Économie

La difficile quête du job d'été étudiant en 2021

Temps de lecture : 4 min

La période actuelle est traditionnellement celle d'envoi des CV, dans le but de décrocher un petit boulot pour les grandes vacances. Mais comme l'année dernière, cette recherche s'avère ardue.

Les secteurs touchés par les restrictions sanitaires sont souvent des gros pourvoyeurs de jobs d'été. | Mychele Daniau / AFP
Les secteurs touchés par les restrictions sanitaires sont souvent des gros pourvoyeurs de jobs d'été. | Mychele Daniau / AFP

«Notre cap est clair: 1 jeune, 1 solution.» Les slogans, Emmanuel Macron et ses équipes en ont plein la manche. Dans une série de tweets publiés lundi 1er mars, le président de la République rappelle l'existence de la plateforme du même nom: 1jeune1solution.gouv.fr. Mise en place en 2020 pour tenter de répondre aux difficultés traversées par une jeunesse se sentant particulièrement abandonnée au beau milieu de la crise sanitaire, elle a pour but d'accompagner les jeunes dans leur recherche d'emploi, de stage ou même d'alternance. Le timing de cette communication présidentielle ne vient pas de nulle part: de nombreux étudiants sont déjà en pleine recherche de jobs d'été.

Pour une partie de la jeunesse, les vacances d'été ne sont pas synonymes de repos. Ou, en tout cas, pas seulement. Ces deux, trois voire quatre mois de coupure sont l'occasion de mettre de l'argent de côté, se faire plaisir, subvenir à ses besoins ou payer ses études. Mais que la mesure gouvernementale facilite leurs recherches ou pas, la tâche s'annonce ardue. L'an dernier, 44% des étudiants interrogés par l'Observatoire national de la vie étudiante ont vu leurs projets de job pendant l'été 2020 se modifier à cause de la pandémie. À trois mois d'un été encore incertain, de nombreuses entreprises ne sont toujours pas fixées sur leurs besoins de renforts estivaux. Décrocher un petit boulot dans ces conditions n'est donc pas gagné.

Sésilina a envoyé vingt candidatures cette année, mais elle n'a toujours rien trouvé. L'an dernier, elle n'avait pas décroché de job d'été, malgré «environ soixante» CV envoyés, selon son estimation. Les recherches de travail d'été de cette étudiante en droit et en science politique à la Sorbonne patinent depuis que le Covid-19 est apparu. «Le coronavirus restreint pas mal la recherche. De base, je viens de la Bretagne et il y a beaucoup d'emplois en rapport avec le tourisme et la restauration sur la côte. Mais depuis l'année dernière, il n'y a quasiment plus d'embauches de saisonniers étudiants à cause des restrictions», nous dit-elle.

«Même si la situation peut évoluer, ça va être assez compliqué. Seul espoir: la vaccination.»
Frédéric Ducrocq, fondateur de l'agence de recrutement Jobmania

Aura-t-on droit à un nouvel été contrarié ou à un été «tous vaccinés»? Cette année, difficile d'y voir clair, même si le gouvernement reste optimiste sur l'avancée du plan de vaccination. Quoi qu'il advienne, Sésilina va poursuivre ses recherches. «J'ai essayé de me rabattre sur un stage mais c'est toujours les mêmes problèmes: j'ai un profil sans expérience et je n'ai pas encore obtenu mon diplôme. Je vais continuer de chercher jusqu'au bout, sinon je vais le regretter! À force, je deviens un peu une pro en recherche d'emploi, et j'espère que ça va m'aider pour les années suivantes.» Toujours ça de pris.

Parcs d'attraction fermés, vacances en suspens, restauration et hôtellerie à l'arrêt… Les domaines traditionnellement à la recherche d'étudiants pour des contrats courts sont frappés de plein de fouet par les mesures sanitaires. Et la garde d'enfants? Elle est parfois facilitée par le télétravail, détaille Frédéric Ducrocq, fondateur de l'agence de recrutement Jobmania, spécialisée dans les étudiants. Il reconnaît que dès l'été dernier, il a reçu des appels de nombreux étudiants désespérés qu'il n'a pas pu aider. Plusieurs universités ont fait un effort à la rentrée pour embaucher un maximum d'étudiants, mais ces chiffres restent marginaux par rapport à la population estudiantine.

Le chef d'entreprise n'est pas vraiment optimiste concernant 2021. «À l'heure actuelle, même si la situation peut évoluer, ça va être assez compliqué, on va se rapprocher des niveaux de l'an dernier, prédit-t-il. Seul espoir: la vaccination et donc, que tout le monde parte en vacances.» Frédéric Ducrocq note tout de même un avantage à cette situation de flottement: si la situation se débloque à la dernière minute, les offres d'emploi estivales avantageront les étudiants, plus flexibles que leurs aînés.

Le piston, voie royale vers le job d'été

Malgré les incertitudes planant sur de très nombreux secteurs, certains d'entre eux affichent de la fiabilité. «Les étudiants ne pensent pas à une partie des secteurs qui peuvent embaucher, explique Frédéric Ducrocq. Par exemple, les plateaux téléphoniques sont très intéressés par la population étudiante, car elle est plus flexible et, souvent, bilingue. En fait, mon conseil, c'est de réfléchir à des secteurs auxquels on ne pense pas toujours, d'être à l'affût et de parler de cette recherche à son entourage, ce qui est aussi un bon moyen pour trouver quelque chose.»

Adrien, étudiant à la faculté de droit de Toulouse, a trouvé chaussure à son pied l'été dernier grâce aux exploitations de maïs de la région. Cette année, il pense que la situation va se décanter. «Il faut prendre du recul. Si l'État assouplit les mesures et que l'activité redémarre, je pense que les offres vont se multiplier pour nous», espère-t-il.

Assez peu touchée par la crise sanitaire, l'activité agricole, grande pourvoyeuse de jobs étudiants, peut être vue comme un refuge. Mais rien de certain. Frédéric Ducrocq nuance d'emblée: «De ce que je sais sur le secteur agricole, les contrats courts proposés n'intéressaient pas grand monde. Mais avec la crise, beaucoup de gens sont à la recherche d'un travail, tout simplement. Donc, même s'il y a toujours ce besoin de main d'œuvre dans l'agriculture, le risque, c'est qu'il soit couvert par d'autres personnes que les étudiants.»

Sésilina n'explique pas seulement ses difficultés par les crises sanitaire et économique du moment. «Les personnes de mon entourage qui trouvent un emploi se font souvent recommander, et pourtant, ce sont juste des petits jobs d'été, comme travailler dans la laverie d'un hôpital, constate-t-elle. J'ai essayé de faire jouer mon réseau. Pour l'instant, j'ai tout de même obtenu un entretien collectif sur Zoom pour travailler dans une usine agroalimentaire.»

Frédéric Ducrocq connaît bien le problème. Selon lui, le piston a toujours prévalu en la matière. Et cela ne devrait pas changer: «Pour les remplacements l'été, les boîtes font souvent appel à des enfants d'employés, notamment dans les banques par exemple. Il y a donc toujours eu une pénurie de jobs d'été étudiants. Mais là, c'est renforcé avec les nombreux secteurs à l'arrêt, et ça rend cette recherche d'autant plus difficile.»

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