Sciences / Monde

Les tigres de Tasmanie ont disparu, et pourtant des gens continuent à en voir: pourquoi?

Temps de lecture : 2 min

Nos biais cognitifs peuvent nous pousser à trouver dans de vagues images la preuve de ce que nous aimerions tant y voir.

Le dernier thylacine du zoo Beaumaris, en Australie, en 1936. | Ben Sheppard, via Wikimedia Commons
Le dernier thylacine du zoo Beaumaris, en Australie, en 1936. | Ben Sheppard, via Wikimedia Commons

C'est en 1936 que l'espèce tristement célèbre du tigre de Tasmanie s'est éteinte, alors que le dernier spécimen placé dans un zoo australien décédait. Aussi appelé thylacine, l'animal ne cesse pourtant de hanter les fantasmes de naturalistes en herbe ou professionnels, qui croient le reconnaître au détour de telle ou telle forêt ou photographie.

En février dernier, c'est le président du Thylacine Awareness Group of Autralia, Neil Water, qui prétendait apporter la preuve de la survie du marsupial à travers quatre clichés récents. Après examen par des spécialistes, il s'avère qu'il y avait erreur sur l'animal, qui n'était probablement qu'un pademelon de Tasmanie. Ce type d'effet d'annonce a été récurrent ces dernières années.

Sur les traces des disparus

Il s'agit parfois de simples canulars, et parfois d'individus sincèrement convaincus d'avoir retrouvé la trace du thylacine perdu. La plupart du temps, le malentendu vient de la mauvaise identification d'une autre espèce. Mais la flamme de l'espoir est entretenue par le fait qu'il n'est pas impossible que des espèces que l'on avait crues éteintes réapparaissent. Cela est déjà arrivé, et pas plus tard que le mois dernier, on a retrouvé six spécimens de l'abeille masquée Pharohylaeus lactiferus, jamais revue depuis 1923.

Susan Wardle, neuroscientifique à l'Institut national de la santé des États-Unis, estime que la capacité de certains à s'illusionner sur le resurgissement d'une espèce réputée disparue peut s'expliquer à partir de particularités psychologiques humaines. Comme il nous est impossible d'appréhender chaque détail sensoriel, notre cerveau reconstruit notre monde visuel à partir de données plus ou moins floues perçues par nos yeux.

De la même façon, si l'on regarde une photo floue –comme une photographie nocturne prise par un piège à caméra, souvent utilisé pour capturer des images d'animaux qui sans cela échapperaient à notre vigilance–, nous allons nous fier à des schémas préconçus afin de leur donner un sens. Perception et cognition interagissent, et nous sommes nécessairement influencés par nos expériences antérieures.

Système de croyance

Avoir une idée a priori de ce que l'on cherche peut donc nous pousser à reconnaître la chose là où elle n'est pas. Cette croyance nous poussera à déceler dans telle ombre, tel bruissement ou telle forme dérobée un tigre de Tasmanie disparu, ou le légendaire Nessie –à plus forte raison lorsqu'on les recherche activement, avec un fort investissement émotionnel.

Pour Darren Naish, un paléo-zoologue de l'université de Southampton en Angleterre, le nombre de –faux– signalements qui continuent d'affluer quant au thylacine «suggère que les observations sont un phénomène social, et non zoologique». Le thylacine ressemblant relativement à un loup ou un chien, il n'est par ailleurs pas bien compliqué de s'y méprendre de loin, au regard du grand nombre de chiens errants que recèle la Tasmanie.

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