Sciences

Ces lapins marchent sur leurs pattes avant. Des chercheurs viennent de comprendre pourquoi

Temps de lecture : 2 min

Le lapin sauteur d’Alfort a été découvert en 1935.

Capture d'écran de l'étude de Plos Genetics.
Capture d'écran de l'étude de Plos Genetics.

Malgré son nom, il ne saute pas. Mais le lapin sauteur d’Alfort a tout de même quelques tours dans son sac. Il se tient debout, mais la tête à l’envers, façon poirier. «Exactement comme un acrobate humain qui se déplace sur les mains», décrivait le vétérinaire Etienne Letard lorsqu’il a découvert cette espèce en 1935, comme le rappelait Le Monde en 1996. Lorsqu’il ne marche pas sur ses membres antérieurs, il gambade en levant simultanément les deux pattes du même côté, comme le chameau ou la girafe.

Comment expliquer cette démarche? Depuis des années, les chercheurs parlaient d’anomalie génétique. Selon un article publié le 25 mars par le journal scientifique PLOS Genetics, relayé par Gizmodo, ses lapins sauteurs ne font pas tellement d’acrobaties pour le plaisir, ce serait plutôt le produit d’une mauvaise génétique. Pour découvrir l'origine des anomalies de l'animal, l'équipe de douze généticiens et biologistes a élevé le sauteur Alfort avec des lapins qui sautent normalement et ont séquencé l'ADN de leurs descendants. Ils ont découvert que les lapins qui ont fini par être bipèdes avaient une mutation sur le premier chromosome; plus précisément, un gène déformé appelé RORB, qui donne une protéine du même nom.

«On s’attendait à ce qu’il y ait un problème avec la moelle épinière, car ils ne coordonnent pas leurs pattes antérieures et leurs pattes arrière», a expliqué à Gizmodo le co-auteur Leif Andersson, un généticien de l’université d’Uppsala, en Suède. Ça s’est avéré être le cas. Attention, ça devient technique. La protéine RORB est un facteur de transcription, ce qui signifie qu'elle a un rôle dans un certain nombre de gènes, qui finissent tous par être exprimés en traits. Les protéines sont généralement produites dans des interneurones inhibiteurs qui cessent les communications se déplaçant à travers le corps. «Imaginez un opérateur refusant de répondre à vos appels», explique Gizmodo. Chez les lapins qui marchent bizarrement, les interneurones étaient soit moins présents, soit complètement absents et, dans ce dernier cas, les lapins fléchissaient excessivement leurs pattes arrière, les rendant incapables de sauter.

«Lorsque vous bougez, ces neurones se déclenchent tout le temps, ils coordonnent les contractions musculaires et savent si les autres membres sont en équilibre», a complété Andersson. «Cette coordination de la contraction musculaire n'est pas correcte chez ces lapins.» Le poirier des lapins sauteur d’Alfort n’est pas une mutation en soi, mais une solution pour contourner une inhibition. À cause de celle-ci, il est également susceptible de développer des cataractes et de devenir aveugle. «Les lapins porteurs de cette mutation ne pourraient pas survivre longtemps dans la nature en raison de ses effets délétères», a déclaré Miguel Carneiro, un autre co-auteur, généticien à l'Université de Porto. Ces mystères pourraient permettre de mieux comprendre nos propres moelles épinières pour les prochaines recherches médicales.


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