Santé / Société

Vous allez nous terroriser longtemps encore avec vos histoires de thrombose?

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Pour vivre heureux, il vaut mieux vivre dans l'ignorance de certaines maladies.

Ma vie a basculé quand j'ai tapé thrombose sur un moteur de recherche. | Jernej Furman via Flickr
Ma vie a basculé quand j'ai tapé thrombose sur un moteur de recherche. | Jernej Furman via Flickr

Depuis lundi et l'annonce de la suspension du vaccin AstraZeneca, je ne vis plus. De la thrombose dont hier encore j'ignorais tout, je suis devenu en l'espace d'une journée un spécialiste de haut-vol. J'ai tout lu, tout examiné: son origine, ses particularités, ses symptômes, ses traitements, ses conséquences. Tout, vous dis-je. Je suis capable désormais d'expliquer en des termes circonstanciés la différence entre une thromboangéite oblitérante et une thrombophlébite superficielle.

Hier sous la douche, je me suis même surpris à réciter à haute voix la liste des facteurs de risques qui peuvent contribuer à la naissance d'une thrombose. Quant à l'embolie pulmonaire qui se caractérise par un caillot de sang venant obstruer une des artères du cœur, je l'ai tellement bien étudiée que je serais à même de la diagnostiquer au premier symptôme apparu.

Voilà ce que c'est que de répandre la peur parmi une population qui n'a rien demandé à personne. Faut-il être vraiment inconscient pour nous jeter à la figure le nom de maladies dont le seul énoncé suffit à plonger dans le désarroi n'importe quel individu normalement constitué? On avait déjà le Covid et toute sa panoplie d'effets secondaires, et voilà maintenant qu'il faut apprendre à vivre avec le risque de se choper une thrombose laquelle, sachez-le, peut survenir indépendamment de tout vaccin –eh ouais.

Elle est là la monstruosité. Je ne redoute pas la thrombose qui surviendrait à la suite de l'injection du vaccin AstraZeneca, non, c'est désormais la thrombose toute bête que j'appréhende, celle qui provoque inopinément des AVC à la pelle, celle qui débouche sur des arrêts cardiaques, celle qui fauche des vies et remplit les cimetières, celle qui monte le long de la jambe et vient se planter dans le cœur, celle qui obstrue les artères et forme des caillots qui empêchent le sang de circuler, l'infâme thrombose à laquelle je pense continûment depuis lundi et qui est en train de me pourrir la vie.

Quel monde sans pitié celui où nous vivons. On se croit à l'abri de tout, on met scrupuleusement son masque, on respecte les distances physiques, on se lave les mains bien comme il faut, on se terre chez soi comme des cafards au fond de la cale d'un navire, et paf, sans prévenir, au beau milieu de l'après-midi, à l'heure du thé, on vous assassine avec un communiqué qui vous glace le sang. Au début, j'ai à peine haussé les épaules. Pour l'ignorant que j'étais, une thrombose, cela s'attrapait en avion, quand on reste assis de trop sur son siège.

Vu que je ne loge pas dans la carlingue d'un avion, je ne me suis pas inquiété outre mesure d'autant plus que je ne me ferai pas vacciner avant l'été. D'ici là, on aurait de toute évidence résolu l'affaire, si affaire il y a. C'est donc serein comme un pape dans sa papamobile que je me suis replongé dans mon travail, lequel consistait à vérifier que j'étais bien éligible pour une aide gouvernementale. Quoi? Il faut bien que je bouffe de temps en temps, non?

Une fois ce travail fini –je n'étais pas éligible... il ne prenait pas les chauves... bande d'enc...– je suis allé voir comment le monde s'était comporté pendant mon absence. Évidemment sur tous les sites d'information, on ne parlait que de la suspension du vaccin au motif qu'il aurait possiblement déclenché des thromboses en pagaille dont une à l'origine d'un décès. La belle affaire. Un couillon a la bonne idée de crever et c'est le monde entier qui arrête de respirer. Pathétique.

Pour me changer les idées, je me suis accordé une séance de vélo d'appartement. Après quoi, je me suis douché –pour ceux qui l'ignoraient, je mène une vie passionnante– et dans la foulée je me suis fait un plat de pâtes. Pas une seconde, je n'ai pensé à la thrombose. Pas une, vous m'entendez? À la rigueur si j'avais eu à prendre l'avion dans les jours prochains, j'aurais peut-être prêté une oreille un peu plus attentive mais là franchement, je ne voyais pas en quoi cela pouvait bien me concerner. J'étais tellement peu préoccupé que je me suis juste relevé douze fois pendant le repas. Une fois parce que j'avais oublié le sel, l'autre fois pour remplir la carafe d'eau, le reste pour m'assurer que mon sang circulait normalement entre mes veines.

C'est seulement quand je me suis installé dans le canapé du salon que j'ai senti comme une petite démangeaison au niveau de mon cortex cérébral. Quelque chose me chiffonait et m'empêchait de me concentrer sur ma partie d'échecs. Ce fut d'abord comme un vague malaise, une interrogation qui ne disait pas son nom puis l'intention se fit plus claire: «Toi qui te flattes d'être un esprit éclairé, peux-tu m'expliquer pourquoi on suspendrait un vaccin si la thrombose était une simple maladie aérienne? Auquel cas, il aurait été encore plus simple d'interdire les avions de décoller, non?»

Du coup, pris d'une impulsion soudaine, j'ai tapé thrombose dans un moteur de recherche.

C'est là que j'ai découvert que je venais de faire une embolie pulmonaire consécutive à un AVC.

Comme quoi, il ne servait à rien de paniquer.

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