Santé

«Mon cœur est comme fermé»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Julie qui, après avoir eu des difficultés à concevoir un enfant, n'arrive plus à donner ni à recevoir d'affection.

«Je n'arrive pas à déverrouiller mon coeur pour laisser place à l'amour.» | Sheila Sund via Flickr
«Je n'arrive pas à déverrouiller mon coeur pour laisser place à l'amour.» | Sheila Sund via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je ne saurais expliquer clairement ce que je ressens... Mon cœur est comme fermé. Il y a un peu plus d'un an et demi, je croyais ne jamais pouvoir avoir d'enfant. À partir de là, sans que je m'en rende compte, je me suis renfermée sur moi-même. Je suis devenue incapable de donner ou recevoir un simple câlin de mon entourage, exception faite pour mon mari.

J'ai aujourd'hui un bébé de 7 mois, et je réalise que je suis toujours dans ce rejet total de l'amour. Impossible de montrer aux autres que je les aime, impossible de ressentir vraiment l'amour, le bien-être, la confiance. C'est comme si je ne ressentais plus rien. Cela ne me fait ni chaud, ni froid. C'est absolument terrible comme sentiment, moi qui ai toujours été une personne aimante, tactile.

J'ai toujours été très proche de mon papa et je n'y arrive plus. Ça me fait mal, ça me rend triste, je voudrais vraiment être capable d'aimer comme avant, de me sentir bien, heureuse, mais je n'arrive pas à déverrouiller mon coeur pour laisser place à l'amour de manière générale. Même face à de nouvelles rencontres, amicales par exemple, impossible de m'ouvrir… Mais qu'est-ce qu'il m'est arrivé? Pourquoi mon cœur s'est-il mis à rejeter ces moments de bien-être et d'affection auxquels je tenais tant? Comment partager à nouveau de doux moments?

Je voudrais tellement pouvoir donner et recevoir de l'affection comme avant! Cela me pèse et m'inquiète. Mon mari et mon bébé n'ont pas été touchés, eux seuls restent ouverts à mon coeur –ouf! Mais je ne saurais dire pourquoi.

Julie

Chère Julie,

Il est probable que ce comportement soit un réflexe de défense. Parce que vous avez eu peur de ne pas devenir mère, d'expérimenter l'amour maternel, vous avez décidé de vous fermer à celui-ci. Ce n'est qu'une supposition de ma part, évidemment. Mais vous savez, Julie, que je crois qu'il n'y a pas plusieurs sortes d'amour mais bien un sentiment amoureux unique, qui va de l'amour filial à l'amour maternel en passant par l'amour à un compagnon ou une compagne, et l'amitié bien sûr.

Ce sentiment amoureux, pour moi, a la même source, est fait du même bois. Si vous avez coupé les vannes, alors c'est normal que vous n'arriviez plus à sentir et à créer de liens avec l'autre, que ce soit des membres de votre famille ou de potentiels amis. En fait, c'est quelque chose qui arrive souvent après des événements traumatiques, des épisodes de violence ou des épreuves particulièrement difficiles. On se ferme à tout pour ne pas ressentir le négatif, ou le moins possible. Mais on ignore qu'en éloignant ainsi le sentiment de souffrance, on empêche à tous les sentiments positifs de nous toucher aussi. Avec la douleur, la joie s'éteint aussi.

L'avantage de tout ça, surtout concernant le sentiment amoureux, c'est que rien n'est vraiment irréversible. Vous pouvez travailler sur vous pour retrouver ce flot d'émotions. C'est un peu comme une chaudière: elle reconnaît un problème et s'éteint automatiquement (on dit qu'elle se met «en sécurité»), mais le système a besoin d'une aide extérieure pour se remettre en route. Vous avez peu de chances d'arriver à vous «remettre en route» toute seule, c'est pourquoi la thérapie devrait vous être d'une grande aide. Vous pouvez vous tourner vers un ou une psychologue ou psychothérapeute. Certains sont même spécialisés dans l'accompagnement des personnes qui souffrent d'infertilité. Cela n'est pas forcément votre cas, je ne sais pas comment vous avez conçu votre enfant. Mais sachez que la question du désir inassouvi d'enfant est prise au sérieux par ces professionnels.

Pendant cette période de doute et d'angoisse, votre esprit vous a protégée. Il a permis à votre corps de prendre le relais le temps de la grossesse. Maintenant, il est temps de prendre du recul sur cette période difficile et de vous mettre dans les meilleures conditions pour la suite. Votre enfant est né maintenant. Vous ne pouvez pas rester enfermée dans la souffrance que vous avez ressentie avant sa conception. Il est temps de remettre la machine en marche. Il est temps de s'ouvrir à l'amour à nouveau.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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