des petites forêts, et cela a changé leur système immunitaire

Les résultats de cette étude s'inscrivent dans le sens de l'«hypothèse de la biodiversité».

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio