Égalités / Société

«Dans la bouche d'une fille», témoignages d'un sexisme quotidien

Temps de lecture : 3 min

Un collectif d'autrices entend dénoncer le conditionnement genré par la description d'un sexisme vécu à tous les étages de la société.

«Dans la bouche d'une fille» a été écrit par un collectif d'autrices, qui alimente également un compte Instagram. | Oscar Del Pozo / AFP
«Dans la bouche d'une fille» a été écrit par un collectif d'autrices, qui alimente également un compte Instagram. | Oscar Del Pozo / AFP

Déconstruire les stéréotypes de genre, c'est le projet de ce collectif d'écriture créé en 2012. Fruit d'ateliers et de groupes de travail, Dans la bouche d'une fille, qui sort le 1er avril 2021 chez Albin Michel, dépeint dans une écriture sans filtre un sexisme vécu au quotidien. Cette parole libérée raconte la prise de conscience des autrices sur le conditionnement de genre encore à l'œuvre dans notre société.

Dans la bouche d'une fille, c'est aussi un compte Instagram très suivi. Le contenu de ce livre, écrit en amont de la création du compte, est inédit.

Nous publions des extraits de l'ouvrage.

Il faut souffrir pour être belle

Tu arrives au resto où tu bosses. Le patron te renvoie chez toi pour te changer, car tu n'es pas en jupe. Tu le laisses te hurler dessus, sans pouvoir détacher les yeux de son jean, troué aux genoux.

À la sortie du nouveau Star Wars, tu as halluciné de voir toutes les critiques que Carrie Fisher a dû encaisser sur son soi-disant «mauvais vieillissement», alors que Harrison Ford, lui, n'a jamais eu droit à ce genre de commentaires.

Tu te balades dans la rue avec ton compagnon. Tu le vois regarder les jeunes femmes, tu souffres, mais tu ne dis rien. À 62 ans, tu te sens vieille, grosse, flasque.

Très tôt, tu as compris qu'être une «vraie femme» voulait dire savoir contrôler son corps.

Moulinex libère la femme

Au repas de famille, tu refuses de débarrasser tant que ta tante ne demandera pas à tes oncles et cousins de le faire aussi. Elle t'ordonne de ne pas faire d'histoires et de t'exécuter.

Quand vous avez emménagé ensemble, il avait 35 ans. Il n'avait jamais fait de lessive.

Avec ton conjoint, vous vous relayez bien pour vous occuper de votre jeune fils. Ton entourage trouve que tu as de la «chance».

Tu es une «femme au foyer», tu as élevé vos enfants. Il vient de prendre sa retraite, il va mal. Il se plaint: «Tu ne peux pas comprendre, toi: tu n'as rien fait de ta vie…»

Mais qui va garder les enfants?

Tu vas actualiser ta situation sur le site de Pôle emploi. La partie «employeur» est teintée de bleu et illustrée d'une photo d'un homme en costume-cravate au regard droit. La partie «candidat» est teintée de rose et illustrée d'une photo d'une femme souriante, le regard tourné vers le haut.

Quand tu lui poses frontalement la question, il avoue que pour les postes à responsabilité il n'embauche que des hommes. Pour se dédouaner, il ajoute: «Ce n'est pas une histoire de sexe, mais de qualifications.»

Tu tombes sur une annonce: une agence immobilière recherche un couple de gardiens d'immeuble. Le salaire? 1.600 euros pour l'homme, 1.400 pour la femme.

Un jour, on te remet par erreur la fiche de paye d'un collègue. Il a un grade bien inférieur au tien et gagne un tiers de plus.

Quand tu veux être prise au sérieux, tu reproduis les intonations de voix et l'attitude corporelle de ton père.

Un homme c'est un homme

Avec une amie, mère d'un enfant de 7 ans, vous décidez de louer des patins pour mieux profiter d'un magnifique lac gelé. Alors que ton amie demande à la vendeuse une paire pointure 32, celle-ci répond: «Garçon ou fille?» Perplexes, vous lui demandez quelle est la différence. Elle vous répond: «Ceux pour les filles ont une pointe, au bout, pour les aider à s'arrêter.»

Tu as remarqué que chez les Schtroumpfs, il y a le Schtroumpf timide, le Schtroumpf paresseux, le Schtroumpf gourmand… et la Schtroumpfette. Comme si la femme n'était qu'une déclinaison de l'homme.

«La Terre entière n'a pas à savoir que tu es lesbienne.»

Quand ton psy t'explique que tu entretiens avec le monde et ton entourage un rapport phallique, tu ne peux pas t'empêcher de te sentir flattée. Comme si la féminité était une faiblesse.

Tu t'es coupé les cheveux court, tout le monde trouve que ça te va très bien. Tout le monde sauf ta mère. Elle te le reproche: «La Terre entière n'a pas à savoir que tu es lesbienne.»

Mon fantasme c'est de violer une femme

Tu es en seconde. Pendant les contrôles, ton prof de physique-chimie aime bien venir derrière toi pour te masser les épaules.

Alors que tu es prête pour passer ton permis, ton moniteur te rajoute des heures de conduite, car tu as décliné sa proposition d'aller au resto avec lui.

Tu es à une réunion de famille, ton oncle, 66 ans, garde les deux filles d'un ami à lui, de 2 et 5 ans. Tu l'entends dire: «Ah, si elles avaient trente ans de plus.»

Au lycée, il y avait ce groupe de mecs qui organisaient régulièrement des fêtes bien arrosées. Leur objectif était de faire boire au maximum les filles et de les attirer dans un lit. Celui qui avait couché dans la même soirée avec le plus de nanas différentes, conscientes ou inconscientes, avait gagné.

Parmi toutes les personnes que tu connais qui ont été violées, aucune n'a porté plainte. Quand tu sais que déjà officiellement, en France, une femme est violée toutes les sept minutes, tu n'oses imaginer quel doit être le chiffre réel.

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