Société / Culture

À La Réunion, les cinémas restent ouverts malgré le Covid

Temps de lecture : 5 min

En revanche, l'approvisionnement est très ralenti et l'offre se compose de films déjà sortis en métropole depuis plusieurs mois.

Depuis la mise en place du couvre-feu à 18h le 5 mars 2021 sur l'ensemble de l'île Bourbon, les cinémas ont dû une nouvelle fois réadapter leur stratégie. | Monica Silvestre via Pexels
Depuis la mise en place du couvre-feu à 18h le 5 mars 2021 sur l'ensemble de l'île Bourbon, les cinémas ont dû une nouvelle fois réadapter leur stratégie. | Monica Silvestre via Pexels

À La Réunion

Imaginez-vous assis·e confortablement dans un siège moelleux, une main dans le pop-corn. Les lumières s'éteignent tout doucement et laissent place sur le grand écran aux premières bandes-annonces… Des sensations, des souvenirs de plus en plus lointains pour les métropolitains à l'heure où le Conseil d'État vient de maintenir la fermeture des salles obscures.

Ici, sur l'île de La Réunion, la situation est un peu à part. Fin juin 2020, les cinémas ont pu rouvrir leurs portes et accueillir de nouveau le public. La différence: ils n'ont depuis jamais baissé le rideau contrairement aux salles de l'Hexagone lors du deuxième confinement. Un protocole sanitaire très strict a été mis en place avec notamment une jauge restreinte et la mise à disposition de gel hydroalcoolique.

Ces mesures sont scrupuleusement respectées par le groupe Etheve qui détient trois salles à La Réunion: le Multiplexe Ciné Cambaie à Saint-Paul, le Ciné Lacaze à Saint-Denis et le Ciné Plaza à Saint-Louis. «Nous avons dans les salles de cinéma des groupes de climatisation performants qui nous permettent d'aérer au maximum. Nous prenons des mesures pour minimiser le risque même si le risque zéro n'existe pas, comme tout le monde le sait», explique Marina Lys, responsable gestion de la holding Etheve.

Ces nouvelles règles sont affichées dans tous les recoins des établissements et ont été, depuis ces derniers jours, renforcées en raison d'une augmentation de cas positifs au Covid-19 sur le territoire.

Le cinéma, un lieu sûr

Désormais, dans chaque salle, deux personnes maximum peuvent s'asseoir côte à côte et il est impératif de laisser une place libre entre les duos. Le masque reste obligatoire dès l'âge de 11 ans, et ce pendant toute la durée du film, avec une tolérance lorsque l'on boit ou l'on mange dans la salle.

Malgré la situation active du virus sur le territoire, aucun cluster n'a été constaté à ce jour après la diffusion d'un film au cinéma. Le professeur Martin Kriegel, médecin en immunobiologie et directeur de l'Institut Hermann-Rietschel à Berlin, et l'ingénieure Anne Hartmann ont mené une étude, publiée en février 2021, sur les risques de contagiosité de différents lieux publics intérieurs. Les résultats montrent que si les dispositifs de sécurité sanitaires sont respectés, les lieux de culture comme les théâtres, les cinémas ou les musées sont beaucoup moins exposés aux risques de transmission du Covid-19 que tous les autres lieux publics tels que les restaurants, les supermarchés ou les bureaux.

Un mercredi matin, Éric est venu en famille au cinéma Cambaie de Saint-Paul, le premier multiplexe à avoir vu le jour sur l'île et qui possède 8 salles. «Si l'on part du principe que l'on peut mettre vingt-cinq enfants dans une salle de classe pourquoi pas en mettre dans une salle de cinéma?» Il explique pourquoi lui et sa famille tiennent tant à fréquenter les salles obscures malgré la pandémie: «Nous venons régulièrement car nous sommes abonnés. C'est vraiment pour faire une sortie car à la maison nous sommes assez équipés. Ma petite, qui a 4 ans, sait faire la différence entre le cinéma à la maison et celui à l'extérieur.»

