Société

La vie est un éternel reconfinement

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] En l'espace d'une année, nous avons tant été confinés, reconfinés, déconfinés que nous ne savons même plus où nous situer sur l'échelle du temps.

Nos appartements ne sont-ils pas devenus nos cercueils? | Erik McLean via Unsplash
Nos appartements ne sont-ils pas devenus nos cercueils? | Erik McLean via Unsplash

Depuis une année maintenant, le temps bégaie. Il radote même. Comme si d'une certaine manière, il n'avait plus la capacité de se réinventer. D'un plan à l'autre, de déclarations en déclarations, on jurerait entendre la même sempiternelle rengaine, les mêmes promesses, les mêmes approximations. Que ce soit en France ou ailleurs, dans tout pays qui se débat avec des problèmes d'approvisionnement en vaccins, on en est réduit à rabâcher les mêmes discours, les mêmes atermoiements, les mêmes incertitudes donnant cette étrange impression que le temps n'avance plus.

En l'espace d'une année, nous avons tant été confinés, reconfinés, déconfinés que nous ne savons même plus où nous situer sur l'échelle du temps. Sommes-nous vraiment en avril 2021 ou bien alors, sommes-nous restés prisonniers de ce mois d'avril 2020 quand nous découvrions tout déconfits les charmes très relatifs du premier confinement? À la longue, le passé est devenu notre présent, et le présent lui-même se conjugue au passé.

Collectivement, nous n'avançons plus. Nos vies se sont figées. Notre désir effréné de nous projeter dans le futur se heurte aux courbes de la pandémie qui elles aussi se répétent mois après mois comme ces ondes magnétiques dont les oscillations ne varient jamais. Ce serait peut-être une définition de l'enfer: l'abolition du futur quand présent et passé se confondent dans la même temporalité, celle de la répétition ad nauseam d'un confinement perpétuel.

Un otage privé de montre ou de calendrier finit par perdre la notion du temps au point où quand arrive l'heure de sa libération, il ne saurait affirmer en quelle année elle intervient. Otages, c'est ce que nous sommes devenus à la différence près que cette fois les geôliers ne sont pas des individus cagoulés mais un virus invisible qui se décline en autant de variants.

Plus tard, au jour où le vaccin aura fini par triompher du virus, quand nous nous retournerons vers cette année et demie passée à se claquemurer, il nous sera impossible de nous repérer dans ce dédale de mois. Le passé se présentera à nous comme une masse grise et inerte, un ensemble morne et monotone où nos vies auront ressemblé à une traversée immobile. Un avant-goût de la mort quand le temps cessant d'exister et nous avec, on se soustrait pour toujours au mouvement impétueux de la vie.

D'ailleurs, nos appartements ne sont-ils pas devenus nos cercueils quand jour après jour ils nous retiennent prisonniers entre leur quatre murs? On voudrait les fuir, s'envoler loin d'eux, partir pour ne jamais revenir mais ce sont là des désirs impossibles à réaliser. Nous sommes condamnés à ne jamais les quitter comme ces prisonniers d'antan qui chaque soir, après des travaux aux champs ou sur des chantiers de construction, réintégraient l'espace de leur cellule.

D'ailleurs cette chronique dans l'année écoulée, ne l'ai-je pas déjà écrite un nombre incalculable de fois? Il me semble que oui. C'est que nos existences se sont rétrécies singulièrement. Elles ont pris cet aspect répétitif de la vie de nos aînés quand, vidés de toute force et de toute envie, ils restent là, assis à leurs fauteuils, le regard perdu vers un passé qui s'épuise. Ils font acte de présence, ils ne sont plus vraiment au monde. Ainsi vivons-nous. Recroquevillés sur nous-mêmes et avares de tout désir.

Oui, à bien des égards, l'histoire de nos vies présentes est un perpétuel reconfinement.

Et qui dure depuis tellement longtemps que nous n'en voyons pas la fin.

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