Un protocole sanitaire très strict a été mis en place avec notamment une jauge restreinte et la mise à disposition de gel hydroalcoolique. | Aurélie Ronze

Après avoir acheté le traditionnel pot de pop-corn, Clarisse et ses deux enfants patientent avant que la séance débute. Ils ont choisi le film d'animation en 3D Alpha et Omega. «On profite des vacances pour faire plaisir aux enfants. On vient de temps en temps au cinéma et on n'avait jamais eu l'occasion de voir ce film», dit-elle. Il est pourtant sorti en France en octobre 2010.

Une programmation adaptée

Face à la fermeture des cinémas en métropole et les sorties de films sans cesse reportées, les exploitants de salles réunionnais ont dû s'adapter et faire preuve de beaucoup d'imagination. Matinée marmailles, ciné-goûter, journée à thème ou encore tarif attractif, voici quelques exemples des événements proposés au public pour continuer à remplir les salles. À situation particulière programmation qui l'est également.

L'offre cinématographique se compose de films déjà sortis en métropole depuis plusieurs mois et qui n'avaient pas toujours été programmés à La Réunion. Certains films projetés sont parfois même déjà disponibles en DVD ou sur des plateformes.

«J'en profite pour découvrir des films qu'on n'aurait pas forcément eu le temps de venir voir quand il y avait beaucoup de sorties en même temps.»
Véronique, mère de deux enfants

À l'affiche du 17 au 24 mars 2021: Adieu les cons d'Albert Dupontel, sept fois primé à la dernière cérémonie des Césars mais aussi de nombreux films destinés à toute la famille, vacances scolaires oblige comme Scooby-Doo, la trilogie de Moi, Moche et Méchant, La bataille géante de boules de neige 2.

C'est d'ailleurs ce dernier film, sorti en salle il y a un peu plus d'un an, qu'ont choisi Véronique et ses deux enfants de 10 et 11 ans. La maman explique leur choix: «On s'est dit qu'on allait faire un planning de semaine de la culture comme on a la chance d'avoir tout qui est ouvert ici. J'en profite pour découvrir des films qu'on n'aurait pas forcément eu le temps de venir voir quand il y avait beaucoup de sorties en même temps.»

Des salles ouvertes mais en souffrance

Si les Réunionnais et plus largement les ultramarins peuvent continuer à se faire une toile, le Syndicat des exploitants de salles de cinéma outre-mer tire la sonnette d'alarme sur les conséquences des fermetures des salles obscures en métropole. «Sortir un film en Outre-mer est, pour certains distributeurs, pénalisant car la date de sortie devient le point de démarrage de la chronologie des médias dans toute la France; quand d'autres mettent en avant la peur du piratage», peut-on lire dans un communiqué en date du 15 mars 2021.

Quelques rares exceptions tout de même. Le film Wonder Woman 1984 a été projeté à La Réunion mais seulement en version sous-titrée. Un format qui n'a malheureusement pas rencontré son public. De plus, le blockbuster, sorti dans les salles fin décembre aux États-Unis, sera disponible en français «dès le 31 mars en achat numérique sur plusieurs sites, puis le 7 avril en VOD, DVD, Blu-Ray, ainsi qu'une diffusion prochaine et en exclusivité sur Canal+», a annoncé la major hollywoodienne Warner Bros.

Depuis la crise sanitaire, les cinémas réunionnais accusent une baisse de la fréquentation d'environ -70%.

Depuis la crise sanitaire, les cinémas réunionnais accusent fatalement une baisse de la fréquentation d'environ -70%. «Ce que je trouve regrettable, c'est que si les cinémas à La Réunion étaient fermés et les salles de la métropole, ouvertes, il n'y aurait pas eu de difficultés d'approvisionnement en film. C'est une aberration. Nous, on est ouvert et on n'a pas de film! Sur certaines productions françaises ou européennes, je pense qu'il y a matière à les sortir en salle ici. L'État ou le CNC aurait pu un peu plus regarder ce qu'il se passe à La Réunion», s'indigne Marina Lys.

Depuis la mise en place du couvre-feu à 18h le 5 mars 2021 sur l'ensemble de l'île Bourbon, les cinémas ont dû une nouvelle fois réadapter leur stratégie. Les salles obscures sont fermées quelques jours par semaine. Malgré ces contraintes, elles souhaitent rester ouvertes pour garder le lien avec la clientèle.

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